{"id":9529,"date":"2019-08-02T14:00:47","date_gmt":"2019-08-02T12:00:47","guid":{"rendered":"http:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=9529"},"modified":"2019-08-30T21:47:00","modified_gmt":"2019-08-30T19:47:00","slug":"avec-elles-leurs-enfants-incarceres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=9529","title":{"rendered":"Avec elles, leurs enfants incarc\u00e9r\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Lorsque je suis arriv\u00e9e \u00e0 la Maf de Fleury-M\u00e9rogis, la\u00a0 nursery comptait quatorze cellules, dont douze \u00e9taient occup\u00e9es. Nos cellules \u00e9taient petites, avec un lit pour la m\u00e8re et un petit lit en fer, aux barreaux tout rouill\u00e9s, pour son enfant Les murs de b\u00e9ton \u00e9taient nus, macul\u00e9s. La porte \u00e9tait peinte en noir, tout comme les deux ou trois \u00e9tag\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour laver nos enfants, nous avions, dans chaque cellule, une baignoire en plastique. La cuvette des toilettes n&rsquo;avait pas de couvercle et j&rsquo;ai d\u00fb en fabriquer un en carton parce que le bruit de la chasse d&rsquo;eau r\u00e9veillait chaque fois mon fils. Il faut un certain temps pour que les enfants s&rsquo;habituent aux bruits d&rsquo;une prison. Les surveillantes ouvraient et fermaient bruyamment les verrous, sans se soucier du sommeil des enfants.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y avait un coin cuisine, auquel nous n&rsquo;avions pas acc\u00e8s. Au d\u00e9but, deux m\u00e8res d\u00e9tenues avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9es pour pr\u00e9parer les repas des enfants. L&rsquo;administration leur remettait la nourriture pour une semaine et elles devaient se d\u00e9brouiller. Puis la direction a pr\u00e9tendu qu&rsquo;elles volaient de la nourriture et elle les a remplac\u00e9es par une pu\u00e9ricultrice qui \u00e9tait totalement incomp\u00e9tente. Ce fut la catastrophe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Elle pr\u00e9voyait de la nourriture pour sept enfants alors qu&rsquo;il y en avait onze \u00e0 nourrir, de sorte que, parfois, il ne restait plus rien pour le weekend. Pour ma part, je n&rsquo;ai pas eu \u00e0 en souffrir directement car j\u2019allaitais mon enfant, de m\u00eame qu&rsquo;une autre femme. En revanche, nous avions toutes deux demand\u00e9 que l&rsquo;on augmente un peu nos rations alimentaires durant la p\u00e9riode o\u00f9 nous nourrissions nos enfants au sein. L&rsquo;affaire est all\u00e9e jusqu&rsquo;au service m\u00e9dical, qui a prescrit une alimentation am\u00e9lior\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais nous n&rsquo;avons jamais rien eu. Ces probl\u00e8mes de cuisine sont mont\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la direction et la pu\u00e9ricultrice s&rsquo;est fait taper sur les doigts. Une nouvelle d\u00e9tenue du quartier principal de la Maf est donc venue se charger de l&rsquo;alimentation. Elle arrivait d\u00e8s le matin, \u00e0 8 h 30. A midi, elle repartait puis, \u00e0 14 heures, elle revenait chez nous et pr\u00e9parait le quatre heures et le repas des enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les m\u00e8res ne trouvaient pas tr\u00e8s normal que quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre fasse \u00e0 manger pour leurs enfants, d&rsquo;autant plus que cette fille \u00e9tait une balance Elle rapportait \u00e0 l&rsquo;administration tout ce que nous faisions ou disions. Nous \u00e9tions \u00e0 la fois surveill\u00e9es par l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire, par la pu\u00e9ricultrice et par cette fille. Une grande tension s&rsquo;installait.