{"id":84,"date":"2018-09-06T15:21:11","date_gmt":"2018-09-06T13:21:11","guid":{"rendered":"http:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=84"},"modified":"2018-09-07T11:28:26","modified_gmt":"2018-09-07T09:28:26","slug":"84","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=84","title":{"rendered":"Ce qui n\u2019a pas de prix, Annie Le Brun"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong>Jusqu&rsquo;\u00e0 quel point continuerons-nous d&rsquo;y rester indiff\u00e9rents ? Jusqu&rsquo;\u00e0 quel degr\u00e9 consentirons-nous \u00e0 y contribuer, f\u00fbt-ce par inattention ? Jusqu&rsquo;\u00e0 quand accepterons-nous d&rsquo;ignorer qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la mise en place d&rsquo;un genre in\u00e9dit d&rsquo;asservissement sinon de <em>corruption ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce qui n\u2019a pas de prix.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-97 alignright\" src=\"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/files\/2018\/09\/tree-753069_960_720-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/files\/2018\/09\/tree-753069_960_720-300x200.jpg 300w, https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/files\/2018\/09\/tree-753069_960_720-768x512.jpg 768w, https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/files\/2018\/09\/tree-753069_960_720.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Voici donc venu le temps o\u00f9 les catastrophes humaines s&rsquo;ajoutent aux catastrophes naturelles pour abolir tout horizon. Et la premi\u00e8re cons\u00e9quence de ce redoublement catastrophique et que sous pr\u00e9texte d&rsquo;en circonscrire les d\u00e9g\u00e2ts r\u00e9els et symboliques on s&#8217;emp\u00eache de regarder au-del\u00e0 et de voir vers quel gouffre nous avan\u00e7ons de plus en plus surement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nouvel exemple que tout se tient, m\u00eame si l&rsquo;actuelle pr\u00e9cipitation des \u00e9v\u00e9nements rend de plus en plus indiscernable les effets des causes. Ce qui va avec l&rsquo;aggravation de ce \u00ab\u00a0trop de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb que j&rsquo;\u00e9voquais il y a dix-huit ans comme la cons\u00e9quence d&rsquo;une marchandisation d\u00e9lirante, indissociable de l&rsquo;essor informatique : trop d&rsquo;objets, trop d&rsquo;images, trop de signes, se neutralisant en masse d&rsquo;insignifiance qui n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;envahir le paysage pour y op\u00e9rer une constante censure par l\u2019exc\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fait est qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas fallu longtemps pour que ce \u00ab\u00a0trop de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb se tranforme en trop <em>de d\u00e9chets<\/em>. D\u00e9chets nucl\u00e9aires, d\u00e9chets chimiques, d\u00e9chets organiques, d\u00e9chets industriels en tous genre, mais aussi d\u00e9chets de croyances, de lois, d&rsquo;id\u00e9es, d\u00e9rivants comme autant de carcasses et de carapaces vides dans le flux du p\u00e9rissable. Car si il est une caract\u00e9ristique du si\u00e8cle commen\u00e7ant, c&rsquo;est bien se jetable qu&rsquo;on ne sait plus ni o\u00f9 comment jeter ni encore moins penser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De l\u00e0, un enlaidissement du monde, qui progresse sans que l&rsquo;on y prenne garde, puisque c&rsquo;est d\u00e9sormais en de\u00e7\u00e0 des nuisances spectaculaires que d&rsquo;un continent \u00e0 l&rsquo;autre l&rsquo;espace est brutalis\u00e9, les formes d\u00e9form\u00e9es, les sons malmen\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 modifier insidieusement nos paysages int\u00e9rieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu&rsquo;on le veuille ou non c&rsquo;est une affaire politique d&rsquo;importance, car si il est impossible de d\u00e9finir la beaut\u00e9 vive, toujours bouleversante de recomposer le monde \u00e0 sa lumi\u00e8re in\u00e9dite, les deux totalitarisme du XXe si\u00e8cle ont pareillement traqu\u00e9 les \u0153uvres qui en \u00e9taient charg\u00e9es, pour imposer une terreur sensible, dont les