Publications : Delenda Est Éditions

2 nouvelles publications chez Delenda Est :
– Une critique, pas un programme. Pour une critique anti-civilisationnelle non primitiviste, de Wolfi Landstreicher.
Traduction de Delenda Est : il s’agit d’un cours texte anarchiste anti-civilisationnel, qui en profite pour régler ses comptes au primitivisme.
– Gandhi, derrière le mythe. Racisme, sexisme, nationalisme et pacification, Anonyme.
Edition d’un texte publié en 2 parties dans Attack Attack, publication anarchiste belge, pas disponible sur internet. Le titre semble assez claire

Comme d’hab, les brochures ne sont pas sur internet, possibilité d’envoi/de PDF pour les fans d’écrans.

delendaest (at) riseup.net

Keufmobile en feu : Un an après le procès, des nouvelles du dernier prisonnier

Un an après la condamnation de 7 personnes à des années de prison suite à l’incendie d’une voiture de flics quai de valmy à Paris le 18 mai 2016, l’un des condamnés croupit toujours en taule, depuis février 2017.

Sa demande de libération conditionnelle, après avoir traîné plus de neuf mois, lui a été refusée au motif de son silence sur les faits. Peut-être ne désire-t-il pas exprimer de remords à la famille poulaga des vitrines… Contrairement à un autre des condamné.e.s, qui après s’être dissocié des actes et des idées pendant le procès, tente aujourd’hui de vendre sa petite histoire sur les étals des supermarchés révolutionnaires.

Résultat de recherche d'images pour "keufmobile"Non contents de lui faire payer sa peine en entier, la justice et l’administration pénitentiaire rendent son quotidien en prison encore plus insupportable, multipliant les brimades. Les fouilles à nu sont devenues systématiques à la sortie des parloirs, sans qu’aucune explication ne soit donnée. Après avoir été bloqué quelques semaines à la fin de l’été, le courrier arrive toujours de manière irrégulière. Le courrier avocat est lu par la matonnerie. Régulièrement des parloirs sont annulés par la mauvaise volonté de ses geoliers. Cette situation n’est pas exceptionnelle, c’est le rôle de la prison de tenter de briser les individus, de les rééduquer pour qu’ils soient dociles et intégrables dans la société. Qu’ils expriment des excuses, expient leur faute.

La solidarité exprimée dans les actes et les paroles, des tracts aux incendies, aident à ne pas céder à la résignation, donnent de la force à l’intérieur comme à l’extérieur.

Jusqu’à détruire la dernière des cages !
liberté pour tou-te-s !

repris de sansattendre.noblogs.org

L’action individuelle dans la lutte sociale

L’espèce humaine a toujours eu dans son évolution des forces négatives en opposition aux forces actives. À savoir, des minorités rebelles à toutes les forces constituées en majorité pour faire respecter leur programme soit par la force de la violence, soit par des lois de soumission habituelles, appelées règles morales.

Mais nous pouvons revenir bien plus en arrière, dans l’histoire, dans la lutte des minorités contre les majorités. Et selon les théories darwiniennes, nous pouvons remonter aux origines de la manifestation de la vie et, suivant sa transformation, nous constatons que: chaque nouvelle génération plus adaptée à la vie et sa transformation contraignent la vieille génération à s’atrophier et même à disparaître. Ainsi, progressivement, de transformation en transformation, nous en arrivons au point où nous ne connaissons plus nos ancêtres. Et en fait, l’homme d’aujourd’hui se demande encore: si vraiment nous venons du singe, selon la science, ou s’il s’agit d’une création surnaturelle, selon les religions.

Beaucoup parmi les hommes, et certains parmi les anarchistes, croient en l’évolution de l’espèce, parce que c’est de la science; mais la conviction vraie et pure reste dans leur cerveau en doute, et même parfois un mystère. Ainsi, beaucoup se disent aujourd’hui anarchistes individualistes, car cette appellation signifie la plus grande conception philosophique de l’individu, et ils semblent être tellement plus beaux, plus esthétiques, plus grands et plus intelligents que les autres; mais la vraie conception individuelle, la vie de l’individu sur la planète où il vit, ses relations avec la nature et avec tout ce qui peut lui donner l’immense plaisir, la satisfaction sensible de la jouissance physique et psychologique; hélas! même cette conception reste le plus souvent une conception banale, quand ce n’est pas une énigme incompréhensible.

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Italie : Contre l’oeil du pouvoir

Depuis ce morceau de terre appelé Italie, dans une région appelée la Romagne.
C’était une nuit de pleine lune, ou peut-être une nuit noire comme un corbeau, ou peut-être que c’était toutes ces nuits qui …

Choisi de vivre la ville non plus comme un garrot de ciment et de trajets obligatoires, mais dans la tentative de décider, de choisir la route, de dépasser les obstacles; de jouer à cache-cache avec tous les agents de contrôle, humains ou machines (qui se ressemblent alors et se confondent de plus en plus) et d’attaquer ce présent qui nous donne tant de rage et autant d’objectifs.

Lorsque nous prenons la capacité et le temps pour agir, nous nous donnons le moyen de saper l’oppression que nous subissons chaque jour; lorsque nous décidons d’attaquer la megamachine de cette chaîne d’oppression, nous nous sentons également un peu mieux, même un peu plus libres, un peu plus nous-même, avec notre autodétermination.

Nous nous en sommes pris (coupé, démonté, obscurci) aux  systèmes de vidéosurveillance, car ils sont l’incarnation (sans viande), [ndt : jeux de mots incarnare senza carne, carne=viande en italien] de la société du spectacle et de ses objectifs omniprésents.

Nous nous en sommes pris aux caméras (en mettant hors service cinq ici et trois  et puis deux autres encore) parce que nous n’oublions jamais que beaucoup de nos compagnon.nes et affines sont en prison ou sous enquête à cause de ces maudites prises de vues.

Nous avons choisi d’agir pour renforcer ces mots et parce qu’il nous semble que la communication par l’action est un moyen formidable de débattre!

Contre toute hiérarchie, même celle qui mettent le feu plus haut que la pierre, la pierre plus haute que les ciseaux, les ciseaux plus haut que les embruns …
Contre toute autorité, même lorsque le moment d’action nous oblige à déléguer des tâches ou que nous ne nous sentons moins préparé.e.s que d’autres plus « espert.e.s » que nous, ou cristallise des rôles d’autorité.
Pour la multiformité d’attaque joyeuse et destructrice.

Une forte accolade à tout.es les prisonnier.es anarchistes partout dans le monde!

repris de https://anarhija.info/library/italia-contro-l-occhio-del-potere-it

Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable

L’extinction finale vers laquelle nous entraîne la perpétuation de la société industrielle est devenue en très peu d’années notre avenir officiel. Qu’elle soit considérée sous l’angle de la pénurie énergétique, du dérèglement climatique, de la démographie, des mouvements de populations, de l’empoisonnement ou de la stérilisation du milieu, de l’artificialisation des êtres vivants, sous tous ceux-là à la fois ou sous d’autres encore, car les rubriques du catastrophisme ne manquent pas, la réalité du désastre en cours, ou du moins des risques et des dangers que comporte le cours des choses, n’est plus seulement admise du bout des lèvres, elle est désormais détaillée en permanence par les propagandes étatiques et médiatiques.

La dégradation irréversible de la vie terrestre due au développement industriel a été signalée et décrite depuis plus de cinquante ans. Ceux qui détaillaient le processus, ses effets cumulatifs et les seuils de non-retour prévisibles, comptaient qu’une prise de conscience y mettrait un terme par un changement quelconque. Pour certains ce devaient être des réformes diligemment conduites par les États et leurs experts, pour d’autres il s’agissait surtout d’une transformation de notre mode de vie, dont la nature exacte restait en général assez vague ; enfin il y en avait même pour penser que c’était plus radicalement toute l’organisation sociale existante qui devait être abattue par un changement révolutionnaire. Quels que fussent leurs désaccords sur les moyens à mettre en œuvre, tous partageaient la conviction que la connaissance de l’étendue du désastre et de ses conséquences inéluctables entraînerait pour le moins quelque remise en cause du conformisme social, voire la formation d’une conscience critique radicale. Bref, qu’elle ne resterait pas sans effet.

Continue reading « Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable »

Turin : Procès pour les faits du 31/12

La première phase du procès s’est achevée pour Cello, Giulio, Pise, Quara, Salvo et Paolo suite aux événements qui se sont déroulés au cours d’un rassemblement devant la prison de Vallette à Turin, le 31 Décembre de l’année dernière.

La peine est de 3 ans et 8 mois pour Cello, de 3 ans et 5 mois pour Pise, de 2 ans et 9 mois pour Giulio, Quara et Salvo et de 1 an et 4 mois pour Paolo.

La demande de révocation de l’obligation de signature quotidienne à laquelle ils sont tous soumis à également été rejeté.

Repris de : roundrobin.info

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Le 31 décembre Le classique salut du Nouvel An aux détenus de la prison de Vallette se révéla cette fois plus animée que d’habitude. Parmi une soixantaine de personnes présentes pour l’occasion, quelqu’un a jugé bon de faire une pause dans l’usage vertical habituel de la pyrotechnie, provoquant un peu d’explosions et d’étincelles colorées entre les jambes des pelletons de gardes déployés […]

Plus d’info  ici :

Turin – Mises à jour sur la première audience du procès pour les événements du Nouvel An à la Vallette

Florence : Compte rendu du 9 octobre, première audience du procès

Hier, mardi 9 octobre, s’est déroulée la première audience (report du 12 juillet) du procès concernant l’opération « Panico ». Un large public de compagnons et de compagnonn.es a chaleureusement accueilli l’entrée dans la salle des trois compagnons incarcérés présents à l’audience, provoquant l’irritation croissante du président du jury. Les trois hommes ont répondus aux salutations saluant et souriant, pendant que les gardes infâmes les tiraient vers leur place, au premier rang; ils n’étaient pas placés dans les cages, mais à côté des défenseurs, séparés des autres coaccusés par un mur compact de gardes. Un geste qui n’a cependant pas empêché l’échange de regards, de baisers et de marques d’affection entre nous et eux. L’audience s’est déroulée selon un scénario fastidieux : il y a eu de nouveau une discussion sur la recevabilité des parties civiles, les juges se sont retirés pour délibérer, puis ont réintégré et proclamé le fait que, même en un procès, toutes les parties les civiles (déjà mentionnés pour l’audience préliminaire) sont recevables. Par la suite, un bref débat a eu lieu sur l’ordre dans lequel présenter les expertises  sur les interceptions par rapport aux témoignages (si, avant, après ou pendant), ainsi que sur la demande de preuve par le procureur et la défense. L’audience s’est terminée par la programmation des quatre audiences suivantes:
18 octobre 2018: introduction à l’enquête, parle le chef de la Digos;
textes* (flics) sur la rixe de Melograno le 21 avril 2016
textes (digos) sur la présence sous les quartiers généraux de la police la même nuit, après les arrestations
textes (digos) sur le banquet antimilitariste de février 2016
8 novembre 2018: textes de l’accusation des faits du 25 avril 2016, garnison et cortège en solidarité avec les personnes arrêtées
13 décembre 2018: à définir
20 décembre 2018: à définir
En ce qui concerne la présence en salle d’audience, nous avons appris qu’au cours de l’audience, les trois personnes ont été consultées et ont décidé de ne pas assister à l’audience du 18 octobre; si cela se confirmait, nous serions également ravis de déserter les salles d’audience. Au lieu de cela, ils envisagent d’être présents à l’audience du 8 novembre, mais nous attendons de comprendre leur décision finale.
La journée s’est poursuivie devant la prison de Sollicciano pour un nouveau salut de nos camarades et de tous les prisonniers: nous n’avons malheureusement pas pu nous faire entendre par Paska, car l’audience à peine achevée il a de nouveau été transférée à la prison de La Spezia (du moins nous espérons qu’il a entendu les cris au passage des trois). Le rassemblement a été animé par des chorales, des cris, de la musique et des feux d’artifice, et a été illuminé par un incendie déclenché dans une section a enveloppé une partie de la prison dans la fumée pendant un certain temps, nécessitant l’intervention du les pompiers.
Nous nous sommes ensuite dirigés vers le centre et, avec une promenade agile, nous avons laissé quelques signes de notre passage, des mots de colère et de solidarité qui se détachent contre le blanc oppressant de la ville du «décorum» et de la «beauté» de la marchandisation totale.
La journée s’est terminée sur le parvis de l’église de S. Spirito, sujet de l’attention du maire au cours des derniers mois, du maires, des policiers et journalistes serviles à cause de la énième ordonnance « anti-dégradation » qui interdit le « bivouac » (c’est-à-dire simplement rester sur la place) après un certain temps dans la soirée. Nous avons joyeusement bivouaqué avec de la nourriture et du vin jusqu’à ce que nous en ayons envie. La journée a été positive malgré tout, même s’il n’y avait rien à célébrer pour le début du procès, mais nous espérons que ces petits gestes de solidarité réchaufferont le cœur de nos compagnons toujours pris en otage dans le galères patries … Un grand merci aux compas de chaque coin de la péninsule (et pas seulement) d’être venus à Florence pour l’occasion, pour leur présence, pour leur agitation, pour leur force contagieuse.

Avec rage et amour.

Post-scriptum La nouvelle adresse de Paska, transférée à la prison de La Spezia, est la suivante:

Pierloreto Fallanca, C.C. La Spezia, Piazza Falcone et Borsellino 1, 19125 La Spezia

P.P.S. Le nouveau compte Iban pour le soutien des frais de justice et des prisonniers est le suivant: IT71Q3608105138290113490114

 

*La liste de textes est l’acte qui contient la demande d’une des partie de la procédure de faire comparaître des témoins, des consultants et des experts, de manière à acquérir des preuves lui soient favorables.