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y avait aussi un semblant de salle de jeux pour les enfants, enti\u00e8rement entour\u00e9e de vitres. Dans cette salle, on trouvait \u00e7a et l\u00e0, \u00e0 terre, des matelas recouverts de housses usag\u00e9es et des jouets plus ou moins cass\u00e9s. A l&rsquo;\u00e9poque, il y avait treize enfants et cette salle \u00e9tait encore trop confin\u00e9e pour eux. L\u00e0 aussi, ils \u00e9taient enferm\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y avait une r\u00e9serve de v\u00eatements pour gosses dont on ne voyait jamais la couleur. Un jour, alors que la pu\u00e9ricultrice \u00e9tait en vacances, nous avons pu ouvrir les placards et nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9bahies de voir tant de v\u00eatements empil\u00e9s alors qu&rsquo;il y avait des d\u00e9tenues qui n&rsquo;avaient rien pour leurs enfants, ni chaussons ni petits tricots de corps, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Outre cela, la nursery comptait encore une petite infirmerie, qui \u00e9tait g\u00e9r\u00e9e par la pu\u00e9ricultrice et le p\u00e9diatre. Ce dernier venait tous les quinze jours pour peser les enfants et voir si l&rsquo;un d&rsquo;entre eux \u00e9tait malade. L\u00e0, on trouvait un p\u00e8se-b\u00e9b\u00e9, une grande table avec un matelas recouvert d&rsquo;une sorte d&rsquo;al\u00e8se, des thermom\u00e8tres dans une petite armoire, o\u00f9 l&rsquo;on stockait \u00e9galement le lait, les couches, le lait de toilette, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le lait nous \u00e9tait donn\u00e9 au compte-gouttes, moins du tiers de la bouteille \u00e0 chaque fois. Lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y en avait plus et que nous en r\u00e9clamions, nous nous faisions engueuler. On nous rationnait aussi les couches. Il s&rsquo;agissait de couches de pi\u00e8tre qualit\u00e9 qui se mettaient en boule au bout de cinq minutes. Souvent, la pu\u00e9ricultrice se trompait de taille et nous devions nous d\u00e9brouiller avec des couches trop petites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y avait aussi une machine \u00e0 laver, qui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux\u00b7 enfants. Nous n&rsquo;avions pas le droit d&rsquo;entrer dans la cellule o\u00f9 elle se trouvait. Les m\u00e8res ont droit \u00e0 une douche par jour. Certaines filles,pr\u00e9f\u00e8rent se laver au lavabo. Lorsqu&rsquo;on vient d&rsquo;accoucher et qu&rsquo;on se sent toute flasque, il arrive que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas envie de se montrer aux autres. Or la douche est collective, il n&rsquo;y a pas de cabines individuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous \u00e9tions constamment trait\u00e9es comme suspectes. Tout \u00e9tait comptabilis\u00e9. Si on nous donnait une bouteille d&rsquo;eau et qu&rsquo;elle \u00e9tait finie trop vite, on nous disait que nous la buvions au lieu de la donner \u00e0 nos enfants. On nous suspectait tout le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le suivi m\u00e9dical laisse vraiment \u00e0 d\u00e9sirer. Apr\u00e8s l&rsquo;accouchement, on ne voit le m\u00e9decin qu&rsquo;une fois. Je n&rsquo;ai jamais su ce qu&rsquo;\u00e9tait un retour de couche. Je n&rsquo;ai vu personne et je n&rsquo;ai eu aucune information. L&rsquo;enfant n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement pes\u00e9 ni mesur\u00e9 tous les quinze jours, lorsque vient le p\u00e9diatre. C&rsquo;est totalement al\u00e9atoire. Un enfant peut tomber malade dans la semaine o\u00f9 le p\u00e9diatre ne vient pas. Dans ce cas, l&rsquo;administration appelle un m\u00e9decin ext\u00e9rieur. Lorsque je parle d&rsquo;un enfant malade, il faut qu&rsquo;il soit vraiment malade et non pas qu&rsquo;il ait simplement une petite toux parce que pour l&rsquo;administration, ce