normes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es interchangeable entre le r\u00e9alisme socialiste et l&rsquo;art hitl\u00e9rien. Jusqu&rsquo;\u00e0 affirmer l&rsquo;un est l&rsquo;autre la m\u00eame immortalit\u00e9 du m\u00eame kitch moraliste, o\u00f9 le corps humain aura pareillement \u00e9t\u00e9 requis comme faux t\u00e9moin du mensonge id\u00e9ologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu&rsquo;\u00e0 l\u2019exception de quelques-uns, la quasi-totalit\u00e9 des r\u00e9volutionnaires n&rsquo;ait gu\u00e8re pr\u00eat\u00e9 attention \u00e0 cette similitude et se soit encore moins pr\u00e9occup\u00e9e d&rsquo;en envisager les incidences, n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent au fait que depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale, la laideur ait eu la voie libre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;autant qu&rsquo;au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, cet enlaidissement semble avoir \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 sinon devanc\u00e9 par une production artistique (arts platiques et arts du sp\u00e9ctacle confondus) dont les innombrables formes subventionn\u00e9es ou sponsoris\u00e9s \u00e0 grands frais auront aboutis, sous le pr\u00e9texte de plus en plus fumeux de subversion, \u00e0 substituer toute repr\u00e9sentation l&rsquo;envers et l&rsquo;avers d&rsquo;un avilissement continu. Et cela tandis que cette fausse conscience \u00e9tait \u00e9tay\u00e9r par fabrication parall\u00e8le d&rsquo;une beaut\u00e9 contrefaite par l&rsquo;esth\u00e9tique de la marchandisation d&rsquo;un capitalisme artiste\u00a0(Gilles Lipovetsky et Jean Serroy).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Situation apparemment des plus contradictoires mais dont la banalisation grandissante r\u00e9v\u00e8le quel processus de neutralisation est d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;oeuvre pour faire accepter chaque chose et son contraire, sans jamais manquer d&rsquo;\u00e9radiquer toute trace de n\u00e9gativit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est pourquoi il serait trop simple de penser apr\u00e8s Stendhal que si la beaut\u00e9 n&rsquo;est que la promesse du bonheur, la laideur devient une promesse de malheur. A s&rsquo;en tenir l\u00e0, le risque de ne pas voir comment cette nouvelle \u00ab\u00a0esth\u00e9tisation du monde\u00a0\u00bb, dont la plupart se f\u00e9licite, encadre exactions et d\u00e9vastations, pour aggraver du haut en bas de l&rsquo;\u00e9chelle sociale, une <em>d\u00e9sensibilisation<\/em> sans pr\u00e9c\u00e8dent, par ailleurs induite depuis longtemps &#8211; de th\u00e9\u00e2tre en mus\u00e9e, de centre d&rsquo;art en fondation &#8212; \u00e0 travers des mises en spectacle, performances ou installation o\u00f9, de plus en plus, le cynisme va de pair avec l&rsquo;indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La cons\u00e9quence en est l&rsquo;installation d&rsquo;un <em>ordre du d\u00e9ni <\/em>\u00e9hont\u00e9 qui n&rsquo;est pas sans remettre en cause tous les modes de repr\u00e9sentation, les uns finissant par d\u00e9valoriser les autres au cours d&rsquo;implosions en cha\u00eene qui entra\u00eenent autant de d\u00e9sincarnation. Tant est si bien que chaque \u00eatre, peu \u00e0 peu d\u00e9pouill\u00e9 de ce qui le reliait sensiblement au monde, se retrouve aussi seul que d\u00e9muni.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Est-il dit que pour fuir cette solitude ne reste que la fausse communaut\u00e9 d&rsquo;une nouvelle servitude des\u00a0\u00bbr\u00e9seaux sociaux \u00ab\u00a0? Est-il dit que, pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;exclusion, il faille en passer par cette domestication\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quelque chose que l&rsquo;on croirait impossible de rattraper semble d\u00e9sormais courir devant les hommes; Ce n&rsquo;est pas plus leur avenir que leur pr\u00e9sent, ce sont leur r\u00eaves qui leur \u00e9chappent; Et tout se passe comme-ci l&rsquo;on ne savait plus, ni saisir, ni dire, ni penser l&rsquo;\u00e9cart qui se creuse de plus en plus, entre ce que nous vivons et les discours cens\u00e9s