Repris de panicoanarchico.noblogs.org

 

Voir aussi :

https://attaque.noblogs.org/post/2018/07/05/florence-italie-declaration-publique-de-paska-et-des-nouvelles-du-proces-contre ghespe

https://attaque.noblogs.org/post/2018/07/04/compilation-de-quelques-textes-autour-de-l-operation-panic

Pour écrire aux inculpés :

Giovanni Ghezzi e  Salvatore Vespertino : N.C.P. Sollicciano, Via G. Minervini 2/R, 50142 Firenze (FI)

Pierloreto Fallanca, C.C. La Spezia, Piazza Falcone et Borsellino 1, 19125 La Spezia

 

Parution : Métamorphoses – Sur la transformation urbaine et la mort sociale

[…] Cela fait des années que dans l’esprit des Napolitains a été ancrée la certitude, grâce à un martelage d’échanges de point de vue médiatiques à toutes les sauces et de toute forme, que pour résoudre les problèmes durables de la criminalité et du chômage, il suffirait de réévaluer les ressources culturelles et des politiques visant à encourager le tourisme. Parce que si le touriste vient à Naples, il y a plus de travail, moins de crime, moins de saleté, tout serait mieux. Se met donc en place un avantage fiscal pour l’ouverture de toutes formes de bed and breakfast, un diplôme de trois ans en « touristologie », des accords avec les navires Costa, et voilà que des hordes de touristes affluent à tous les coins de l’antique centre historique, à la recherche de Polichinelles, crèches de noël, mandolines et pizza à volonté. Plus de photos des fameux sacs poubelles, parce que ça ils les ont cachés sous le tapis, et on propose toute sorte plaisir au saint touriste qui est juste sacré …et quand le touriste a besoin de quelque chose…

La consécration des touristes nécessite un effort des Napolitains pour devenir plus civils, se laver le visage et se faire tout petit face à une telle entreprise qui se présente comme une manne purificatrice. Un business cultivé dans l’intérêt de tous, cachant en réalité un seul intérêt, celui de quelques-uns qui tirent profit des avantages économiques et politiques par la transformation de zones à revaloriser et à redorer et de zones à ghettoïser ou réaménager pour d’autres intérêts.
La requalification urbaine, avec un effet domino du centre historique à la banlieue investit inévitablement tout le territoire de la ville, ouvre la voie à la restructuration des profits, passant par le concept de « smart city » jusqu’à la dépersonnalisation de zones entières jusqu’ici caractérisées et vécues dans leur chair par des personnes.
Tout cela est très triste, mais il est encore plus triste de constater que l’essentiel du changement en cours est soutenu et accompagné par diverses formes d’associationnisme et qu’une grande partie de ce mouve-ment qui se définit comme antagoniste en accélère la transformation de manière culturelle plutôt que structurelle, vers une pacification sociale de plus en plus poussée. L’appropriation des espaces dits libérés en très peu de temps reconnus par la municipalité elle-même qui leur en confie la gestion n’a d’autre but que de favoriser le revirement de toute attitude oppositionnelle. Chaque minime position conflictuelle est perdue dans la négociation démocratique, chaque voix extérieure au chœur reste prise au piège dans une pétition pour l’installation d’un feu de circulation ou une plainte au commissariat de police pour une vile agression fasciste.
***
Les articles que vous trouverez dans cette brochure sont le résultat de nombreuses discussions, mais ils ne sont pas à prendre comme une écriture chorale. Chaque compagnon a essayé de mettre sur papier ce qu’il a retenu d’intéressant dans la discussion de son propre point de vue. Nous avons analysé la transformation sociale qui ont conduit les gens à abandonner les places, les intérêts du capital qui se cachent derrière chaque politique de restructuration urbaine et sociale, l’étroite interdépendance entre les villes et les territoires limitrophes strictement liés aux besoins énergétiques et nous nous sommes aussi demandé si nous croyons que cela vaille la peine de défendre ce type de ville en constante métamorphose. Pour autant, nous ne voulons pas faire une oeuvre nostalgique sur comment Naples était belle auparavant et maintenant par contre… non, ce n’est pas du tout dans nos intentions. Nous savons depuis l’enfance que c’est une ville difficile à vivre, pétrie par des mains sales, pompée et aspirée par tous les pilleurs qui sont passés par là. Ce que vous avez entre vos mains n’est qu’une réflexion sur ce qui nous a amené là et sur ce qui nous attend si nous ne décidons pas une fois pour toutes de prendre en main nos destins, nouvelles Destinées autopoïétique…
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Repris de sansattendre, pdf disponible ici :

https://sansattendre.noblogs.org/files/2018/10/M%C3%A9tamorphosesNaples.pdf

Ala – Engin explosif contre le siège de la Lega

Nous apprenons dans les journaux qu’à l’aube du 13 octobre, un dispositif rudimentaire a explosé devant le siège de la Ligue d’Ala dans la région de Trente (Italie). Justement à Ala, avait lieu  le lendemain soir un rassemblement du leader de la Ligue Matteo Salvini.

  https://roundrobin.info

Turin (Italie) : 33 années de prison distribuées dans l’énième procès No-TAV

La Cour de Turin a prononcé ce matin les lourdes peines envers 16 militants No Tav accusés d’avoir participé à la journée de lutte du 28 juin 2015. Ce jour là, une des innombrables manifestations en direction du chantier avait été, comme à chaque fois, bloquée et attaquée par la police. Des affrontements s’en étaient suivi.

Il n’y a eu que 3 acquittements, les 13 autres accusés se partagent 33 ans de prison. Ces condamnations s’ajoutent à celles, déjà très nombreuses, prononcées par la Cour de Turin contre les militants du mouvement. Le procureur Rinaudo avait demandé des peines doubles… L’audience s’est déroulée en état de siège avec point de contrôle des carabiniers et une vingtaine de membres de la DIGOS (police politique) dans la salle. Des listes de proscriptions ont interdit l’accès de certains militants à l’audience. Selon les carabiniers, ces ordres et cette liste provenaient du procureur.

https://www.non-fides.fr/?+Turin-Italie-33-annees-de-prison-distribuees-dans-l-enieme-proces-No-TAV+

Du marxisme à l’anarchie

Ce n’est jamais sans quelque surprise que les marxistes voient l’un des leurs se déclarer anarchiste. Et ce n’est pas sans quelque hésitation et quelque méfiance que les compagnons consentent à accueillir comme l’un des leurs le « politicien », « l’autoritaire » en rupture d’idéologie. C’est que les marxistes ont appris à considérer l’utopie anarchiste comme une aspiration rudimentaire, simpliste, marquée au coin de l’infantilisme et de la naïveté. L’anarchiste, c’est pour eux l’illuminé aux solutions sommaires, le « petit-bourgeois enragé », le cabotin de parlotte et de tribune, aux cheveux longs et aux idées courtes, l’empêcheur de voter en rond qui met « tout le monde dans le même sac » ; c’est encore le pégriot aux louches besognes, le provocateur conscient ou inconscient, le paysan-bandit oscillant entre la jacquerie et le pogrom, le catalan brûleur d’églises et déterreur de nonnes, l’idéaliste fade qui « bêle la paix », le dynamiteur, le pistolero, l’esthète raté, l’autodidacte, le sentimental, le philosophe, l’énergumène.

Les « Souvenirs » de Guesde, de Plekhanov, de Lafargue (anarchistes bouffons devenus bouffeurs d’anarchistes) se mêlent aux réminiscences de feuilletons et de cours d’assises du Petit Journal pour camper la cour des miracles anarchiste, telle que se la représente le marxiste moyen, encadré dans la force et la sagesse de son parti. Renoncer aux rails du développement historique nécessaire, à l’arsenal des citations prophétiques, à la sécurité des grandes compétences qui, d’en haut, parfois du haut du ciel, déterminent les savants dosages de l’opportunisme révolutionnaire à l’échelle nationale et mondiale ? Quelle aberration, quelle déchéance ! Aucun doute n’est permis : le camarade perdu n’a jamais rien compris au « marxisme » puisqu’il renonce à cette merveilleuse discipline de la pensée ; et il n’a jamais rien entendu à la solidarité agissante du parti et de la classe ouvrière, puisqu’il s’évade vers la « secte », ou la tour d’ivoire de « l’individualisme »…

L’accueil fait au nouveau venu n’est pas toujours plus encourageant que les adieux des ex-copains de parti. Si ceux-ci vous traitent élégamment de vendu, ou se contentent de hausser les épaules, il convient de dire que la petite bande fraternelle reçoit sans nul enthousiasme le transfuge, qui s’imagine généralement apporter des trésors d’érudition et d’expérience inconnus au commun des libertaires – et conserve en cela une part de la morgue théorique et « organisatoire » inculquée par l’école marxiste. La plupart des anars s’imaginent être nés anarchistes et mettent sérieusement en doute qu’on puisse le devenir. Ils considèrent les antécédents « politiques » de tout nouveau camarade, non pas comme un avatar riche en enseignements pour eux-mêmes, mais comme un péché originel. Ils se montrent fort peu curieux de savoir comment on se libère intellectuellement et sentimentalement de la pensée par ordre et de l’amour du parti, pour embrasser de plus vastes perspectives, des réalités plus concrètes et des sympathies humaines plus immédiates. Cela ne semble pas les intéresser de savoir par quelles déchirures du filet le petit poisson s’est évadé (auraient-ils peur d’y rester en y allant voir ?) ni les préoccuper d’élargir le trou pour d’autres. Il semble qu’ils craignent d’avoir trop de transfuges parmi eux, ou que la réalité du piège les dégoûte. Peut-être ont-ils raison ? Continue reading « Du marxisme à l’anarchie »

Que le contrat social est une monstruosité

« Ce gouvernement, je le mets en question pour ce qui me concerne, laissant d’ailleurs aux autres la faculté de le servir, de le paver, de l’aimer, et finalement de mourir pour lui. Mais quand bien même tout le peuple français consentirait à vouloir être gouverné dans son instruction, dans son culte, dans son crédit, dans son industrie, dans son art, dans son travail, dans ses affections, dans ses goûts, dans ses habitudes, dans ses mouvements, et jusque dans son alimentation, je déclare qu’en droit, son esclavage volontaire n’engage pas plus ma responsabilité que sa bêtise ne compromet mon intelligence. Et si, en fait, sa servitude s’étend sur moi sans qu’il me soit possible de m’y soustraire, s’il est notoire, comme je n’en saurais douter, que la soumission de six, sept ou huit millions d’individus à un ou plusieurs hommes entraîne ma soumission propre à ce même ou à ces mêmes hommes, je défie qui que ce soit de trouver dans cet acte autre chose qu’un guet-apens, et j’affirme que, dans aucun temps, la barbarie d’aucun peuple n’a exercé sur la terre un brigandage mieux caractérisé.

Voir, en effet, une coalition morale de huit millions de valets contre un homme libre est un spectacle de lâcheté contre la sauvagerie de laquelle on ne saurait invoquer la civilisation sans la ridiculiser ou la rendre odieuse aux yeux du monde.

Mais je ne saurais croire que tous mes compatriotes éprouvent délibérément le besoin de servir. Ce que je sens, tout le monde doit le penser ; car je ne suis ni plus ni moins qu’un autre homme ; je suis dans les conditions simples et laborieuses du premier travailleur venu. Je m’étonne, je m’effraie de rencontrer à chaque pas que je fais dans la vie, à chaque pensée que j’accueille dans ma tête, à chaque entreprise que je veux commencer, à chaque écu que j’ai besoin de gagner, une loi ou un régiment qui me dit : On ne passe pas par là, on ne pense pas ainsi ; on n’entreprend pas cela ; on laisse ici la moitié de cet écu. A ces obstacles multiples, qui s’élèvent de toutes parts, mon esprit intimidé s’affaisse vers l’abrutissement ; -je ne sais de quel côté me retourner ; Je ne sais que faire, je ne sais que devenir.

Les masses, encore trop dociles, sont innocentes de toutes les brutalités qui se commettent en leur nom et à leur préjudice ; elles en sont innocentes, mais elles n’en sont pas ignorantes ; je crois que, comme moi, elles les sentent et s’en indignent ; je crois que, comme moi, elles ont hâte d’en finir. »

Anselme Bellegarrigue, dans L’anarchie, Journal de l’Ordre N°1.

Toulouse, France : Rassemblement en soutien à un compagnon incarcéré à Limoges – 17 octobre 2018

Un compagnon est incarcéré à Limoges depuis plus de 6 mois suite à un incendie de véhicules de gendarmerie en septembre 2017. Il sera présenté à une juge d’instruction toulousaine le 17 octobre pour une action au local de l’UMP en 2015. Retrouvons-nous devant le TGI de Toulouse pour montrer notre solidarité.

15 avril 2015 : le local de l’UMP rue Gabriel Peri reçoit de la visite d’un groupe de personnes, qui a la bonne idée de sortir le mobilier, laisser deux tags sur la façade et partir au cri de « expulsons les expulseurs ».
Cette joyeuse irruption apparaît comme une réponse à la politique de l’État à Calais qui consiste à réprimer, harceler, agresser les personnes migrantes et leurs soutiens. Quelques jours plus tôt, la mairie UMP de la ville de Calais prenait la décision d’expulser plusieurs squats de personnes migrantes.

18 septembre 2017 : plusieurs véhicules de la gendarmerie de Limoges sont incendiésdans le contexte d’une vague de solidarité envers les personnes inculpées et arrêtées pour avoir cramé une voiture de police à Paris au quai de Valmy. La revendication évoque aussi les violences et assassinats policiers : meurtres de Rémi Fraisse et d’Adama Traoré, violences policières quotidiennes en manifestation ou dans les quartiers.

Quel est le lien entre ces deux histoires ?

Des actes de révolte contre ce monde de merde. Mais aussi, le sale travail de fouine des flics et des juges. Un compagnon est accusé d’avoir participé à ces deux actions. Il est actuellement emprisonné à Limoges depuis plus de 6 mois pour l’incendie des véhicules de gendarmerie. Il sera transféré à Toulouse le 17 octobre pour être mis en examen dans le cadre d’une instruction au sujet de l’action contre l’UMP.

Le pouvoir désigne comme violent un local déménagé, une chemise arrachée, des voitures brûlées, une frontière traversée, une vitrine cassée, une grève, des manifestations ; alors même qu’il considère comme normal et légitime la prison, les centres de rétention, les violences et assassinats policiers, les milliers de morts dans la Méditerranée et les guerres…

Lorsque cette logique bien rodée rencontre une résistance méritée, l’État montre ses crocs, la répression est féroce. Les flics, les procs, les juges et les matons n’hésitent pas à mettre le paquet pour détruire des existences, gagnant leur vie en détruisant celle des autres.

Parce qu’il est toujours possible de se révolter,
soyons solidaires face à la répression.

Brisons l’isolement, soyons présent·e·s devant le TGI de Toulouse à 13h30 le 17 octobre.

Repris de IAATA

La tension anarchiste

L’anarchisme n’est donc pas un concept qui se scelle avec un mot comme une pierre tombale. Ce n’est pas une théorie politique. C’est une manière de concevoir la vie, et la vie, que nous soyons jeunes ou âgés, n’est pas quelque chose de définitif : c’est un pari que nous devons jouer jour après jour.

Donc, quand ces messieurs nous disent  : «  Vous êtes des utopistes, vous les anarchistes vous êtes naïfs, votre utopie ne peut pas se réaliser », nous devons dire : « Oui, c’est vrai, l’anarchisme est une tension, ce n’est pas une réalisation, ce n’est pas une tentative concrète de réaliser l’anarchie demain matin ». 

La liberté est un concept non seulement difficile et inconnu, mais c’est un concept douloureux, et à l’inverse il nous est vendu comme un concept magnifique, doux, reposant, comme un rêve qui est tellement éloigné qu’il nous fait nous sentir bien, à l’instar de toutes ces choses qui – puisqu’elles sont lointaines – constituent une espérance, une foi, une croyance. […] Pour nous rendre compte des concepts de ce type, pour nous rendre compte des risques en maniant des concepts dangereux de ce type, nous devons être en mesure de construire des idées en nous, d’avoir des idées. 

https://anarchroniqueeditions.noblogs.org/files/2016/10/La-tension-anarchiste.pdf

A Vérone comme ailleurs, la réaction exaltée

Le 27/09, le conseil municipal de Vérone a adopté la motion 434, la déclarant officiellement « Ville en faveur de la vie ». La ville de Vérone s’engage notamment à financer des associations pro-vie et de soutien à la parentalité. Une autre motion pour la « sépulture des foetus » contre la volonté des personnes ayant avorté, a elle été refusée. Des protestations lors du vote du conseil municipal se sont conclues par l’expulsion des personnes intervenues dans les lieux et la prise d’identités d’une cinquantaine d’entre elles.

Au mois de mai dernier, c’est un « congrès » les demandeurs d’asile Lgbt qui avait été annulé suite aux pressions de Forza Nuova, le recteur de l’université de Vérone avait décidé d’annuler l’événement déclarant que  « L’Université ne peut se permettre d’être instrumentalisé par des sujets extérieurs au monde scientifique se confrontant autour de thèmes politiquement et éthiquement controversés tels que les migrations et l’orientation sexuelle des personnes. […] Il appartient au recteur et aux autorités académiques de veiller et d’éviter des situations critiques qui peuvent détacher l’attention des critères scientifiques qui caractérisent le travail de recherche. » …

Pendant ce temps la manif pour tous s’organise de nouveaux rassemblement des sentinelles (comme tout récemment à Lille) contre la PMA « sans père », et contre la GPA. À Toulouse les manifestant.es contre le meeting de la manif pour tous se font gazer, et le président du syndicat des gynécologues de fRance se déclare ouvertement anti-avortement.

Dernière minute-Cet après-midi à Marseille, les militants de Génération Identitaire s’en prennent à l’Aquarius délogeant de force les salariés d’SOS Méditerrannée.