n&rsquo;est pas \u00eatre malade. Alors que dehors, si un m\u00f4me a un rhume et que sa m\u00e8re a envie d&rsquo;aller voir un m\u00e9decin, elle peut le faire. C&rsquo;est p\u00e9nible, pour une m\u00e8re d\u00e9tenue, de devoir d\u00e9pendre de quelqu&rsquo;un lorsque son enfant est malade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mon fils avait des probl\u00e8mes avec ses pieds qui rentraient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il portait des chaussures sp\u00e9ciales, en cuir dur, qui lui \u00e9taient douloureuses. Il fallait donc que je lui talque les pieds. Il a fallu que je m&rsquo; accroche s\u00e9rieusement avec la pu\u00e9ricultrice pour obtenir du talc parce qu&rsquo;elle estimait que c&rsquo;\u00e9tait du superflu. Nous \u00e9tions contraintes de nous justifier pour chaque demande de ce type. Quand c&rsquo;est tout le temps comme \u00e7a, il arrive\u00b7un moment o\u00f9 c&rsquo;est insupportable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lorsque les enfants commencent \u00e0 marcher, lorsqu&rsquo;ils atteignent six mois, ils bougent beaucoup plus et \u00e7a devient plus dur. En grandissant, l&rsquo;enfant a besoin de plus d&rsquo;ouverture et tout est ferm\u00e9. C&rsquo;est difficile d&rsquo;\u00eatre en permanence avec lui parce qu&rsquo;on veut bien faire mais il n&rsquo;y a pas le p\u00e8re, avec qui il y a parfois des probl\u00e8mes, qui est peut-\u00eatre en prison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cet esp\u00e8ce d&rsquo;enfermement \u00e0 deux est compl\u00e8tement fou. Il faut prendre sur soi parce qu&rsquo;on n&rsquo;est pas toute seule, et les nerfs en prennent un coup. En prison, on est non seulement prisonni\u00e8re de l&rsquo;administration mais on l&rsquo;est aussi de son enfant.<br \/>\nQuand tu es dans la m\u00eame cellule que ton gosse et que son lit est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du tien, qu&rsquo;il te voit, qu&rsquo;il se l\u00e8ve, tu essayes de rester dans ton lit sans bouger mais beaucoup de m\u00e8res d\u00e9tenues prennent leur enfant pour dormir avec elles, ce qui cr\u00e9e encore plus de liens et,\u00a0 au moment de la s\u00e9paration, c&rsquo;est encore plus dur. Mais on ne peut pas faire autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A la diff\u00e9rence des autres quartiers, la nursery n&rsquo;est pas entretenue par des auxiliaires d\u00e9sign\u00e9es par l&rsquo;administration. Ce sont les m\u00e8res qui doivent assurer le nettoyage. Nos enfants y vivaient et nous faisions, avec les moyens du bord, en sorte que ce soit propre. Nous devions laver le sol des cellules avec du shampooing.<br \/>\nDonc, lorsque vient ton tour, avec une autre m\u00e8re, on ouvre la porte de ta cellule \u00e0 7 heures du matin. Tant mieux si ton b\u00e9b\u00e9 dort encore. S&rsquo;il est r\u00e9veill\u00e9, il faut le trimbaler avec toi dans le couloir ou le mettre dans la salle de jeux, car on n&rsquo;a pas le droit de le confier \u00e0 une autre m\u00e8re.<br \/>\nC&rsquo;est ensuite la distribution du petit d\u00e9jeuner et, \u00e0 8 h 30, c&rsquo;est l&rsquo;ouverture des portes. On entend les verrous qui claquent, une ribambelle de portes qui s&rsquo;ouvrent puis les pas des m\u00f4mes qui marchent, tout contents de sortir enfin. Ceux qui dormaient encore se r\u00e9veillent et la journ\u00e9e commence.