en rendre compte; Au point que la critique sociale, si rigoureuse soit-elle, finit par n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;une musique d&rsquo;accompagnement sans aucune efficience r\u00e9duite \u00e0 donner bonne conscience \u00e0 ceux qui la partagent. Depuis le temps que la crise est devenue le sujet de tous les d\u00e9bats, on dirait m\u00eame que la multiplicit\u00e9 des approches critiques fait le jeu de la domination. A ceux qui les m\u00e8nent est en effet \u00e9chu un r\u00f4le de sp\u00e9cialistes, qu&rsquo;ils paraissent pour la plupart fort satisfaits d&rsquo;avoir endoss\u00e9s, sans en \u00eatre vraiment conscients. Seulement, plus ces sp\u00e9cialistes se rencontrent, moins se trouve un langage commun. De sorte, qu&rsquo;au lieu de voir \u00e9merger une critique de la crise, on ne peut que prendre acte d&rsquo;une crise de la critique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Du coup, en quoi s&rsquo;interroger sur la beaut\u00e9 et sur ce qui la menace de toutes parts permettrait-il d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 ce d\u00e9sesp\u00e9rant tableau. Si personne ne saurait la d\u00e9finir, chacun en a un jour connu les pouvoir d&rsquo;\u00e9blouissement, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que soit soudain donn\u00e9 sens \u00e0 ce qui semblait n&rsquo;en pas avoir. Pas plus que l&rsquo;\u00e9clair elle ne se laisser assujettir. Et, pour cette seule raison, il vaut ne jamais oublier son flamboiement, m\u00eame si, apr\u00e8s ou avant, les innombrables remises en cause de la notion de beaut\u00e9, il y a Rimbaut \u00e9crivant au tout d\u00e9but d&rsquo;<em>une saison en enfer<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un soir, j&rsquo;ai assis la beaut\u00e9 sur mes genoux &#8211; Et je l&rsquo;ai trouv\u00e9 am\u00e8re &#8211; Et je l&rsquo;ai injuri\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lignes qu&rsquo;on ne peut lire sans se demander ce qui les relie ou non \u00e0 celle qui viennent les contredire dans la cderni\u00e8re partie de ce voyage au bou de soi-m\u00eame : \u00ab\u00a0Cela s&rsquo;est pass\u00e9. Je sais aujourd&rsquo;hui saluer la beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Que s&rsquo;est-il donc pass\u00e9 entre avril et ao\u00fbt 1873, le temps de cette \u00ab\u00a0saison en enfer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Longtemps, cette question m&rsquo;a poursuivie jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, notre situation s&rsquo;aggravant j&rsquo;en vienne \u00e0 me demander si ce retournement de Rimbaut, au milieu du plus sombre des temps, ne repr\u00e9sentait pas pour nous un recours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme-ci apr\u00e8s avoir pris tous les risques pour d\u00e9serter les voies \u00e9clair\u00e9es par la Beaut\u00e9, reconnue comme telle, Rimbaut avait soudain vu, qu&rsquo;il est une beaut\u00e9 toujours autre, une beaut\u00e9, qui est, comme l&rsquo;amour dont il r\u00eavait, toujours \u00e0 r\u00e9inventer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu&rsquo;il la discerne aussi bien dans les \u00ab\u00a0peintures idiotes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0toiles de saltimbanques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0enluminures populaires\u00bb,\u00a0\u00bblivres \u00e9rotiques sans orthographe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rythmes naifs\u00a0\u00bb, &#8230; que dans la \u00ab\u00a0f\u00e9licit\u00e9 des b\u00eates\u00a0\u00bb, ou dans ses \u00ab\u00a0folies\u00a0\u00bb dont il connait tous les \u00e9lans et les d\u00e9sastres\u00a0\u00bb, pour s&rsquo;en laisser traverser en vagues d\u00e9ferlantes, c&rsquo;est elle qu&rsquo;il salue pour s&rsquo;en laisser traverser en vagues d\u00e9ferlantes, c&rsquo;est elle qu&rsquo;il salue parce qu&rsquo;il la d\u00e9couvre autant plurielle que singuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette beaut\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9crit alors sans majuscule, vient de loin, de tr\u00e8s loin. Son g\u00e9nie est d&rsquo;avoir cherch\u00e9 \u00e0 la saisir au plus pr\u00e8s de sa violence premi\u00e8re, de courrir