Brésil : Attaque et évasion de la prison de sécurité maximale

Le 10 septembre un commando opérationnel a attaqué la prison de sécurité maximale de Joao Pessoa (nord-est du Brésil). Le groupe composé d’environ 20 individus à bord de 4 véhicules, après avoir complément renversé la porte principale, a  attaqué l’infrastructure de la prison avec des rafales de fusils et des explosifs, avec pour objectif de libérer 92 prisonniers, parmi lesquels seulement 41 ont été repris.

Au cours des affrontements, un geôlier serait décédé, mais parmi les assaillants on ne rapporterai aucune victime. Selon la presse bourgeoise, l’objectif principal aurai été de libérer des membres d’un groupe ayant attaqué des banques au Brésil.

Attaquons la prison!

Liberté pour tous!

 

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D. Macdonald – Une tragédie sans héros [Extraits]

Le problème des masses

Comme la “révolte des masses” a conduit aux horreurs du totalitarisme (et à celles de l’architecture qui borde les routes Californiennes), des conservateurs tels qu’Ortega y Gasset et T.S. Eliot soutiennent que le seul espoir serait de rétablir les vieilles barrières de classe et de replaçer les masses sous contrôle aristocratique. Il estiment que “populaire” est forcement synonyme de commun et de vulgaire. Pour les radicaux et les progressistes marxistes, en revanche, les masses sont fondamentalement saines mais sont les dupes et les victimes de l’exploitation culturelle des seigneurs du kitsh, un peu comme l’était le “bon sauvage” de Rousseau. Ah! Comme elle seraient contentes si, au lieu du kitsh, on leur offrait quelque chose de bien! Et comme le niveau de la culture de masse s’éleverait alors! […] On peut trouver des raisons théoriques qui expliquent pourquoi rien de bon ne peut sortir de la culture de masse. Je postule que la culture ne peut être produite que par et pour des humains. Or, dans la mesure où le peuple est organisé (ou plutôt désorganisé) en masses, il perd son identité et ses qualités humaines. […] Quand on entend parler un “sociologue-à-questionnaire” de son “travail” d’enquête, on a l’impression qu’il considère les gens comme un troupeau d’animaux stupides, un amas de réflexes conditionnées, qu’il s’agit uniquement de stimuler par une savante combinaison de questions. Dans le même temps, il prend, par nécessité, ses resultats statistiques pour la réalité, pour le secret de la vie qu’il essaie de découvrir; Pour lui, comme pour les seigneurs du Kisth, les valeurs ne valent rien, il est prêt à accepter n’importe quelle ineptie du moment qu’elle est soutenue par le plus grand nombre.

L’avenir de la culture de masse est encore plus sombre 

Si la proposition des conservateurs de sauver notre culture par l’avant garde-garde artisocratique semble historiquement inadéquate, que dire du projet progressiste? Y a-t-il réellement une chance d’élever le niveau de culture de masse? Dans un récent ouvrage, The Great Audience, Gilbert Seldes affirme que oui; Il rejette la responsabilité du triste état de notre culture de masse sur la stupidité des seigneurs di kitsh qui sous-estiment l’âge mental du public, sur l’arrogance dédaigneurse des intellectuels qui commettent la même erreur en refusant de travailler pour les moyens de diffusion modernes comme la télévision et le cinéma, et enfin sur la passivité du public lui-même, qui ne réclame pas de meilleurs produits culturel. Ce diagnostic me parait superficiel en ce qu’il rapporte tout à des facteurs subjectifs et moraux : stupidité, perversité, manque de volonté. Accuser des groupes sociaux de la prolifération de la culture de masse est, à mon avis, tout aussi injuste que de rendre responsable le peuple allemand (ou russe) des horreurs du nazisme (ou du communisme soviétique).

Diogenes, été 1953

***

“L’odre social comme la guerre sont des processus impersonnels qui s’enclenchent automatiquement. Si quelques individus se rebellent contre le rôle qui leur a été assigné, ils seront remplaçés par d’autres, plus dociles, avec pour seul résultat d’être mis à l’écart sans qu’au fond rien ne change. Les marxistes affirment qu’il doit en être ainsi jusqu’à la révolution – qui n’a jamais parue aussi éloignée. Alors, que peut faire un homme aujourd’hui? Comment peut-il échapper à sa condition au sein d’un système aussi terrifiant?

Tout simplement en refusant de jouer le jeu.

“Nous devons briser l’Etat avant qu’il ne nous brise. Celui qui veut préserver sa conscience – et sa peau par la même occasion – ferait bien de s’autoriser des “pensées dangereuses” comme le sabotage, la résistance, la révolte et la fraternité; La démarche intellectuelle qu’on nomme “esprit négatif” est un point point de départ.”

Sur le banc des accusés

La dangerosité sociale

… Mais hasardons-nous maintenant sur le terrain de la répression spécifique contre des luttes autonomes et des individus qui se battent pour la liberté. Parfois, les arrestations de compagnons, la répression d’une lutte, la diffusion de menaces à peine dissimulées contre ceux qui ne sont pas prêts à enterrer la hache de guerre, amènerait à croire que nous serions dangereux. Dangereux pour l’ordre établi, comme est classé l’anarchisme depuis quelques années en Belgique, considéré comme « la menace la plus importante et la plus diffuse pour la sûreté du pays », sur la bonne voie car objet d’une répression ?
De telles croyances proviennent tout simplement d’un manque de conviction dans ses propres idées, d’une carence de perspectives, car elles s’amusent à reprendre à leur propre compte les paroles de la domination.
A l’inverse, il n’est malheureusement pas rare de constater que, dans le courant subversif même, des bruits courent sur certains lieux, certains compagnons, certains terrains de lutte qui seraient dangereux, qu’il faudrait mieux éviter, parce qu’ils attirent la répression et autres conneries de la sorte. Dans les deux cas, la même « échelle de mesure » est utilisée : celle de la morale dominante et des lois en vigueur. Ou pire encore, une échelle « militaire », qui voit la subversion comme la somme d’attaques attribuables à tel courant ou à telle tendance ; échelle malheureusement trop fréquente, chez les légalistes et réformistes, comme chez les « subversifs » autoritaires.
Que disait déjà cette citation ? : « On voit les lucioles parce qu’elles volent la nuit. Les anarchistes font de la lumière aux yeux de la répression, parce que la société est grise comme la pacification. Le problème, ce n’est pas la luciole, mais bien la nuit. »
Le danger et la dangerosité sont bien ailleurs. C’est la menace souterraine qui traverse les siècles et tous les visages que la domination a pu prendre : la menace d’une explosion sociale, de la subversion de l’existant. Inutile, et aussi pernicieux pour sa propre dignité, de cacher que les activités et les idées des subversifs antiautoritaires ciblent à encourager, faire éclater, défendre, répandre la subversion et donc la nécessaire insurrection, forcément violente et négatrice des lois et des morales. Et l’Etat cherche à réprimer, persécuter, étouffer ce qui le met en danger. La menace n’est donc pas une centaine d’anarchistes, mais la diffusion toujours possible et imprévisible d’idées et de pratiques subversives que nous portons. La menace, la dangerosité,  c’est la contagion qui se met à l’œuvre ou qui, du moins, reste toujours possible. D’où l’évidence que la meilleure solidarité, consiste à continuer à diffuser des idées et des pratiques subversives, au-delà de toute échéance judiciaire ou étatique. Et aussi que la meilleure défense contre la répression n’est pas de constituer une quelconque puissance imaginaire qui y ferait face (dans la logique de l’affrontement symétrique, imprégnée d’une vision militariste et hiérarchique de la subversion), qu’il ne s’agit pas simplement (ou mieux, pas tant) de s’approprier des techniques et des savoir-faire pour la contourner, mais bien de perspectives de lutte, d’idées approfondies, de la recherche sociale de complicité dans le refus et dans l’attaque de ce monde. En fait, on pourrait extrapoler cette question afin de mieux la saisir : une insurrection (dans le sens anarchiste, c’est-à-dire, comme phénomène social) peut-elle être vaincue de manière militaire par les forces répressives ? La « réussite » d’une insurrection dépend-elle du nombre d’armes et de « troupes » à notre disposition ? Ou les raisons des « défaites » des insurrections ne sont-elles pas plutôt à chercher dans le manque de perspectives antiautoritaires, de « fermeté » dans le refus de toute sorte de chef ou encore, dans la peur de l’inconnu de la liberté ? La répression des insurrections, tout comme leur explosion; la répression des insurgés, tout comme la contamination du tissu social par leurs idées et pratiques, n’est jamais qu’un fait militaire, mais avant tout social. Et de nombreuses conséquences découlent d’une vision antiautoritaire de cette question, qui est au fond essentiellement celle de la transformation révolutionnaire de l’existant.

 

Extrait de la revue :  Salto – subversion & anarchie

| L’ennemi de toujours |

Si un jour meurt l’anarchisme, ce sera parce que les anarchistes l’auront eux-mêmes tué. Une affirmation forte, certes, mais quand on y réfléchit un peu plus, pas tant dénuée de signification. Les adversaires de l’anarchie, de l’État aux capitalistes, des prêtres aux autoritaires variés, peuvent la blesser, même grièvement, mais n’ont jamais réussi à l’achever. Peut-être est-ce à cause de l’attirance irrésistible qu’elle exerce sur les âmes rebelles, sur les réfractaires de l’ordre, sur les assoiffés de vengeance et de liberté, peut-être est-ce parce que l’idée qui est au cœur, non, qui est le cœur de l’anarchisme – à savoir que l’autorité est ennemie de la liberté, l’origine de toute souffrance et de toute oppression – ne cesse d’émerger au sein de cette prison infâme qu’est la société humaine moderne. En tout cas, deux siècles de répressions féroces, d’échecs de révolutions et d’insurrections, de trahisons n’ont pas renvoyé l’anarchisme « au musée de l’histoire humaine », comme auraient pu l’espérer ses détracteurs blindés de « réalisme » et de « dialectique historique ». Notre ennemi, le pouvoir sous toutes ses formes, est puissant, peut-être même plus puissant que jamais, mais l’anarchisme ne mourra pas tant qu’il y aura des anarchistes pour l’incarner à travers la lutte, pour le défendre, pour le chérir.

Jusqu’ici, malgré toutes les tempêtes qu’il a traversé et qui ont marqué son histoire au fer de la polémique, mais aussi du mouchardage ou des politicailleries, un sort tel que celui subi par le marxisme (un discrédit historique et général, l’ombre de régimes totalitaires et atroces qui s’en sont revendiqués, les atrocités commises au nom du parti, les pelotons d’exécution qui ont fauché nombre de révolutionnaires,…) a été épargné à l’anarchisme. Aujourd’hui, même les marxistes (bien que leurs prédécesseurs se retourneraient dans leurs tombes) doivent se requalifier de « libertaires » ou d’« anti-autoritaires », sous peine de passer pour d’infréquentables fantômes. L’échec de toute vision autoritaire de la révolution, de la guerre de classe, de la lutte contre l’oppression, est manifeste non seulement au plan théorique, mais aussi au niveau pratique. Cela n’empêche pas de reconnaître qu’il existe des révolutionnaires sincères et qui luttent véritablement, y compris lorsqu’ils sont dopés au matérialisme historique, aux fables des contradictions du capital générant son propre effondrement, à la classe ouvrière chargée d’une mission eschatologique, mais cette reconnaissance n’estompera en aucun cas nos critiques.

Si on remarque aujourd’hui que des visions autoritaires empruntant par la force des choses des apparences « libertaires », s’insinuent jusque dans les discours anarchistes, d’autres regards, d’origine peut-être plus émancipatrice, s’attellent aussi à la tâche de transformer l’idée anarchiste en la vidant de sa substance, si l’on peut dire ainsi. Mais procédons par questions. Par exemple, pourquoi des anarchistes parlent aujourd’hui de dominations, plutôt que de la domination Pourquoi parler de pouvoirs, plutôt que du pouvoir ? Est-ce pour souligner que le pouvoir prend différentes formes dans les rapports sociaux, ou est-ce pour dire qu’en réalité « le pouvoir » n’existe pas, mais qu’il n’y aurait que « des pouvoirs » ? Est-ce pour souligner que le pouvoir prend différentes formes dans les rapports sociaux, ou est-ce pour dire qu’en réalité « le pouvoir » n’existe pas, mais qu’il n’y aurait que « des pouvoirs » ? Nous sommes en désaccord avec cette façon de considérer la libération anarchiste, qui s’affirme toujours plus. Il serait bien sûr stupide de nier que la domination présente différentes facettes, qu’elle emprunte différents visages en fonction des contextes, des périodes historiques ou des rapports sociaux. […]

La suite dans le dernier numéro de la revue

« Avis de tempête » disponible ici : avisdetempetes.noblogs.org

Un pavé dans les rouages

Le sabotage, le grain de sable dans les rouages de la machine, l’opposition directe, physique, matérielle à une partie d’un dispositif.

En République, on a toujours le droit de s’indigner d’une situation intolérable : les rafles de sans-papiers, les exactions policières, les expulsions locatives, les gens qui dorment dehors, les conditions de détention, tout cela peut faire l’objet d’autant de tribunes dans les journaux ou d’appels citoyens sur Internet. La démocratie adore ceux qui se contentent de dénoncer : c’est à dire de parler et de ne rien faire. C’est même la marque de la démocratie, ce dont elle ne cesse de s’enorgueillir. On peut (presque) tout y dire. Mais que l’on commence à s’organiser pour s’opposer concrètement aux actes du pouvoir, et tout change. De citoyen, on devient délinquant, ou terroriste, selon les cas : de toute façon, la répression est là. C’est que tout acte qui n’est pas étroitement borné par les pratiques démocratiques et citoyennes est de fait illégal.

Qu’est-ce qui est effectivement permis, comme acte concret, par ce système qui fait pourtant de la « liberté » un de ses principes ? Faire la grève, à condition d’en avoir l’autorisation. Manifester, à condition d’en avoir l’autorisation. Et voter, bien entendu, c’est à dire faire semblant de faire un choix une fois de temps en temps ; et éventuellement, s’engager comme militant dans un de ces partis au service des ambitions de quelques politiciens, ou investir sa bonne volonté dans une association humanitaire aux objectifs limités. Tout le reste, ou presque, est interdit.

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Vidéosurveillance : Le réseau d’identification « intelligent » par caméras arrive en fRance

https://information.tv5monde.com/info/surveillance-le-reseau-francais-intelligent-d-identification-par-cameras-arrive-242520

Copie d’écran d’une vidéo promotionnelle pour le logiciel de détection et identification de visages « Morpho argus », vendu à la police néerlandaise. Un autre logiciel de « détection de suspects », « Morpho Video Investigator » a été lui vendu en 2016 à la police nationale française par l’entreprise française leader en biométrie : Safran. Le principe d’intelligence artificielle d’analyses des visages à capacités prédictives est au cœur de ce type de logiciels.

La reconnaissance faciale « intelligente » est annoncée comme une nécessité pour le ministère de l’Intérieur. Le modèle chinois de contrôle et surveillance de la population par des caméras et des algorithmes d’identification des personnes semble inspirer le gouvernement et l’administration française qui lance des expérimentations et des partenariats. Explications.