<br \/>\nOn nettoie alors sa cellule car, du fait de son exigu\u00eft\u00e9, elle est toujours sale et on n&rsquo;a aucun produit d&rsquo;entretien. Les lavabos sont minuscules. Il n&rsquo;est vraiment pas pratique de laver le plateau m\u00e9tallique dans lequel sont servis les repas. De plus, c&rsquo;est extr\u00eamement bruyant et \u00e7a r\u00e9veille le gamin. Alors, ou on lave ce plateau et on r\u00e9veille son enfant, ou on ne le lave pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s le m\u00e9nage de la cellule: on va se voir les unes les autres, on discute ensemble. Puis c&rsquo;est la promenade, de 10 \u00e0 11 heures. Nous avons une promenade par jour dans une cour de la d\u00e9tention \u00abordinaire\u00bb, lorsque les autres d\u00e9tenues n&rsquo;y sont plus. Pour porter les enfants en bas \u00e2ge, il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un ou deux sacs kangourou, alors que nous \u00e9tions douze. De m\u00eame, il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un ou deux vieux landaus. Toutes sortaient dans cette cour, o\u00f9 nous nous retrouvions entre m\u00e8res. Ensuite, nous r\u00e9int\u00e9grions nos cellules. A 11 h 30, les enfants mangeaient dans une salle commune. Ils \u00e9taient, comme les d\u00e9tenues, soumis au rythme administratif. Apr\u00e8s cela, les prisonni\u00e8res regagnaient leurs cellules et recevaient leur repas vers midi, et elles restaient enferm\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 14 heures. Les verrous \u00e9taient alors de nouveau ouverts et les m\u00f4mes qui dormaient encore \u00e9taient r\u00e9veill\u00e9s. Jusqu&rsquo;\u00e0 18h00, les m\u00e8res pouvaient vaquer dans le quartier, aller d&rsquo;une cellule \u00e0 l&rsquo;autre, dans la salle de jeux o\u00f9 se trouvait, \u00e9videmment, un t\u00e9l\u00e9viseur, ou encore dans la courette de la nursery. Cette courette est \u00e0 l &lsquo;air libre, pas tr\u00e8s grande. Il y a l\u00e0 quelques brins d&rsquo;herbe et un petit tas de sable agr\u00e9ment\u00e9 d&rsquo;une planche de bois, pour les enfants. La cour est entour\u00e9e de grands murs. Les m\u00f4mes regardent face \u00e0 eux et ne voient que ces murs. Le soir, les enfants mangeaient \u00e0 17h30, puis il ne se passait plus rien jusqu&rsquo;au lendemain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si un probl\u00e8me se pr\u00e9sente la nuit, il n&rsquo;y a que nous, les m\u00e8res, et les d\u00e9tenues de l&rsquo;\u00e9tage au-dessus, qui puissions faire quelque chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire taper dans les portes. Il y a bien un syst\u00e8me d&rsquo;interphone dans les cellules mais on peut sonner durant des heures, le rond-point reste d\u00e9sert, comme partout ailleurs. Ce n&rsquo;est pas parce que c&rsquo;est la nursery que la vigilance est plus grande. Il est arriv\u00e9 qu&rsquo;une enfant soit tr\u00e8s malade. Dans la journ\u00e9e, la m\u00e8re avait fait remarquer que la petite n&rsquo;\u00e9tait pas bien. Les surveillantes avaient pris sa temp\u00e9rature -la petite avait effectivement de la fi\u00e8vre- et lui avaient administr\u00e9 un peu de Catalgine. Au milieu de la nuit, la m\u00f4me n&rsquo;allait pas bien du tout. La m\u00e8re a commenc\u00e9 \u00e0 taper \u00e0 la porte. Nous nous sommes r\u00e9veill\u00e9es et, \u00e0 notre tour, nous avons toutes cogn\u00e9. Les surveillantes sont venues et ont dit que ce n&rsquo;\u00e9tait pas urgent puisque la temp\u00e9rature de la gamine n&rsquo;atteignait \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 39\u00b05. Le jour o\u00f9 je suis arriv\u00e9e, j&rsquo;ai imm\u00e9diatement signal\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais \u00e9pileptique et que c&rsquo;\u00e9tait dangereux car une crise pouvait arriver \u00e0 tout moment: imaginons qu&rsquo;une nuit, je sois seule avec mon fils dans les bras et que je tombe. J&rsquo;avais donc convenu avec une co-d\u00e9tenue, lorsque j&rsquo;\u00e9tais contrari\u00e9e ou que je n&rsquo;avais pas le moral, qu&rsquo;elle devait m&rsquo;appeler, le soir, \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Nous n&rsquo;avions que ce moyen-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nos parloirs avaient lieu dans les boxes habituels, avec les autres d\u00e9tenues. Comme elles, nous \u00e9tions fouill\u00e9es \u00e0 corps.