L’identification en temps réel des personnes par des réseaux de caméras de rue n’est plus un fantasme de film d’anticipation : la Chine a massivement déployé ces sytèmes et s’en vante. Le « réseau céleste » — ainsi nommé par le gouvernement central — de près de 200 millions de caméras, est un œil géant piloté par des intelligences artificielles qui travaillent jour et nuit à analyser les millions de visages des passants des grandes villes chinoises. Un journal de Hong Kong — cité dans le Courrier international —  l’Apple Daily, résume les capacités surhumaines du « réseau céleste » avec délectation :

Le système peut identifier en temps réel avec exactitude le type de voiture, l’habillement, le sexe et même l’âge d’un passant… Ces informations sur les passants s’affichent automatiquement à l’écran. Quand il s’agit d’un criminel recherché, l’alarme du système se déclenche en montrant les données le concernant sur l’écran.Extrait du Courrier International : « Surveillance. Le “réseau céleste”, version chinoise de Big Brother », le 28/09/2017
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Les voies infinies de l’Habeas Corpus

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Il y a quelques mois, Camille, compagnone soumise à signature quotidienne depuis un moment, a décidé de partir et de se soustraire à l’obligation se présenter tous les jours à la police*. Elle a été arrêté [le 20.08] pour un contrôle apparemment « fortuit » à Porta Susa par deux agents de la Digos et a été arrêté et emmené à [la prison de] la Vallette .

Qui a-t-il d’étrange?

Pour une violation de l’obligation de signature, l’arrestation de Cam a été ordonnée en juin, mais cette mesure de précaution pour elle et pour les autres compagnons a été supprimée en juillet. À ce stade, on pourrait penser que la police ne savait pas que la mesure initiale était tombée et, par conséquent, l’aggravation.

En fait, ce matin, l’avocat a présenté une demande de libération, convaincu que sa libération était une question d’heures.

Mais non. La juge a contesté la libération et, en dépit de ce qu’ils disent être la même loi, a clairement fait savoir qu’elle voulait la garder en prison parce qu’elle le mérite .

Du tribunal de Turin, plus rien n’est étonnant, mais le concept juridique de mériter une peine d’emprisonnement au-delà d’un incident illégal n’était pas encore à notre connaissance.

Mise à jour: après deux jours de prison, Cam a été libérée avec l’obligation de se présenter chaque jour pour signer.

* Voir ici : https://article13.noblogs.org/?p=3093

Repris de Macerie : autistici.org/macerie

Être ou paraître anarchiste

Giuseppe Ciancabilla

La Question Sociale, Année V, n. 93, 7 janvier 1899

***

Il se passe le contraire de ce qui devrait arriver. Pour la plupart, être anarchiste est un problème de forme ; pour une minorité, pour très peu seulement c’est une question de substance.

La forme, l’apparence : voilà l’éternelle imposture qui nous fait dévier du juste chemin de la vérité et nous traîne, dans une agréable illusion, vers les sentiers faciles des satisfactions momentanées.

La préoccupation de la forme est ce qui retarde le jour de l’avènement de la pensée (anarchiste) [initial. « Idea, » ndt*] ; la tendance à présenter cette pauvre Pensée sous l’aspect flatteur et charmeur d’un beau petit homme paré et bien en place, qui sait complimenter tout le monde, qui ne choque personne, qui veut concilier les esprits les plus contraires, c’est une tendance que j’appellerais de bonnes intentions, mais qui en pratique se trouve nuisible et négative.

Comme en littérature les proxénètes de la forme noient de solides principes dans une mièvre indigeste, comme la plastique, la préoccupation de finir les contours selon la précision symétrique détruit la ligne forte et expressive de l’audacieuse conception artistique, de la même manière que dans le mouvement libertaire, la préoccupation pour la forme et l’apparence détruit la vigueur [initial. « virilità », ndt*] âpre et rude, soit, il me convient d’ouvrir un chemin, vers l’Idéal.

Il y a entre nous un défaut d’esthétisme : celui de vouloir rendre beau à tout prix ce qui aux yeux, voilés par les préjugés des profanes, semble heurter les conceptions conventionnelles de la vie sociale d’aujourd’hui. Et cette manie esthétique nous fait minimiser, rogner, retoucher, réarranger, amincir l’apparence plastique gigantesque de la pensée qui, neuve, vierge, robuste, va de l’avant, en balayant les obstacles sur la route – mais ne souffre pas des minauderies des adorateurs raffinés, qui la voudraient poudrée et embellie, pour le plaisir de tous.

Et ainsi naturellement se pose la question d’être ou de paraître anarchistes. Bien entendu je ne mets pas du tout en discussion la question de la bonne ou mauvaise foi. Je parle au contraire des cas d’ailleurs les plus typiques de (très) bonne foi.

Pour moi la bifurcation des deux tendances se sépare dans ce dilemme : être anarchique pour soi ou l’être pour les autres. Il pourra sembler pour certains que je fasse des paradoxes, que je veuille me perdre dans l’absurde et dans l’étrange par caprice de singularité.

Et pourtant ce dilemme est pour moi si clair, si précis, si distinctement gravé dans ma tête, qu’il me semble qu’il doive être saisis par tous et aisément accepté.

En effet je crois que pour « être” anarchiste, nous devons surtout l’être pour nous-mêmes. Quand chez l’individu s’est développé le besoin de fonctionner physiologiquement et psychologiquement dans un environnement libre, sans contraintes, sans obstacles à toutes ses potentialités propres. Quand dans l’individu le concept de vie libertaire devient si enraciné dans son être jusqu’à le contraindre à se rebeller contre toutes les formes imposées et conventionnelles de la vie sociale et individuelle d’aujourd’hui, il est alors anarchiste pour lui-même, par un besoin puissant de son être, qui se sent étouffer dans le milieu actuel, il cherche à rompre les barrières qui l’empêchent de plonger dans sa nouvelle vie, où il sait trouver de l’air, de la lumière, du soleil, un idéal – le bonheur finalement.

On objectera : mais cet individu agira pour lui-même, et donc de manière inadéquate pour réaliser son but ; il négligera ceux qui peuvent, ou mieux doivent l’aider à vaincre.

Ce n’est pas vrai. Justement parce qu’il veut se battre, l’individu, par un besoin naturel, sera contraint à attirer les autres dans l’orbite de son action et de sa théorie ; il cherchera à les convaincre, à leur donner l’énergie qui abonde dans son être, de les pousser à l’action. Seulement sa propagande, justement parce que subjective, sera naturelle, sincère, elle sera la vraie manifestation de ses conceptions individuelles spontanées, et ne sera façonnée sur aucun schéma imposé et suggéré par quelques personnes influentes. Ce sera finalement le produit logique de ses idées intellectuelles et morales. Ceux qu’un tel individu aura attiré seront des individus, comme lui, qui pourront affirmer avec force le principe spécifique de leur individualité. Ce seront des individus distincts qui lutteront, en se retrouvant spontanément et nécessairement dans la lutte, sans se perdre, par manque d’approche qui leur est propre, dans la masse incolore et sans forme des disciples en manque d’idéal, disciplinés dans les différentes formes d’organisation.

L’individu qui est anarchiste pour lui-même l’est nécessairement pour les autres ; mais il est de manière subjective, dans la mesure où cela lui convient à lui-même. L’individu au contraire qui est anarchiste pour les autres, dans la majeure partie des cas paraît, mais ne l’est pas en substance. Ce dernier est l’individu qui se préoccupe de vendre à un beau public un maximum de ses produits. Sa propagande est somme toute objective, parce qu’il n’a pas besoin de son être, mais c’est la fixation de qui vit pour avoir derrière lui une ribambelle de personnes convaincues par sa Pensée. Pour cela il est contraint de présenter ces idées sous l’aspect le plus séduisant, s’accommodant aux exigences de son public, en diluant ce qu’il peut sembler âpre et difficile à concevoir, en l’adaptant à toutes les exigences curieuses de ceux qui veulent savoir, veulent prévoir, et veulent, avant de démolir, reconstruire idéalement le futur.

La pensée vient ainsi en dehors de cette propagande arrangée à toutes les sauces et à tous les arrangements – parce qu’on doit s’adapter à tous les goûts ; et celui qui fait de la propagande pour être entouré de sympathisants plus ou moins convaincus, sans entendre le besoin d’agir pour soi-même, doit justement s’adapter aux goûts des autres, pourvu qu’il ait la satisfaction de la rendre plaisante et bien admise. Outre la propagande théorique, il y a aussi la propagande sur l’action continue des deux individus. L’anarchiste pour lui-même tentera, s’efforcera de vivre dès à présent de la manière la plus libertaire possible : cet état permanent de rébellion contre tous les obstacles, les présupposés et les conventions de la vie d’aujourd’hui sont pour lui une nécessité, une impulsion naturelle de ses fonctions organiques. L’anarchiste pour les autres ne se préoccupera pas, par contre, de cet exemple vivant de la réalisation pratique de l’idéal, puisque celui-ci n’a pas d’individualité propre, ayant dispersé dans les infinies adaptations de la propagande objective chaque atome de son caractère particulier.

Ce sont ces idées exprimées ici tant bien que mal le fruit de réflexions que je voudrai voir s’élaborer aussi dans l’esprit des compagnons. C’est un problème qui peut sembler Byzantin, qui fera hurler de nombreux suiveurs de la propagande objective et centralisatrice, qui finalement semblera, comme j’ai déjà dit, paradoxale, mais pour moi c’est un problème de vie ou de mort, celui d’être ou de paraître anarchistes.

G. CIANCABILLA – IDEAZIONE – Ed. Gratis

traduction libre

-Les guillemets et les parenthèses sont de la traduction.

*Certains mots ont été remplacée par des synonymes ou termes projetant la même idée afin de traduire le texte de manière plus actuelle ou correcte (tout en cherchant à ne pas s’éloigner sens voulu par l’auteur).

 

Connexions

Un camion d’une chaîne de supermarchés s’est arrêté à quelques centimètres de l’abîme – le gouffre causé par l’effondrement du pont de Morandi à Gênes – avec le moteur encore en marche et les essuie-glaces en fonctionnement.  Tout autour, panique, cris, mort, désolation.

Ce n’est pas seulement l’image symbolique de la tragédie qui vient de se produire dans la capitale de la Ligurie, dans un certain sens, c’est l’image symbolique de cette civilisation. Une civilisation basée sur l’argent et sa circulation.  Tout autour, panique, cris, mort, désolation.

Tout est connecté. Les humains qui doivent courir ici et là pour obtenir cet argent pour obtenir des biens qui doivent être transportés ici et là. Les êtres humains qui ne sont plus rien d’autre qu’un nom, toute grandeur d’esprit leur est interdite et ne sont sollicités que pour posséder des cartes de crédit et acheter des biens de consommation. D’un autre côté, les biens qui ne valent rien au-delà d’un prix, toute qualité leur est interdite et sont produits uniquement pour réaliser un profit et satisfaire des besoins souvent induits.

Tout est connecté. Ces pauvres êtres humains, ces marchandises de mauvaise qualité, traversent des routes en béton sur des machines en acier toujours plus rapides. Des routes qui, pour aller partout, doivent être construites partout, dévastant la nature partout. Des machines dont la construction et le fonctionnement ne provoquent pas seulement une pollution mortelle avec d’innombrables victimes, mais dont le pouvoir nécessite ce pétrole qui a toujours été synonyme de guerres, de massacres, d’exodes. Est-ce étonnant que même ces routes, même ces voitures, se révèlent souvent de mauvaise qualité ?

Tout est connecté. Lorsque les comptes courants des grandes infrastructures se trouvent au bord du précipice, il y a toujours quelqu’un qui aimerait des machines encore plus puissantes, encore plus de routes. La même chose, mais plus, de plus en plus. Et il y a toujours quelqu’un qui aimerait un peu moins de voitures, des routes un peu moins négligées. La même chose, mais un peu moins, toujours un peu moins. Le gouffre doit être survolé ou ignoré, après tout, tant que l’économie continue de fonctionner, tant que l’argent continue à circuler.

Mais si tout est connecté, si sur ce pont de Gênes toute la civilisation doit rester bloquée avec le moteur en marche, alors il n’y a pas besoin de la même chose – il y a besoin de tout le reste. C’est pourquoi les titans de Progrès sont des étrangers et des ennemis tout comme les Nabots de la décroissance. Ce n’est certainement pas leur politique bien-aimée qui serait capable de mettre un terme au pouvoir de l’Argent, à la raison d’Etat, au culte du Travail – mais à totale désertion des institutions accompagnée d’une défaite industrielle complète. Minimum requis pour réinventer la vie. Ce n’est pas une fatalité à attendre comme cadeau de la dernière catastrophe définitive, seulement un événement réputé capable de réveiller une conscience endormie par le smartphone. C’est une possibilité de vivre maintenant, d’arracher la résignation et de jouer dans la révolte. Avec des idées et des faits.

https://finimondo.org/node/2215

 

Furor manet

Septembre 2016, l’opération Scripta Manent, dirigée par le procureur de Turin Sparagna, conduit à l’arrestation de 8 compagnons et compagnonnes. L’accusation principale est la constitution d’une association subversive avec  finalité du terrorisme. Avec ceci, sont reprochés différentes attaques, toutes portant la signature de la FAI (fédération anarchiste informelle) et FAI/FRI (fédération anarchiste informelle, front révolutionnaire international). A aujourd’hui, cinq compagnons et une compagnonne se trouvent encore en prison, une autre est assignée à résidence, alors que dans la salle bunker de la prison de Turin, le procès continue à un rythme soutenu. Une foule des flics se succèdent à la barre avec la prétention de reconstruire l’histoire du mouvement anarchiste contemporain. Les dés sont lancé, comme on a déjà vu de nombreuses fois, à l’époque de l’affaire Marini*, dans les années 90. Dès lors, le travail obsédant et incessant des voyeurs de profession, les conduit à énumérer les détails intimes ou insignifiants, volés de nos vies et nos relations. Une représentation de nos vies pathétique et qui nous laisse tout à fait indifférent-e-s. Dans les différences individuelles, dans les confrontations âpres et parfois chargées des tensions contrastantes, se trouve l’histoire du mouvement anarchiste, celle de chacune et chacun de nous, avec limites et contradictions. Les pratiques révolutionnaires appartiennent à cette histoire, dont certaines se trouvent aujourd’hui sur le banc des accusés à Turin. C’est aujourd’hui plus que jamais que soutenir les pratiques révolutionnaire signifie également lutter contre la répression de l’État, qui voudrait enterrer les compagnonnes et les compagnons sous des années de prison et anéantir l’histoire du mouvement anarchiste.

Pas un pas en arrière.
Pour l’anarchie.

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Op. Scripta Manent: nouvelles dates pour les audiences et compte rendu de celles d’avril et juillet

Les prochaines audiences pour Scripta Manent auront lieu les :

3-4 octobre
14 novembre
21-22 novembre
du 3 au 7 décembre, la salle était réservée pour le procès final

Anna a été autorisée à assister à l’audience les 3 et 4 octobre

COMPTE RENDU DES AUDIENCES SCRIPTA MANENT AVRIL-JUILLET

Après les auditions de l’hiver 2018 où prévalaient les récits autour des faits spécifiques contestés et la mise en place du dispositif accusatoire sur le délit associatif selon la DIGOS de Turin, du 18 avril au 16 mai ont défilés quelques fonctionnaires des ROS de Pérouse – Rossi, Mencarelli, Siméon, Mariucci, Passeri – certains encore en service, d’autres transférés dans des bureaux similaires, pour rendre compte de l’enquête Ardire, intégrée à Scripta Manent, avec des divagations et une amnésie providentielle sur d’autres procédures et dossiers liés à la surveillance anti-anarchiste à partir de l’opération dite Brushwood, en passant par Shadow, principalement par interception de communication, téléphonique, environnementale et le contrôle du courrier.

Mencarelli a exposé son analyse du blog Culmine et des relations de connaissance notamment à travers la correspondance depuis/à la prison, entre anarchistes : « oui, mais je ne peux pas produire de données objectives » pourrait être la phrase symbolique de sa déposition, quand il a cherché à attribué d’office au rédacteur en chef de Culmine la participation à un autre journal; ou bien « ils se connaissaient par la haine de Benetton » quand il devait prouver la connaissance entre deux accusés, ou encore qu’ils avaient tous deux fait l’objet d’une enquête pour avoir participé à des initiatives contre les néo-latifondistes de Trévise en solidarité avec le peuple mapuche.

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Metz, France : Vive la belle !

Vendredi 7 septembre, trois sans-papiers ont réussi à s’évader du centre de rétention administrative (CRA) de Metz, en Moselle, pendant la pause déjeuner. Ils ont profité du dysfonctionnement d’un portail pour prendre la poudre d’escampette.

Si deux ont été vite rattrapés, l’Etat a déployé les grands moyens pour s’emparer du troisième, qui a eu la bonne idée de prendre la direction du vieux fort labyrinthique de Queuleu : hélicoptère de la gendarmerie volant au-dessus du site fortifié, ainsi qu’une trentaine d’uniformes différents (police aux frontières et police nationale) engagés dans un grand ratissage. Cette chasse à l’homme inter-services a fait chou blanc, et le sans-papiers court toujours. Bonne chance à lui !

 

Repris de  https://sansattendre.noblogs.org

Quelques considérations pour envisager un projet de lutte contre les frontières

Nous assistons chaque jour à une intensification du massacre perpétué par les frontières étatiques. Des milliers d’hommes et de femmes qui fuient les guerres, la misère et des catastrophes écologiques, conséquences directes de l’exploitation des matières premières, et des hommes réduits à l’état de matières premières. Nous assistons quotidiennement à ce qui s’apparente de plus en plus à une hécatombe, aux portes des lieux où nous habitons, et nous nous habituons à être des spectateurs de l’horreur de cette normalité.

Face à cette masse d’êtres humains, qui en risquant leur vie défient les frontières, et se mettent en jeu dans des moments d’affrontements avec les chiens de garde de l’Europe, les hommes à la tête des États se gargarisent de valeurs démocratiques et proclament la nécessité de régulariser une partie d’entre eux en établissant les critères nécessaires pour les trier, sélectionner la bonne marchandise et refouler celle avariée. Ils établissent des politiques communes, construisent de grands centres de tris, renforcent les appareils bureaucratiques et militaires et la surveillance des frontières. Des frontières qui ne sont pas seulement des limites territoriales entre les Etats, mais se matérialisent aussi dorénavant dans les contrôles et les rafles, dans les transports en commun et les gares, sur les lieux de travail et dans les rapports d’exploitation, aux guichets des banques et des administrations, dans les centres de rétention administrative et dans le travail des gestionnaires humanitaires.

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Les catastrophes naturelles n’existent pas

Des milliers et des milliers de morts et de disparus, des populations déplacées par millions. Jusqu’à maintenant. Des villes entières ont disparu. Comme si ce n’était pas tremblement de terre qui frappait le Japon, mais des bombes nucléaires. Comme si ce n’était pas un tsunami qui avait dévasté des maisons, mais une guerre.

En fait, c’était le cas. Juste que les ennemis qui frappent si fort ne sont pas la terre ou la mer. Ce ne sont en aucun cas les instruments de la revanche d’une nature que nous avons pour habitude de considérer comme hostile.

La guerre qui dure depuis des siècles n’est pas celle entre l’humanité et l’environnement naturel, comme beaucoup voudraient nous faire croire pour assurer notre discipline. L ennemi c’est nous-mêmes.

Nous sommes la guerre. L’humanité est la guerre.

La nature n’est que son principal champ de bataille. Nous avons provoqué des inondations, transformant le climat atmosphérique avec notre activité industrielle. Nous avons cassé les berges des rivières, cimentant leur lit et déboisant les rives. Nous avons brisé les ponts en les érigeant avec des matériaux de pacotille choisis pour remporter les contrats.Nous avons détruit des villages entiers, construisant des maisons dans des zones à risque.Nous avons contaminé la planète en construisant des centrales nucléaires.Nous avons élevé des vautours, visant le profit en toutes circonstances …

https://finimondo.org/node/100

Voltairine de Cleyre  « L’idée dominante » (1910)

« L’enseignement qui prévaut de nos jours est que les idées ne constituent qu’un phénomène secondaire, impuissant à déterminer les actes ou les relations de la vie. On les assimile volontiers à l’image que réfléchit le miroir et qui dirait au corps dont elle reproduit l’aspect : Je veux te former ». A vrai dire, si nous savons parfaitement qu’une fois le corps éloigné du miroir, il ne reste rien de l’image, nous n’ignorons pas non plus que le corps réel a sa vie à vivre, insouciant de ses représentations fantomatiques et passagères — en réponse aux sollicitations toujours changeantes (les choses qui lui sont extérieures).

C’est ainsi que la soi-disant conception matérialiste de l’Histoire, les Socialistes modernes et une majorité considérable d’Anarchistes, voudraient que nous considérions le monde des idées, des réflexions changeantes comme sans consistance, n’ayant rien à faire dans la détermination de la vie individuelle, constituant, telles les images formées dans le miroir, comme autant de représentations apparentes, de relations matérielles données, mais absolument impuissantes à influencer le cours des choses matérielles. Pour eux l’esprit est un miroir vierge, quoiqu’à dire vrai il ne le soit jamais entièrement, puisque sans cesse en présence de la réalité matérielle et destiné à réfléchir une ombre quelconque. Aujourd’hui je suis quelque chose et demain je serai autre chose si la scène est modifiée. Mon moi, mon Ego, est un fantôme qui balbutie, qui pirouette dans le miroir, qui gesticule, qui se transforme, d’heure en heure ou de moment en moment, rayonnant de la lueur phosphorescente d’une réalité trompeuse, fondant comme le brouillard sur les hauteurs. Les rocs, les prés, les bois, les ruisseaux, les maisons, les utilités, la chair, le sang, les os, les nerfs constituent des réalités avec, pour chacune, un rôle défini à jouer — douées des caractéristiques qui persistent en dépit des modifications.

Mais mon Ego, lui, ne persiste pas ; chaque modification des choses que je viens de nommer le reconstruit tout à nouveau.

Je pense que ce déterminisme implacable est une grande et lamentable erreur qui domine notre mouvement avancé. Certes, il fut un antidote salutaire contre la grande mystification théologique du Moyen Age, c’est-à-dire l’idée que l’Esprit constituait une entité absolument irresponsable, promulguant des lois de son propre chef à l’instar d’un Empereur absolu, en dehors de toute logique ou de toute suite ou de toutes relations — souverain sur la matière et se déterminant lui-même suprêmement ; certes, je crois que la re-conception moderne du Matérialisme a accompli œuvre saine en crevant celte bulle d’orgueil et en replaçant l’homme et « son âme » à « sa place dans la nature » ; cependant je crois qu’il y a là aussi une limite et que l’idée de la domination absolue de la matière est une erreur aussi dangereuse que le concept de l’Esprit comme existant en dehors de toutes relations avec l’extérieur ; je pense même qu’en ce qui concerne l’influence sur la conduite personnelle, cette dernière conception a été la plus nuisible des deux.

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Hamilton, Canada : Un flic infiltré démasqué

Il était présent – par intermittence – depuis près de deux ans, apparaissant pour la première fois à l’été 2016.

Il s’appelle « Shane ».

C’est à la fois son nom d’infiltré et son vrai nom. « Shane Bond », c’est ce qu’il nous a dit, ce « nous » étant les différents groupes et milieux d’Hamilton dans lesquels il a tenté de s’infiltrer.

Shane était juste un type de plus lorsqu’il est arrivé. Pour être honnêtes, la plupart d’entre nous ne l’avait pas remarqué, du moins pas au début. Il n’y avait pas de questions intrusives ou tendancieuses. Il ne poussait pas à semer la discorde ni ne répandait des ragots. Il était calme, voire même ennuyeux. […]

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Au début de la rivière

Autour de la lutte contre le Campus Google à Berlin
Mai 2017 – Berlin

Ce texte espère être plus qu’une brève esquisse de la lutte contre un Campus Google dont la construction est prévue à Berlin. Il cherche à communiquer, impulser des discussions et soulever des questions qui puissent aider à penser une lutte spécifique, ainsi qu’à analyser les projets du pouvoir, à un niveau international. Avalanche se prête bien à ces questionnements et analyses. Le texte suivant est bien plus une tentative de communication entre anarchistes, avec l’intention de développer un espace pour agir de manière offensive, qui ne reste pas juste dans l’action symbolique et ne puisse pas être limité par les
frontières.
                                                        ***
Fin 2016, lors d’une conférence de presse, était présenté le projet de Google d’ouvrir un campus à Berlin. Un Campus Google comme il en existe déjà à Londres, Varsovie, Sao Paulo, Séoul, Madrid et Tel Aviv. Le Campus de Berlin devait (bien sûr dans l’intérêt de Google, mais pas seulement) mettre à disposition de l’espace pour des start-up, proposer des workshops pour experts et amateurs, et héberger un « Google-Café ». Comme lieu pour tout cela a été choisi un vieux transformateur dans le quartier de Kreuzberg. Google a demandé un permis de construire pour commencer les travaux dans le bâtiment du vieux transformateur pour pouvoir ouvrir le campus fin 2017. Après la „Facotry“ dans le quartier de Mitte, un campus de start-up appartenant à plusieurs entreprises dont Google, le Campus Google serait un pilier supplémentaire dans l’implantation de l’entreprise à Berlin. Mais le projet d’un Campus Google à Berlin n’est pas seulement dans l’intérêt de l’entreprise, mais aussi dans l’intérêt du gouvernement. Non seulement le maire actuel de Berlin, présent à la première conférence de presse, faisait les louanges de Google et expliquait quelle chance représenterait un Campus Google pour le développement économique de la ville. Mais lors d’une séance du sénat, on pouvait entendre également que le sénat se rangeait pleinement derrière les plans de Google.

Les raisons de mener un projet anarchiste offensif contre les projets de Google et du pouvoir sont diverses. D’une part, les quartiers de Kreuzberg et Neukölln (le quartier le plus proche du vieux transformateur de Kreuzberg) sont depuis longtemps des endroits où une intervention anarchiste est visible; par exemple, la bibliothèque anarchiste Kalabalik est dans le même pâté de maisons que le vieux transformateur. Mais Kreuzberg et des partis de Neukölln sont aussi concernées par une restructuration massive. Ces quartiers étaient autrefois des quartiers populaires, mais ils ont beaucoup changé ces dernières années (ou même décennies). Ce changement et cette éviction de ceux qui ne peuvent plus payer les loyers qui augmentent, causent une tension, en plus du fait qu’il y a toujours eu et qu’il y a encore des attaques contre l’État et ses acteurs. Mais ce quartier entre Kreuzberg et le nord de Neukölln est depuis longtemps devenu un lieu branché, où entre autres se développe le milieu des startup berlinoises. Là, nous voyons un intérêt pour Google de venir à Kreuzberg, car cet endroit a encore l’image d’un quartier alternatif en dehors de Berlin et d’Allemagne. Google veut renforcer son image « cool », « alternative », « hype », et trouver des idées « créatives ». D’autre part, une raison de lutter contre Google peut être la tentative d’attaquer l’apparemment inattaquable pouvoir technologique. Pour nous il ne s’agit alors pas que de Google, mais aussi du projet de la domination de digitaliser et technologiser le monde. Prendre un projet de construction d’une entreprise technologique comme cible, pour empêcher et attaquer ce projet, c’est comme lancer une critique tranchante comme un couteau.

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Simplicité

Elle était présente lors de la manifestation contre les étrangers qui s’est tenue il ya quelques jours à Chemnitz, en Allemagne. Le journal qui l’a interviewée lui a donné un nom fictif, Silvia Fascher. Ce n’est pas une extrémiste de droite et elle tient à le faire savoir. Elle a 64 ans et travaille dans une entreprise de pompes funèbres. L’autre jour elle est descendue dans la rue avec son fils, qui s’occupe des personnes âgées. Dimanche 27, ils étaient 800, le lendemain 2000. Aux côtés des pro-nazis et avec les pro-nazis, elle aussi rageait contre quelques syriens. C’est le ventre, le ventre qui hurle, disait l’autre ; « Je ne veux pas que d’autres étrangers arrivent. Quand je les regarde, je me demande pourquoi mes impôts sont utilisés pour eux. Ils veulent juste devenir des footballeurs professionnels ou monnayeur, mais s’ils doivent travailler un peu dur, ils se plaignent d’avoir mal au dos! »
Bien qu’elle les considère comme des parasites paresseux aspirants émules de Cristiano Ronaldo, Silvia Fascher déclare être consciente des raisons tragiques qui poussent les immigrants à quitter leur pays. Mais elle ne comprend pas pourquoi leur situation devrait être plus importante que celle des millions d’Allemands vivant en dessous du seuil de pauvreté. C’est pourquoi elle se dit furieuse contre le gouvernement, qui « ne fait rien ». Dans un an, elle prendra sa retraite, mais elle ne prendra rien, une misère.
Lorsqu’ils ont demandé à Silvia Fascher pourquoi, après avoir évalué la situation dans son ensemble, elle considère les réfugiés plus responsables que les politiciens, les banquiers, les industriels … Savez-vous ce qu’elle a répondu?  « Parce qu’il faut bien être contre quelqu’un; et avec eux c’est simple « .
Oui, c’est vrai. Discuter est compliqué, roter c’est simple. S’en prendre aux auteurs responsables de ce qui se passe est ardu, jouer aux durs avec leurs victimes transformées en boucs émissaires est simple. Désobéir aux puissants est difficile, collaborer est simple.
Prenons les gaillards de Casa Pound, par exemple. Eux aussi connaissent bien la question de l’immigration au fonds en fait leur protestation n’est pas  » une attaque contre un groupe de personnes désespérées récupéré en pleine mer, mais la dénonciation du business de l’immigration « . Mais organiser d’éclatantes manifestations contre ceux qui exploitent la tragédie des migrants est compliqué – cela impliquerait d’interroger une grande partie de l’économie italienne – accueillir avec des cris et bras tendus les réfugiés à bout de force à leur arrivée à Rocca di Papa est facile.
On peut en dire autant pour les vaillants de Forza Nuova, qui se disent prêts à mettre en place une potence sur la place pour les violeurs :  » nous ne pouvons pas laisser nos femmes à la merci d’êtres qui ont dans leur culture le mépris des femmes chrétiennes et européennes « . Mais lyncher les guignols bleus devant l’école de police de Brescia (d’où venaient les deux violeurs de la touriste allemande à Rimini, si respectueux des femmes chrétiennes et européennes) est ardu, lyncher des silhouettes noires sur la plage de Jesolo est facile.
Inutile de parler du ministre Salvini. Fermer les usines qui fournissent des armes aux guerres qui dévastent les pays lointains déjà appauvris par le colonialisme est difficile (et contre-productif pour le budget national, idée fixe de chaque État), fermer les ports à ceux qui cherchent à s’échapper est simple.
C’est pourquoi aujourd’hui, Silvia Fascher répète les mêmes refrains chers à Casa Pound, Forza Nuova ou Salvini, et le racisme le plus convoité se répand comme une traînée de poudre. Parce que c’est simple
Chemnitz, Allemagne, fin août 2018. Bienvenue dans la guerre civile.
[30/08/18]
https://finimondo.org/node/2218

La prison, ses injections, ses zombies

La drogue et la répression

La répression ne se limite pas seulement aux coups de matraques et aux barreaux. La répression constiste aussi d’obéissance, de soumission et de résignation; des valeurs que le système nous vante jour après jour. En plus, la répression n’est pas le résultat d’un complot diabolique d’une conspiration de quelques dominants, mais bien une dynamique sociale qu’on peut identifier dans des rapports sociaux, des structures et des personnes.

La drogue, légale comme illégale, joue un rôle répressif important. A l’intérieur des mûrs également, la fonction qu’exerce la drogue devient très claire.