<br \/>\nMais nos enfants \u00e9taient fouill\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aller et au retour. A l&rsquo;h\u00f4pital de Fresnes, les surveillantes allaient m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 \u00f4ter la couche du b\u00e9b\u00e9. A la Maf de Fleury-M\u00e9rogis, ces fouilles variaient selon les p\u00e9riodes. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 d&rsquo;avoir un accrochage avec une surveillante parce que mon fils donnait au retour du parloir et que j&rsquo;avais refus\u00e9 qu&rsquo;elle le fouille. Elle a carr\u00e9ment enfonc\u00e9 sa main dans la couche. J&rsquo;ai vivement \u00f4t\u00e9 cette main et je l&rsquo;ai trait\u00e9e de \u00abmerdeuse\u00bb. Le ton a mont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un \u00e9t\u00e9, en juillet, il faisait tr\u00e8s chaud. Dans les cellules, la temp\u00e9rature atteignait quarante degr\u00e9s. La plupart des m\u00f4mes \u00e9taient malades. Ils avaient des maux de ventre mais les m\u00e9decins ne faisaient rien si ce n&rsquo;est prescrire deux ou trois m\u00e9dicaments. On continuait de nous donner une bouteille d&rsquo;eau par jour et si une m\u00e8re stockait deux bouteilles et que l&rsquo;administration s&rsquo;en apercevait, on ne lui donnait pas d&rsquo;eau le troisi\u00e8me jour.<br \/>\nNous avons toutes \u00e9crit \u00e0 la direction. Nous avions d\u00e9cid\u00e9 de ne pas r\u00e9diger de p\u00e9tition car elle aurait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e. Mieux valait \u00e9crire chacune une lettre individuelle pour demander que les portes des cellules soient ouvertes entre 12 et 14 heures.<br \/>\nDurant ces heures, une surveillante \u00e9tait pr\u00e9sente. Il \u00e9tait donc tout \u00e0 fait possible d&rsquo;ouvrir les portes sans que cela ne pose un probl\u00e8me particulier.\u00a0 Quelques jours plus tard, le sous-directeur Audouard arrive dans la nursery. Je l&rsquo;attrape et lui rappelle que nous lui avons adress\u00e9 des lettres rest\u00e9es sans r\u00e9ponse. Il me r\u00e9pond que celle-ci ne saurait tarder. Elle est effectivement arriv\u00e9e peu apr\u00e8s: notre demande \u00e9tait refus\u00e9e et ray\u00e9e d&rsquo;un grand trait, sans qu&rsquo;il prenne la peine de nous expliquer pourquoi.<br \/>\nIl faisait vraiment tr\u00e8s chaud. Nous en \u00e9tions \u00e0 un tel point que nous trempions les couvertures militaires de l&rsquo; A.P. dans l&rsquo;eau jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles ruissellent et que nous les pendions \u00e0 la fen\u00eatre pour rafra\u00eechir momentan\u00e9ment l&rsquo;atmosph\u00e8re. Il y avait un centim\u00e8tre d&rsquo;eau par terre et lorsque mon fils dormait, je mettais au-dessus de son lit un drap humide. Certains enfants ont \u00e9t\u00e9 malades et nous nous sommes dit qu&rsquo;il fallait vraiment faire quelque chose. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de ne pas rentrer de promenade le lendemain midi. Nous devions toutes sortir avec nos enfants, emmener de l&rsquo;eau, de quoi manger, des couches de rechange et aller dans la petite courette d&rsquo;o\u00f9 nous pensions qu&rsquo;on ne pourrait pas nous d\u00e9loger. C&rsquo;est pour nos m\u00f4mes que nous avions d\u00e9cid\u00e9 de passer \u00e0 l&rsquo;action. Malheureusement, la d\u00e9tenue qui collaborait avec l&rsquo;administration \u00e9tait au courant par une des m\u00e8res qui avait \u00e9t\u00e9 trop bavarde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le jour dit, \u00e0 11 h 50, nous nous trouvons toutes dans la salle o\u00f9 les enfants\u00a0 devaient