Le plus grand traffic de drogue dans la prison est organisé par la prison elle-même. En premier plan, il s’agit des anesthésiants et des calmants, comme le fameux Hadol. Parfois, les médecins prescrivent l’administration des calmants, parfois ce sont les matons eux-mêmes qui décident de droguer un détenu. A côté de cette médication forçée, il y a beaucoup de prisonniers qui demandent ‘eux-mêmes’ des calmants. La perversité de ce système, se cachant derrière le libre choix et la démocratie, devient claire comme de l’eau de roche : d’abord on enlève toute perspective aux gens, on les plonge dans une situation sans issue et ensuite on leur offre la possibilité bien facile d’oublier tout ça. Ceci n’en est pas autrement pour les drogues illégales comme l’héroĩne. Dans la majorité des cas, ce sont les matons eux-mêmes qui font entrer l’héroĩne et se font une jolie somme. Tous ceux qui travaillent dans la prison le savent très bien : quand quelqu’un est accroché à l’héroïne c’est qu’il y a un traffic – et dans aucune prison ils n’essayent même pas de prétendre vouloir en finir avec ça. Pourquoi? Parce que l’héroÏne réduit les personnes à l’état de plantes; parce que la drogue enlève une grande partie, sinon la totalité de la force des personnes désirant développer une perspective propre, désirant s’affronter à la réalité et défendre sa propre dignité contre les tentatives d’extermination du système carcéral.

Il est important de refuser al fausse distinction entre la drogue légale et la drogue illégale. Légal et illégal sont des catégories qui appartiennent à la domination, ce qui pour autant ne signifie pas que ce sont des impératives absolue pour l’Etat et ses servents. Ce ne sont que des instruments dont ils font usage, selon la situation et le besoin, pour maintenir et renforçer leur pouvoir.

La drogue n’a pas comme seule fonction d’apaiser ou d’exterminer des prisonniers, mais fournit également aux détenus et aux directions un levier puissant. Lorsqu’ils ont réussi à rendre quelqu’un dépendant d’une drogue, et donc en même temps soumis à son administration, ils le/la gardent preque entièrement sous contrôle. Ils disposent du levier nécessaire pour forçer un prisonnier à obéir en échange de la piquouse quotidienne, ils peuvent obliger un prisonnier à faire ce qu’ils veulent – et pas des moindres comme balancer, passer des informations aux matons, propoquer des bagarre entre détenus et recruter de nouveaux accros.

Exactement comme à l’extérieur, la drogue est un aspect non négligable de la stratégie du pouvoir pour maintenir la domination. Fin des années 80, plusieurs Etats ont fait un usage très voyant de la drogue pour casser une dynamique de révolte. C’était la police elle-même qui faisait entrer l’héroïne, qui mettait à sec l’arrivée du cannabis, qui organisait le traffic et qui protégeait les dealers.

Comme dans la rue, une partie de la rébellion dans la prison réside dans le refus de la drogue et dans le combat contre ceux qui rendent possible que la drogue détruise nos amis et amies, nos compagnons et compagnonnes. Il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un utilise de la drogue, mais de viser à démasquer la stratégie derrière la diffusion de drogue et à quoi sa sert de rendre les gens accros.

Texte extrait du livre, BRIQUE PAR BRIQUE

Se battre contre la prison et son monde [Belgique 2006-2011]

Ed. Tumult, P137-138

| Face à la République |

Quarante ans d’ignominies républicaines ! Mais, pour nous édifier, le pré- sent suffit : le Maroc mis à feu et à sang par le civilisateur Lyautey ; hommes, femmes, enfants égorgés avec d’ingénieux raffinements de cruauté – le feu mis aux récoltes, afin que la famine complète l’œuvre du massacre. A Tunis, les verdicts implacables que l’on sait.

Et sur le sol même de la « plus douce des patries », c’est la dictature cynique des mouchards et des policiers, invités formellement à l’assassinat des suspects. Ce sont de nouveaux millions jetés par centaines à l’immonde militarisme. C’est l’escroquerie des retraites ouvrières qu’on tente de réaliser d’accord avec les tribuns de la Sociale. C’est le martyre de Rousset1 . C’est la loi contre la jeunesse révolutionnaire. C’est la vie chère, les vivres trustés, les loyers augmentés, la plus vaste spéculation sur la misère générale, le pacte de famine moderne auquel, comme de juste, ministres et parlementaires donnent leur signature, concours que les accapareurs auront su apprécier.

Et comme l’abjection est la marque du ré- gime, comme il faut bien que les honnêtes gens se vengent d’avoir eu peur d’une poignée d’ « outlaws », ce sont des hommes que l’on veut jeter aux bagnes pour n’avoir pas trahi, pour n’avoir pas dénoncé des amis ou des inconnus, pour avoir rempli envers les traqués ce devoir d’asile sacré aux sauvages même les plus barbares. Et, avec une logique effroyable, la République livre en même temps à son allié Nicolas le Bourreau ce réfugié russe assez imprudent pour s’être fié à l’hospitalité de la France2 .

Qu’en de telles circonstances, des esprits que nous avions coutume de croire émancipés, aient pour souci les périls que pourrait courir cette délicieuse Marianne, pleurent sur le péril réactionnaire, ou les menaces de dictature, comme si nous n’étions pas déjà en pleine oppression et en pleine dictature, il y aurait de quoi nous stupéfier, si nous oublions combien les superstitions politiques, que gouvernants et ploutocrates ont tant intérêt à cultiver, sont encore enracinées au cerveau de nos contemporains. Mais pour nous, la République ne nous peut inspirer que de la haine, du dégoût et du mépris. […]

Extrait du bulletin anarchiste, Avis de tempête,  la suite est disponible ici :  https://avisdetempetes.noblogs.org/

 

 

Bonanno – La révolution et la réalité

Ces dernières années, la plupart de ceux qui se réclament, à tort ou à raison, des théories révolutionnaires, ont soigneusement évité de parler de révolution. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas l’intention d’ennuyer mes quelques lecteurs en reprenant une polémique inutile sur le sens et la possibilité d’une utilisation autre de ce mot. Par contre, je veux aborder une problématique qui me semble plus que jamais actuelle, celle du sens de la réalité qu’un révolutionnaire peut avoir plus ou moins, et des conséquences, positives ou négatives, d’un possible décalage entre ce sens de la réalité et les projets qui visent concrètement à la subversion de cette réalité.

Un révolutionnaire anarchiste peut-il être réaliste au sens strict du terme ? Confronté à la vie quotidienne et à des milliers de questionnements inquiétants, peut-il mettre en avant l’essentiellement autre de ses intentions secrètes, de ses aspirations les plus intimes, qui sont le plus souvent que partiellement déclarées ? Au fond, cet individu déraciné, dans un contexte qui ne peut être perçu que comme hostile, tend d’un coté à se rapprocher de ses semblables, des exploités, des exclus en tous genres et se sent, de l’autre, intimement différents. Continuellement propulsé vers l’avant, vers une conception globale de la vie que la caserne rigide des conventions se charge d’alourdir sans cesse.

Peut-il accepter cette réalité ? Cédant aux sollicitations humaines et aux concessions qui transforment les cris en formules séduisantes, ne pourrait-il pas soudainement se rendre que, après tout, la plupart des gens en accord avec les petits philosophes qui remplissent des ribambelles de cars affolés, pourraient en effet aussi avoir raisin ? Combien de temps son cœur pourra-t-il résister au défilé monotone de l’inaccompli, à la somnolente répétition des mises à distance, aux morsures brulantes de l’amour et au froid désir de solitude ? Des hordes entières d’ombres passent sous ses yeux. Des compagnons avec qui il a vécu tant d’aventures ne sont plus là : certains sont morts, dilués dans le néant, retournés au sein maternel de la renonciation et de l’acceptation. Et aussi durable et constant que puisse être l’amour…tant d’obstacles, tant d’incompréhensions !

J’ai toujours pensé quelque chose de très simple : si l’on a suffisamment confiance en soi, on peut s’approcher de la réalité. On peut, en tant que révolutionnaire, pénétrer dans les mécanismes concrets qui la produisent et la constituent sans avoir peur d’être écrasé par ses processus d’unifpormisation. Mais si nos certitudes sont fragiles, notre confiance en soi incertaine, si l’on n’est pas conscient des moyens dont on dispose et ne savons pas nous en servir parfaitement, alors mieux vaut rester dans la sphère du désir pur : un révolutionnaire qui désir la révolution mais s’enfuit à peine les conditions concrète du travail révolutionnaire devenues palpables et objectivement tangibles.

Dans les contrées du silence règne la pureté. Afin de la faire perdurer, on se cache derrière ses propres rêves d’aristocratie et de solitude immaculée, et l’on parle plus que jamais, tant pour convaincre l’auditoire que pour se persuader soi-même […]

Dans la tentative, indispensable pour un révolutionnaire, d’amener sa propre morale dans la réalité concrète, de développer tous les aspects de son propre projet, la tension devient maximale. Le tissu infiniment riche qu’il a façonné par ses élaborations théoriques se déchire en mille et une contradictions au contact de la totalité des rapports possibles. Ce n’est que ce dernier aspect qu’il parvient à transmettre, qui reste visible, déchiré et multiple. Et s’il veut tenir compte de sa propre cohérence, de la conviction intime qu’il chérit au plus profond de lui-même, ne lui restent que les schémas des hypothèses, avec toutes leurs incapacités à s’adapter au réel.

En général, les êtres humains s’enfuient devant la totalité, car tout rapport complexe les mène à des réflexions désagréables. Ils préfèrent une vie compartimentée, qu’ils mesurent à chaque instant avec de misérables perspectives immédiates, contenant toute impulsion subversive par des conditionnements spécifiques et partiels : l’opinion mène souvent la danse, il suffit de se laisser porter comme une plume, d’être consentant comme des moutons qui s’ignorent d’un énorme troupeau. De cette façon, les individus font la médiation de leur propre existence entre une misère intérieure substantielle et les appareils sociaux d’identification extérieurs, pensant ainsi cacher leur propre misère essentielle au regard peu critique des autres. […]

Quand le sarcophage du bon sens, avec tous ses critères raisonnables, est sur le point de se refermer à jamais, le révolutionnaire use des tours de magie de Houdini pour en sortir au dernier moment. Pour rompre l‘encerclement, il doit accepter de désespérer et d’endosser la mine inquiétante d’un clown sinistre. Pire, il doit faire tout cela sans guide ni certitude préliminaire, sans savoir s’il est sur la bonne voie et ne vient pas nourrir les milliers de lieux communs déjà existants. La conception de l’égoïsme le plus absolu l’aide ici à retrouver une possible gestion de sa propre vie, en relation avec les autres. Aucune solution ne peut convenir à d’autre si elle est en premier lieu dirigée contre soi-même. Le sacrifice ne produira jamais plus qu’un témoignage de martyre chrétien.  De la même façon, aucune action, aussi dure et dangereuse doit-elle, ne pourra être considérée comme un sacrifice si c’est le plaisir qui nous pousse à la faire. Parce que c’est en agissant que l’on mesure sa propre vie et les battements de son cœur, sans plus entendre le rythme martelé de l’uniformité générale.

A. Bonanno – Qui a peur de l’insurrection ?

Disponible ici : tumult.noblogs.org

Besançon, France : Ne restons pas assis face au maire et sa guerre aux pauvres !

« Rester assis sur une place […] est sans doute le pire à faire dans de pareilles circonstances. »

Voici un tract qui a circulé dans Besançon à l’occasion du deuxième rassemblement #jesuisassis place Pasteur, samedi 1er septembre, contre l’arrêté anti-pauvres de la municipalité entré en vigueur au début de l’été. Entre 250 et 300 personnes y ont pris part et quelques pancartes étaient visibles. Certaines personnes ont pris la parole, même si leurs discours, en plus d’être victimistes et larmoyants, étaient inaudibles, à quelques mètres seulement du sit-in. Les flics étaient absents de la place, ce qui montre à quel point ce rassemblement était inoffensif et insignifiant. Assis et immobile.

 

Ne restons pas assis face au maire et sa guerre aux pauvres !

L’arrêté « anti-mendicité » adopté par la municipalité LREM du maire Jean-Louis Fousseret début juillet suscite une indignation depuis mi-août dans les rangs de la gauche locale. Divers partis et politiciens font des appels à s’asseoir sur la place pasteur en soutien aux SDF et marginaux visés par cet arrêté, pour demander son retrait, toujours dans le cadre des lois qui ont elles-mêmes été décrétées par les riches et les puissants.

Le 31 août 2018, à la veille d’un nouveau rassemblement assis place Pasteur, le maire a supprimé cet arrêté pour le remplacer par un autre quasi-identique, qui sera en vigueur sur la même période, soit jusqu’au 30 septembre puis du 30 novembre au 31 décembre (période de fêtes de fin d’année oblige). En supprimant du texte le mot « mendicité [agressive] », il tente de calmer la mobilisation. Il ne s’agit évidemment pas d’une « première victoire » des opposants, puisqu’en supprimant cet arrêté, ça permet au maire de faire capoter deux recours devant la justice.

Quoi qu’il en soit, cet arrêté reste une dégueulasserie de plus de la part du pouvoir. La mairie cherche à la fois à satisfaire les demandes des bourgeois du centre-ville (commerçants de l’UCB et riverains en tête) et à répondre aux impératifs de la consommation de masse. Pour le maire, c’est aussi un moyen de brosser dans le sens du poil une partie de son (possible) électorat en vue des prochaines élections municipales.

Mais cet arrêté largement médiatisé est l’arbre qui cache la forêt. A entendre tous ces démocrates de gôche, on devrait tomber des nus face à cette mesure anti-pauvres. Comme si l’existence de l’argent et de l’exploitation ne créait pas de fait des inégalités sociales et économiques. Comme si les autorités locales (la mairie, la Communauté d’Agglomération du Grand Besançon…) et les riches ne multipliaient pas les méga-projets de centres commerciaux, les écoquartiers aux pieds du tramway, ne se lançaient pas dans une rénovation urbaine sans limite, à travers laquelle se renforcent chaque jour le contrôle et la surveillance sur l’ensemble de la population et notamment sur celle que les bourgeois appellent « à risque » (SDF, « zonards », « jeunes à casquettes » et tout individu qui s’attarde un peu trop longtemps sur la voie publique). Cet aménagement urbain a non seulement pour but de faciliter le travail des forces répressives, mais aussi de créer des espaces aseptisés, où personne n’a envie de s’attarder ni de squatter avec ses potes. Les seuls endroits où l’on a le droit de se poser (sans être sous l’œil d’une caméra, et encore) sont dans les espaces marchands (terrasses de café, bars, etc…). La ville doit être un espace dédié à la circulation des flux, toujours au service du capital.

Reste à savoir quelles pistes sont à explorer dans cette lutte contre la guerre aux pauvres. Entre rentrer dans le cirque démocratique, de la représentation et du spectacle ou se jeter dans la lutte directe contre le monde des riches et de l’autorité, il faut choisir. Rester assis sur une place à écouter les lamentations de quelques tribuns sur la politique du maire – fût-elle « mauvaise » – ou solliciter la justice pour faire supprimer cet arrêté au nom des chimériques « droits humains » (comme si la justice allait désavouer les autorités et ses hommes qui rédigent les lois et la font fonctionner…) est sans doute le pire à faire dans de pareilles circonstances. Par contre, cibler les responsables, les exposer à la vue de tous sur la voie publique et leur causer le maximum de dégâts nous montrent que l’on peut agir concrètement sur le cours des choses, que l’on n’est pas impuissant-e-s face à cette arrogance de la bourgeoisie et la misère grâce à laquelle elle prospère.

Cet été, quelques anonymes, las de la pacification et de l’acceptation de ce quotidien mortifère, ne sont pas restés assis ni les bras croisés. Ils ont fait preuve de volonté et d’abnégation à l’heure où les citoyens dorment : leurs attaques nous montrent que la révolte face à cette société autoritaire et inégalitaire est possible et bel et bien vivante.

Le 18 juillet, six voitures du Grand Besançon sont incendiées sur le parking de l’institution à la City. Quelques minutes plus tard, les flammes ont ravagé cinq voitures flambant neuves des matons du SPIP, avenue Clémenceau. Les prisons, tout comme les dispositifs de (chantage à la) réinsertion auxquels se livre le SPIP, sont la face d’une même pièce : celle du contrôle et de la domestication des plus pauvres qui ne rentrent pas dans le cadre des lois et de l’exploitation capitaliste.

Le 18 août, quelques heures après le rassemblement assis place pasteur aux côtés des partis politiques de gauche, des distributeurs de plusieurs banques sont sabotés au centre-ville. Leurs écrans sont soit fracassés au marteau, soit recouverts de peinture rouge. La joyeuse balade nocturne ne s’arrête pas là, puisque sur la façade de la mairie s’affiche désormais le message « Pas de banques pas de mendiants » et « ACAB » [All Cops/Capitalists Are Bastards].

Et quelques mois avant… Le 16 septembre 2017, les systèmes de paiement par carte bleue des commerces de l’artère principale du centre-ville sont hors-service. Les câbles de téléphones longeant les façades d’immeuble de la Grande Rue ont pour la plupart été sectionnés au cours de la nuit. Résultat : plus d’internet pour les magasins et les banques. Ce sabotage a paralysé l’activité commerciale du centre-ville toute la journée de ce samedi.

Lutter contre ce qui cause nos malheurs et nos misères n’est pas une chose abstraite. Elle se matérialise par tout un tas d’institutions et entreprises… De l’Union des Commerçants de Besançon (rue Mégevand) aux banques, en passant par les agences immobilières, la mairie (et ses véhicules que l’on peut trouver partout), le journal local « L’Est Républicain » (qui relaie quotidiennement la propagande des flics et des commerçants…).

Note :

[1] où le harcèlement des policiers municipaux envers les zonard-e-s n’a rien de nouveau : au moment du chantier des Passages Pasteur, les flics du maire distribuaient des PV à la pelle à celles et ceux qui buvaient leurs bières sur la place. Un autre façon de dire « dégage » à celles et ceux qui n’ont pas les thunes pour se payer un verre au bar.

Repris de : https://lelaboratoireanarchiste.noblogs.org/

Mouchards

« En vérité, je vous dis que les mouchards poussent sur la terre comme des herbes mauvaises, le monde est envahi par la délation. Tous nos petits-enfants seront des policiers … la police disparaîtra seulement à cause de sa propre généralisation. Elle doit couvrir le monde d’une inondation de boue. Si tous les hommes crachent, il n’y aura pas besoin d’espions La police, comme tous les monopoles, constitue une société dans la société, une hiérarchie dans le monde … La police est plus utilisée des administrations publiques. La peste est précieuse pour croques morts; le vice pour les bandits; les partis pour les mouchards … Nous avons semé la misère, nous récoltons l’infamie. »

Ernest Cœurderoy

Par le passé, l’horreur pour la délation était si profondément enracinée et répandue que même les mères les plus pieuses et sectaires, pleines de rancune contre Judas Iscariot, enseignaient à leurs petits que « Qui moucharde n’est pas le fils de Marie, n’est pas fils de Jésus, quand il meurt il part là bas, il descend où il y a ce bonhomme qui s’appelle diablotin.  » Un vrai paria, en somme. Avec de telles leçons de pédagogie, il n’y a pas de quoi se surprendre si ensuite à l’école, quand quelqu’un faisait farce, le professeur perdait inutilement son souffle et son temps à interroger la classe pour découvrir le responsable : une scène muette. Le mépris vers doigt pointé pour donner des indications à l’autorité sur qui punir était presque universel. Ceux qui ont été entachés d’une telle infamie ont dû raser les murs, regarder derrière leurs épaules, baisser les yeux, trouver de nouveaux amis. Aujourd’hui non, aujourd’hui, la délation est devenue une vertu publique, quelque chose dont on peut se vanter et s’enorgueillir.

Ici aussi, il est possible de se souvenir d’un épisode précis qui, dans un sens, a fait l’histoire. Ce n’est pas était la cause de ce qui s’est passé ensuite, c’est clair, mais d’une manière ou d’une autre cela l’a annoncé et en a été le laboratoire. Après cela, on pourrait aussi se passer du reste. Le 31 juillet 2004, à Rome, sur l’indication d’un passant, Luciano Liboni, connu sous le nom de Lupo , a été intercepté et abattu, un hors-la-loi que les forces de l’ordre cherchaient depuis longtemps. Fait qui n’a jamais eu lieu auparavant, les médias n’ont pas caché l’identité de ceux qui l’avaient dénoncé, en effet, ils ont publié leur nom, photo, ou même adresse. Ainsi, alors que les antiques vérités étaient écrites sur les murs des villes («moins d’espions, plus de Liboni»), les grands médias ont commencé à imposer le nouveau mensonge: la délation est un exemple à suivre. Ce qui est semé arrivait sur un terrain social fertile car il était déjà abondamment couvert de fumier, comme l’habitude de surveiller la vie privée des autres mis au milieu à travers des programmes de télévision comme le Big Brother. Lancé ici en Italie en 2000 par la chaîne de télévision du proxénète milliardaire qui a dirigé le pays pendant vingt ans, cette émission aberrante a reçu (et continue de recueillir) un énorme succès auprès du grand public, habituant un peuple d’espions à mettre son nez dans les vicissitudes des autres et l’élimination de ceux qui inspirent l’aversion. Les dernières technologies numériques ont enfin permis à la police de récolter à pleine mains les fruits de l’infamie en plein essor, élargissant ainsi le nombre de collaborateurs civils.

Une étape nécessaire. Dans la mesure où l’État s’étend, la police s’étend. L’État moderne a privé l’être humain de toute responsabilité, le rendant dépendant de ses décisions. L’individu autonome a définitivement laissé la place au citoyen automate, incapable de faire face à n’importe quelle situation, et donc ayant perpétuellement besoin de l’intervention de l’autorité. Et comme il y a des conflits dans tous les domaines de la vie, tous les domaines de la vie sont devenus une affaire policière. La police se retrouve ainsi à devoir faire respecter un nombre toujours croissant de lois, réprimant ainsi des délits de plus en plus nombreux. Il faut trouver un moyen de répondre à ce besoin.

« Il n’y a pas de contrôle plus capillaire que celui de l’œil des citoyens, qui sont partout », a déclaré Alberto Intini, la préfet de police de Florence, il y a quelques mois. Dans certaines régions, des noms spécifiques sont donnés à ces citoyens. Ce ne sont pas des délateurs, ce sont des « sentinelles » (ndlr.voisins vigilants, en fRance). Il vaut la peine de s’attarder sur cette distinction exquise, une énième terminologie acrobatique destinée à anesthésier une réalité brutale. Les délateurs évoquent à l’esprit des silhouettes stupides et lâches, prêts à mettre en difficulté n’importe qui en échange de quelques miettes. Ils ne sont amis de personne, ils ne sont camarades de personne, comme ils l’ont dit, ils ne sont même pas les enfants de quiconque.Ils dégoutent même à ceux qui les utilisent, en effet jusqu’à il n’y a pas si longtemps ils ne pouvaient même pas mettre les pieds dans la salle d’audience d’un tribunal, tant leur seule présence infesterait la déesse de la justice. Les sentinelles inspirent au contraire respect et admiration, car elles veillent sur la sécurité et le bien-être de tous. Leur insomnie garantit la tranquillité de notre sommeil. Ils sont l’avant-garde d’une armée unique, qui comprend tous les citoyens, l’État, et leur travail consiste à lancer l’alerte et à avertir les troupes lorsqu’elles voient un ennemi. Les délateurs méritent le mépris, la sentinelle la gratitude.

L’État demande en tous cas l’enrôlement de ces sentinelles. Il promulgue des lois comme celle sur le  «Whistleblowing» (sur la dénonciation) qui à Rome a fait la première victime l’autre jour (une employée de la municipalité a été licencié sur un rapport anonyme par un collègue, qui l’avait accusé d’échapper à la prison salariale après avoir pointé), établit des numéros de téléphone verts pour promouvoir les dénonciations d’illégalité (comme cela vient de se passer à Prato), ou gère quelques cours dans toute l’Italie pour éduquer leurs sujets sur la façon de mener le soi-disant contrôle de quartier. « Quand tous seront des flics, la société sera parfaite », a déclaré un poète surréaliste.

Au-delà de la gratitude qui en effet devrait être exprimée à ces formes de totalitarisme technodémocratique et de l’imperfection avec laquelle il faudrait déranger cette société, il reste vrai que l’on récolte l’infamie quand on sème la misère. En effet, c’est la misère politique, institutionnel et révolutionnaire qui a fait fleurir partout le fruit de la délation. En rester à l’écart est une mesure de précaution minimale d’hygiène personnelle, mais si vous mais si l’on veux moissonner d’autres récoltes, il faut semer partout … quoi d’autre, sinon, l’enchantement, la richesse et l’émerveillement?

Extrait de finimondo.org disponible en français ici https://article13.noblogs.org

A propos d’une idée ignoble appelée « compétition »

Nous sommes tous suffisamment bien placés pour le savoir : tout mômes déjà, nos parents nous emmenaient aux portes d’une institution qui allait nous « prendre en charge ». Dès l’âge de trois ans, il était manifeste, pour certains d’entre nous, que cette première forme de « socialisation forcée » (appelez cela comme il vous plaira) ne passait pas. Certains pleuraient, d’autres traînaient des pieds, on exprimait notre révolte avec nos faibles moyens et nos petits poings animés par une rage naissante mais piquée à vif. Passée la maternelle, nous mettons les pieds dans « le monde des grands » -ainsi que le disaient les profs en nous « accueillant » en primaire, puis au collège et au lycée-, avec sa caractéristique principale : le jugement par notations. Qui n’a pas le souvenir d’un cinglant cinq sur vingt, agrémenté d’un commentaire non moins cinglant du type « très insuffisant » ou « devoir plus que médiocre » ?

N’ayant choisi ni l’école, ni les matières enseignées, ni la méthode d’apprentissage, on nous a habitué à la peur qui nous prend au ventre à l’idée que nos parents puissent tomber sur un bulletin de note défavorable. Rappelez-vous ces fameux bulletins, où notre moyenne apparaissait entre la plus haute et la plus basse, offrant une comparaison évidente, dure comme un coup de massue derrière la tête. La fierté de la « réussite » pour les parents du fiston qui a fait du zèle, la honte pour ceux du « cancre » en qui ils avaient placé tant d’espoir. Et le mal-être pour ceux à qui l’institution fait comprendre qu’ils ne sont « pas assez bon », étant « en dessous de la moyenne ». Petit à petit, le système nous fait avaler l’idée de la vertu de la compétition comme moteur de la réussite sociale, le grand mythe propagé par toutes les sociétés hiérarchisées. Notre bulletin de note sert de préface à notre futur bulletin de paye, les matières que l’on ingurgite de force seront plus tard le boulot qui nous emmerde.

Nous avons subi la honte de la note en dessous du terrifiant « dix sur vingt », nous subirons la culpabilisation d’être le smicard en bas de l’échelle des salaires. Nous n’avons rien compris à l’utilité des fonctions exponentielles en mathématiques, nous sommes destinés à l’échec. Et pour nous persuader que nous ne sommes décidément que des bons à rien, on nous ressortira à l’occasion l’exemple du « self-made man » parti de rien et ayant fondé son empire…

L’école est ainsi faite parce que le système a besoin d’une sorte d’anti-chambre afin de nous formater l’esprit, de nous habituer à regarder l’autre non pas comme un camarade, mais comme le compétiteur présent ou à venir, celui qui sera « meilleur » ou « moins bon » que nous, en fonction de sa capacité à s’intégrer dans ce monde de hiérarchie et de domination.

Parce que cette idée-là, celle qui fabrique de bons exploiteurs d’une part et de bons esclaves soumis de l’autre, est une des clés de voûte de ce système abjecte, il est important de lui livrer une critique sans merci, en ayant pour objectif haut et clair, une existence où le mot « chef » cèdera la place au mot « compagnon ». Un monde où la solidarité aura botté le cul de la compétition.

Une brochure sur le travail disponible ici https://infokiosques.net/lire.php?id_article=599

CONTRE LA GUERRE MAIS PAS DÉSARMÉS

« Sans doute, comme quelqu’un l’exprimait de façon laconique, « nous sommes devenus faibles». Et il rajoutait, « tous, sans exception ». Si ce jugement concernait les capacités théoriques des anarchistes, il portait plus encore sur leurs capacités opératives. Une faiblesse qui devient d’autant plus tangible lorsqu’on a le monstre du massacre et de guerre en face de nous. Il ne sert pourtant à rien de hurler avec les loups, mieux vaut prendre acte de cette faiblesse et tenter d’y remédier. Sans avoir l’illusion de pouvoir faire rapidement de grands pas, sans commencer à tomber dans le culte de la « force » qui pousse souvent vers une militarisation du combat, il nous faut à nouveau imaginer un chemin, un parcours.

Certaines choses ne s’apprennent pas à l’improviste ; et si le besoin pressant et immédiat peut donner un coup de pouce, c’est quand même mieux de s’y être préparés à l’avance.

Car c’est aussi une question mentale. En ré- alité, nous sommes capables de faire tout ce que nous voulons, ou presque, et la véritable question est plutôt de savoir si nous sommes prêts à faire les efforts nécessaires et indispensables.
Pour se doter de connaissances techniques, il faut étudier sérieusement les matières concernées. Pour développer certaines capacités, il faut disposer de temps pour s’y consacrer. Ce n’est qu’ainsi que ces connaissances deviendront ensuite utilisables dans un projet, armant la créativité et renforçant les idées.
l nous faut donc travailler dans ce sens si nous ne voulons pas être dépendants d’autres courants, en proie aux caprices et aux seules possibilités du moment, ou tout simplement renoncer aux interventions par manque de capacités et de moyens. »

Extrait de l’expo contre la guerre contre la paix réalisée à l’occasion de Temps d’Encre, rencontres autour de publications anarchistes, le 23 & 24 juin 2018 à Montreuil (Paris).

L’exposition, en affichettes format A2, est désormais téléchargeable en PDF ici.

 

Jamais en rang, jamais à genoux ! A bas toutes les armées !

L’atmosphère est réellement irrespirable ces temps-ci: comme des vagues tempétueuses qui remuent la vase,  les sommations à se mettre au garde-à-vous derrière le drapeau national se succèdent. État d’urgence prolongé de mois en mois, durcissement continu du code pénal, pouvoirs sans cesse élargis de la police, perquisitions à tout-va et assignations à résidence distribuées à la pelle…

L’État, qui multiplie depuis des années ses interventions dans les guerres et les conflits aux quatre coins du monde (Afghanistan, Liban, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Libye, Mali, Irak, Syrie…), à chaque fois pour consolider des positions jugées stratégiques et accompagner des logiques d’exploitation et de pillage des territoires, étend sa rhétorique et son arsenal de guerre ici même, au prétexte de la lutte « anti-terroriste » et de la chasse à l’« ennemi intérieur ».

Voilà donc que l’armée se réorganise autour d’un plan dénommé « Au contact », tout un programme… L’objectif affiché est de « faire face à une menace plus dure, plus diffuse, plus proche »,  mais aussi de « s’adapter au combat de mouvement, y compris en milieu urbain ». En d’autres termes, se déployer sur le territoire français, défini officiellement comme un terrain de guerre. L’État a lancé fin 2014 un programme appelé « Scorpion », afin de moderniser et d’optimiser ses capacités d’intervention militaire, tout en les rendant plus « souples » et « réactives ».  Ces plans viennent confirmer les perspectives développées depuis plusieurs années au sein de l’OTAN, tablant sur l’utilisation des armées dans des opérations de maintien de l’ordre de type contre-insurrectionnelles.