manger. Nous nous pr\u00e9parons \u00e0 sortir. Soudain, la surveillante nous\u00a0 ordonne de r\u00e9int\u00e9grer les cellules. Nous\u00a0 commen\u00e7ons par dire que ce n&rsquo;est pas l&rsquo;heure. Mais nous voyons la balance et nous comprenons imm\u00e9diatement. Nous\u00a0 disons que nous ne voulons pas rentrer. La surveillante appelle les grad\u00e9es et l&rsquo;une d&rsquo;elles, Mme Ayache, vient, accompagn\u00e9e d&rsquo;une grande blonde que l&rsquo;on surnomme \u00ab\u00a0Gestapo\u00a0\u00bb, Mme Davoine, et de plusieurs surveillantes. Elles nous disent que, maintenant, nous devons rentrer. Personne ne r\u00e9pond\u00eet. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 expliquer pourquoi nous ne voulions pas rentrer, j&rsquo;ai parl\u00e9 des enfants malades, des deux m\u00e9decins qui s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s pour une des petites, du fait qu&rsquo;il faisait toujours trente-neuf degr\u00e9s parce que nous avions r\u00e9duit la temp\u00e9rature d&rsquo;un degr\u00e9 avec l&rsquo;eau sur les couvertures. Les surveillantes sont all\u00e9es chercher le sous-directeur. Il est venu vers moi. J&rsquo;ai eu cette image: \u00ab Je ne sais pas si vous avez un enfant ou si vous avez un chien, mais enfermez-le dans une voiture avec la temp\u00e9rature qu&rsquo;il y a dehors en laissant qu&rsquo;une mince ouverture, et vous verrez\u00bb. Le sous-directeur n&rsquo;a rien r\u00e9pondu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous avions tout de m\u00eame obtenu que l&rsquo;administration fasse venir des m\u00e9decins. Ils sont venus avec un appareil de mesure et ont constat\u00e9 qu&rsquo;il faisait effectivement tr\u00e8s chaud dans nos cellules. Durant deux ou trois jours, nos enfants ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s, aux heures les plus chaudes, \u00e0 la pu\u00e9ricultrice. Nous n&rsquo;\u00e9tions pas d&rsquo;accord. Enferm\u00e9es dans nos cellules, nous entendions nos m\u00f4mes qui chialaient. Chacune reconnaissait la voix de son enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">D\u00e9cembre 1991,<br \/>\nune ancienne prisonni\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Extrait de <em>Rebelles<\/em> (journal des prisonniers en lutte &#8211; 1992)<\/p>\n<p>\u00a0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque je suis arriv\u00e9e \u00e0 la Maf de Fleury-M\u00e9rogis, la\u00a0 nursery comptait quatorze cellules, dont douze \u00e9taient occup\u00e9es. Nos cellules \u00e9taient petites, avec un lit pour la m\u00e8re et un petit lit en fer, aux barreaux tout rouill\u00e9s, pour son enfant Les murs de b\u00e9ton \u00e9taient nus, macul\u00e9s. La porte \u00e9tait peinte en noir, tout &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=9529\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Avec elles, leurs enfants incarc\u00e9r\u00e9s&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":13009,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23,1,20,27],"tags":[],"class_list":["post-9529","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-enfermements","category-general","category-genres-et-sexualites","category-prison"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9529","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/13009"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9529"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9529\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10411,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9529\/revisions\/10411"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9529"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9529"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9529"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}