Le gros de l’armée de terre va désormais s’organiser autour de deux nouvelles divisions: la première et la troisième, dont les commandements sont respectivement basés à Besançon et à Marseille, représentant 25 000 militaires chacune, réparti-es en régiments. Hourra ! Hourra !, « Marseille redevient une place militaire de premier rang », « une véritable métropole militaire est née », s’écrie toute la fine fleur des passionné-es du militarisme, rédacteurs et journalistes aux ordres, celles et ceux qui déblayent le terrain avant que les bottes y prennent place. Ces larbin-es du pouvoir assurent même un rôle d’agence de pub pour les différentes campagnes de recrutement, avec ces derniers mois des appels renouvelés à s’engager dans la réserve opérationnelle, pour porter ses effectifs de 24 000 à 40 000.  Avec la réserve et, à terme, la Garde nationale*, c’est un pas de plus qui est franchi dans le processus de militarisation de la société: il ne s’agit plus des recrutements habituels pour stabiliser les effectifs d’une armée dite « de métier », mais bien de mettre en ordre de marche, de manière durable et intensive, une véritable offensive nationaliste et autoritaire. Non content d’exiger de chacun-e toujours plus de soumission, et de pousser les « citoyen-nes » à agir en auxiliaires de police (pensons aux Voisin-es Vigilant-es par exemple), l’État invite désormais les plus zélé-es à revétir directement l’uniforme. Pour ne rien gâcher, les différents supports de propagande mettent en avant l’idée de transposer dans les entreprises, donc au service de l’exploitation capitaliste, tout l’esprit militaire que les réservistes acquerront au cours de leur formation.

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Gênes 1960

Légende (illisible sur la photo) : Les manifestants attaquent une voiture de police. Les désordres durent deux jours et provoquent une centaine de blessés.

Le 30 juin 1960 à Gênes des emeutes ont lieu dans toute la ville contre le gouvernement Tambroni et le congrès du MSI (Mouvement Social Italien, parti fasciste créé en 1946). Une jeep de la police de Padova est brûlée piazza De Ferrari. A l’époque le MSI nouvel allié du gouvernement souhaite tenir un congrès à partir du 2 juillet à Gênes. Il souhaite également que le congrès soit présidé par Carlo Emanuele Basile, l’homme de la torture à la Maison des Étudiants (fervent collaborateur lors de la seconde guerre mondiale ; de ce lieu les cris retentissaient jusqu’à dans la rue), et qui a participé aux déportations de masse (1 600 hommes furent déportés à partir du port de Gênes pour travailler dans l’industrie de la guerre à Sesti Ponente, certains n’en sont jamais revenus). Le 30 lorsque des hommes MSI débarquent dans les hôtels de la ville ils sont jetés, les chauffeurs de taxi les laissent dans les endroits les plus inattendus, sur les tables des restaurants fleurissent des tracts anti-fascistes.

Des milliers de personnes traversent la ville. Lorsqu’à Piazza della Vittoria est proposée la dispersion beaucoup retournent à Piazza De Ferrari, d’autres restent là… Piazza De Ferrari la police tente de dégager la place en commençant par ceux qui ont escaladé la fontaine au centre de la place. La police charge, des chaises et des tables sont balancées en direction des flics, certain.es fuient dans les ruelles avoisinantes, « Les gens jetaient des pots, de l’eau chaude et de l’huile des fenêtres, », le commandant de police se retrouve dans la fontaine, ils seront emmenés dans un café un peu plus loin pour éviter un lynchage. Le congrès du MSI est annulé. Cette émeute aura de fortes conséquences politiques et est entre autres l’un des points de départ de la naissance de « mouvances autonomes » vis-à-vis du parti communiste et des syndicats, qui se dissocièrent des affrontements. 

Reformulé de différents journaux de la presse mainstream

APATRIDE

Les images des enfants dans les cages à la frontière entre le Texas et le Mexique appellent à la vengeance. Encore plus, la parodie de la police contre les cris des petits prisonniers au moment où, dans un ghetto de Pittsburgh, l’énième Afro-Américain est tué par les flics.

En Italie, la Trump-opinione – parce que nous ne pouvons pas parler de pensée, car elle exige de la cervelle et de la sensibilité – est incarnée par les différents Salvini, Toninelli et Di Maio (auparavant chez Renzi, Gentiloni et Grasso). La politique de fermeture des frontières sème la lâcheté la plus populaire.

Si d’une part la guerre civile est de plus en plus une question à prendre en considération, d’autre part ce pouvoir provoque un cynisme hilare. Tout retourne à l’ère de la lâcheté partagée. Quand la perception est dévastée par le jargon vide des réseaux sociaux, l’imaginaire est vu comme un fantasme technologique, l’intelligence est vécue comme un signe de solitude et de fermeture, la passion est moralement associée à la violence grégaire, la sensibilité perçue comme une bonté démocrate-chrétienne, la mémoire reste dans les porte objets froids d’un mausolée, la frontière entre la pensée toute discutable et la pensée singulière s’estompe. Et ici, la technocratie des âmes pieuses et démocratiques, idolâtre de Mattarella ou de la démocratie radicale du Negri, s’enfonce dans l’idiocratie incroyablement antipathique. Partout on respire la devise : «Libre de servir, libre d’obéir, libre de vouloir (un jour et au plus tôt) commander». Ce monstre grossier, falsifiant et obsédant, dirige non seulement l’économie et la politique dictant la culture et contenant l’existence, mais guide également la protestation modérée qui ne parvient pas à dépasser les chaînes démocratiques. Prenons-en note : aujourd’hui nous sommes tellement couverts de merde, qu’on peut seulement senti l’odeur de l’immondice.

Si l’esclavage est de plus en plus lugubre et la colère subversive de plus en plus impuissante, nous pourrions aussi être fières du pilleur yankee (Di Maio, ndt) et du libéral de la Ligue du Nord (Salvini, ndt), idoles de la masse la plus ignorante et la plus marchandable du marché des opinions. La continuation de cette misérable humanité – avec ses divinités de prier, ses impôts à payer, ses lois à respecter, ses droits à revendiquer, ses devoirs à expier, ses soirées à se droguer, sa police pour secourir, ses biens à consommer, son univers de football à applaudir, ses serviteurs qui ne veulent pas attaquer et ses bouffons de 140 caractères à idolâtrer – est aujourd’hui la possibilité concrète de l’extinction de tout ce qui est autresingulier et subversif . À moins que …

Sauf dans la tête, dans les cœurs et dans les mains, l’autisme passionnant des insurgés soit créé, et entre les sabotages brûlants et les désertions nécessaires. Pour surmonter la peur des décombres et créer un fossé irrécupérable avec ce qui a été.

 

Extrait de Frangenti , n. 28, 29/06/2018

Ce qui n’a pas de prix, Annie Le Brun

Jusqu’à quel point continuerons-nous d’y rester indifférents ? Jusqu’à quel degré consentirons-nous à y contribuer, fût-ce par inattention ? Jusqu’à quand accepterons-nous d’ignorer qu’il s’agit de la mise en place d’un genre inédit d’asservissement sinon de corruption ?

Ce qui n’a pas de prix.

Voici donc venu le temps où les catastrophes humaines s’ajoutent aux catastrophes naturelles pour abolir tout horizon. Et la première conséquence de ce redoublement catastrophique et que sous prétexte d’en circonscrire les dégâts réels et symboliques on s’empêche de regarder au-delà et de voir vers quel gouffre nous avançons de plus en plus surement.

Nouvel exemple que tout se tient, même si l’actuelle précipitation des événements rend de plus en plus indiscernable les effets des causes. Ce qui va avec l’aggravation de ce « trop de réalité » que j’évoquais il y a dix-huit ans comme la conséquence d’une marchandisation délirante, indissociable de l’essor informatique : trop d’objets, trop d’images, trop de signes, se neutralisant en masse d’insignifiance qui n’a cessé d’envahir le paysage pour y opérer une constante censure par l’excès.

Le fait est qu’il n’aura pas fallu longtemps pour que ce « trop de réalité » se tranforme en trop de déchets. Déchets nucléaires, déchets chimiques, déchets organiques, déchets industriels en tous genre, mais aussi déchets de croyances, de lois, d’idées, dérivants comme autant de carcasses et de carapaces vides dans le flux du périssable. Car si il est une caractéristique du siècle commençant, c’est bien se jetable qu’on ne sait plus ni où comment jeter ni encore moins penser.

De là, un enlaidissement du monde, qui progresse sans que l’on y prenne garde, puisque c’est désormais en deçà des nuisances spectaculaires que d’un continent à l’autre l’espace est brutalisé, les formes déformées, les sons malmenées jusqu’à modifier insidieusement nos paysages intérieurs.

Qu’on le veuille ou non c’est une affaire politique d’importance, car si il est impossible de définir la beauté vive, toujours bouleversante de recomposer le monde à sa lumière inédite, les deux totalitarisme du XXe siècle ont pareillement traqué les œuvres qui en étaient chargées, pour imposer une terreur sensible, dont les normes se sont révélées interchangeable entre le réalisme socialiste et l’art hitlérien. Jusqu’à affirmer l’un est l’autre la même immortalité du même kitch moraliste, où le corps humain aura pareillement été requis comme faux témoin du mensonge idéologique.

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MAUVAISE BLAGUE

J’ai 32 ans et je ne veux pas d’enfant. J’en suis sûre, si je regrette j’y penserai quelques jours, mais je ne pourrai rien y faire, alors je ferai autre chose. C’est exactement ce que je veux, je veux faire autre chose, je ne veux pas d’enfant. Depuis quatre ans j’arpente le pays de gynéco en gynéco, avec la brochure « stérilisation à visée contraceptive » à la main. Cette brochure est publiée (mais presque pas diffusée) par l’État depuis la loi n°2001-588 du 4 juillet 2001, date de la prétendue autorisation pour toutes personnes majeures de faire une « stérilisation à visée contraceptive ».

Je ne veux pas de contraception, je ne veux pas être une machine à produire des enfants, il existe des moyens pour arrêter cette fonction, je veux une stérilisation. Il y a quatre mois de ça, un chirurgien gynécologue de l’hôpital Arnaud de Villeneuve à Montpellier a accepté de me faire cette opération. J’ai suivi tout le protocole, quatre mois de délai de réflexion, un nouveau rendez-vous, la date d’opération est fixée. Je m’y prépare, je suis contente. 48 h avant l’opération, coup de fil du chirurgien, l’opération est annulée, ordre de sa hiérarchie. Son service s’occupe de la « fécondité de la femme ». Il n’y a pas, même au niveau national, de service pour la stérilisation des femmes et c’est bien ça le problème. Enfin, il y a plusieurs problèmes.

Texte anonyme, rédigé début 2012.

 

La suite ici : https://infokiosques.net/spip.php?article1312

Du Lycée à la caserne …

L’école, quelle qu’elle soit, fait contracter l’habitude de la soumission servile, de l’humilité. On peut résumer son rôle en un mot: elle prépare à l’armée.

Georges Darien.

… On est lycéen, on apprend à la fermer, puis c’est l’armée et hop! tais-toi ou c’est le gnouf, puis c’est le travail: tais-toi ou on te vire, enfin le cimetière où on la ferme à tout jamais…

L’armée fait peur, non pas à un hypothétique ennemi mais à tous ceux qui en France ont l’âge d’être incorporés, c’est-à-dire emprisonnés.

QU’EST-CE QUE L’ARMEE ?

De par ses structures, l’armée se présente comme une formidable entreprise de dépersonnalisationet de conditionnement de l’individu.

Quelles sont ses méthodes ?

  • l’humiliation: rasage du crâne, obéissance absolue au supérieur, punitions (taule et suppression des perms), corvées, brimades.
  • dépersonnalisation: port de l’uniforme, obligation d’une vie collective, confiscation des affaires personnelles, négation de toute dignité, conformisme total.
  • abrutissement: conditionnement des attitudes (saluer le chef, le drapeau), discipline draconienne (obéir et s’écraser), bourrage de crâne (apologie du sacrifice à la patrie, à l’autorité, désir d’inculquer les notions d’honneur, de respect, de soumission…).

Quels buts vise ce lavage de cerveaux ?

RÔLE DE L’ARMEE

L’armée n’est qu’un instrument aux mains de l’Etat, lui-même au service d’une classe sociale, qu’elle soit nobiliaire, bourgeoise ou bureaucratique. Aujourd’hui en France, la bourgeoisie qui détient le Pouvoir a besoin pour survivre de robots dociles; la fabrication de ces robots commence dans la famille, se poursuit à l’école, se parachève à l’armée. Cette dernière doit livrer à la société des individus conformes à ses besoins, c’est-à-dire soumis et rentables, qui obéiront au patron comme ils obéissaient à l’adjudant, sans se poser de questions.

L’armée est chargée de mater les « fortes têtes », ceux qui au sortir du lycée ou de l’université ne sont pas soumis, résignés, prêts à s’intégrer. La preuve c’est que le sursis a été supprimé (les jeunes sont plus malléables à 18 ans qu’à 25) et que les moins de 21 ans ayant fait leur service ont droit de voter.

Par ailleurs, elle est le principal support de l’Etat et de la classe dirigeante qui, sans armée, ne pourraient subsister. Il en est de même pour tous les Etats quel que soit leur idéologie. L’armée a été dressée moins à défendre le pays contre les ennemis du dehors qu’à soutenir le gouvernement à l’intérieur contre ceux qu’il nomme les éternels ennemis de l’ordre. En temps de paix, l’armée a un rôle économique, notamment en brisant les grèves.

De plus en plus nombreux sont ceux qui, conscients du véritable rôle de l’armée, la combattent.

LES LUTTES ANTIMILITARISTES

La propagande antimilitariste s’amplifie: articles dans la presse anarchiste, meetings, manifestations au cours desquelles des livrets militaires ont été brûlés. Tout cela malgré une répression chaque jour plus féroce: poursuites contre des journaux (exp « Fais-pas-le-zouave »), interdiction de meetings, manifestations dispersées, arrestations massives…

A l’intérieur de l’armée les cas de révoltes, de sabotage, de refus d’obéir se multiplient.

Mais pour nous, anarchistes, tout en soutenant évidemment toutes les luttes à l’intérieur de l’armée, la solution au militarisme est surtout le refus d’y participer.

LE REFUS DE L’ARMEE

Il se manifeste sous différentes formes et revête diverses significations:

  • L’OBJECTION DE CONSCIENCE est le mode de refus le plus répandu, accordé pour des raisons philosophiques ou religieuses; il y a actuellement 100 demandes par mois pour l’obtention du statut qui a été accordé en 1963. Le Pouvoir a été contraint de le reconnaître à la suite du combat mené alors par Louis Lecoin, qui a 74 ans a entamé une grève de la faim avec l’intention de la poursuivre jusqu’à la mort si le statut n’était pas accordé, ce qui fut fait au bout de 22 jours de jeûne.
  • L’objection politique, qui n’est pas reconnue et se traduit par un emprisonnement est un acte plus radical mettant directement en cause le rôle de l’armée. Signalons aussi d’autres formes de refus qui se généralisent: le refus d’obéissance, l’insoumission, la désertion. […]

Cependant, il est clair pour nous que le refus du service militaire est étroitement lié au refus de l’armée, instrument du pouvoir d’Etat.

Il est clair que par son contenu radical, le mouvement actuel dans les C.E.T., lycées, facultés, dans toute la jeunesse, s’associe au combat des couches laborieuses contre le pouvoir capitaliste.

Etudiants, lycéens, travailleurs, tous unis contre le capital !

Non au service militaire et à l’armée de métier !

Soutien aux objecteurs, insoumis et déserteurs.

A BAS L’ECOLE DES FLICS ET DES PATRONS !

[« Le Révolté – Journal lycéen, autonome et libertaire d’Albi, n°2, janvier 1972]

 

Repris de : https://sansattendre.noblogs.org

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