au-devant d&rsquo;elle \u00e0 travers les \u00ab\u00a0d\u00e9serts de l&rsquo;amour\u00a0\u00bb, de se heurter \u00e0 elle dans l'\u00a0\u00bbazur du noir\u00a0\u00bb, quitte \u00e0 la reconnaitre quand il ne se reconna\u00eet plus, mais pour affirmer en m\u00eame temps que \u00ab\u00a0Je, est un autre\u00a0\u00bb et de d\u00e9courvir alors \u00e0 chacun la souverainet\u00e9 de tous les royaumes du singulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nous lui devons aussi de rappeler qu&rsquo;il importe \u00e0 tout \u00eatre d&rsquo;en trouver \u00ab\u00a0le lieu et la formule\u00a0\u00bb. Et il nous en dit l&rsquo;urgence, au moment m\u00eame o\u00f9 la sagesse sauvage de sa voyance le fait d\u00e9noncer, avec un si\u00e8cle et demi d&rsquo;avance, ce que nous subissons jour apr\u00e8s jour, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de \u00ab\u00a0l&rsquo;horreur \u00e9conomique\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0la vision des nombres\u00a0\u00bb, et de l&rsquo;univers qui en d\u00e9coule, vou\u00e9 \u00a0\u00bb \u00e0 vendre les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance\u00a0\u00bb comme \u00e0 vendre aussi \u00ab\u00a0les voix, l\u2019immense opulence inquestionnable, ce qu&rsquo;on ne vendra jamais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En fait rien de ce qui nous a fait les h\u00e9ritiers de l&rsquo;immonde Second Empire &#8211; sp\u00e9culation colonisation, pr\u00e9dation &#8211; qu&rsquo;il n&rsquo;ait incendi\u00e9 de son refus, pour qu&rsquo;entre les flammes, se dessine la beaut\u00e9 surprenante de ce qui la fait naitre, il lui revient \u00e0 chaque fois de s&rsquo;inposer comme une forme in\u00e9sp\u00e9r\u00e9 de la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Voil\u00e0 pourquoi ce que Rimbaut \u00e0 dit, ce qu&rsquo;il a r\u00eav\u00e9, continue d\u00e9cennie apr\u00e8s d\u00e9cennie de faire \u00e9cho chez les tr\u00e8s jeunes gens qui ont encore abdiquer sur rien. Qu&rsquo;il soit sans doute le premier \u00e0 avoir tout mis\u00e9 pour \u00ab\u00a0changer la vie\u00a0\u00bb m&rsquo;incite plus encore \u00e0 me r\u00e9ferrer \u00e0 lui, quand les sinistres d\u00e9buts de ce si\u00e8cle semblent vouloir d\u00e9finitivement l&rsquo;ignorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Reste que l&rsquo;on ne saurait oublier tous ceux qui ont cherch\u00e9 quelques soit les circonstances, \u00e0 faire \u00ab\u00a0jaillir la source du rocher\u00a0\u00bb , pour reprendre les mots de Pierre Reverdy. Que celui-ci y ait splendidement r\u00e9ussi, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre persuad\u00e9 comme Ignaz Paul Vital Troxler \u00a0qu\u00a0\u00bb&lsquo;il ya un autre monde mais qu'[il] est dans celui-ci\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n&rsquo;est pas de meilleure justification pour refuser l&rsquo;ordre des choses. Elle dit l&rsquo;irruption de l&rsquo;\u00e9ventuelle beaut\u00e9 susceptible d&rsquo;y appara\u00eetre. Comme celle qui d\u00e9chire soudain l&rsquo;opacit\u00e9 t\u00e9n\u00e9breuse de 1984 par la fa\u00e7on dont une jeune amoureuse arrache ses v\u00eatements \u00a0\u00bb dans un geste magnifique qui semblait an\u00e9antir toute civilisation. Beaut\u00e9 se confondant avec la po\u00e9sie qui, \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0de rien et de nulle part\u00a0\u00bb est aux yeux de Reverdy \u00ab\u00a0la manifestation du besoin irr\u00e9pressible de libert\u00e9 qui est dans l&rsquo;homme. C&rsquo;est cette servitude qu&rsquo;Ossip Mandelsam alla jusqu&rsquo;\u00e0 payer de sa vie, en rappelant : \u00ab\u00a0Ce qui distingue la po\u00e9sie de la parole machinale, c&rsquo;est que la po\u00e9sie justement, nous secoue en plein milieu du mot. \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Je pourrais multiplier les exemples de cette qu\u00eate \u00e9perdue de ce qui n&rsquo;a pas de prix. En fait, rare sont ceux qui finissent par abandonner le d\u00e9sir de la faire leur dans le scintillement d&rsquo;un \u00e9ternel pr\u00e9sent. Que le surgissement de la beaut\u00e9 qui l&rsquo;accompagne de ses impr\u00e9visibles horizons n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;inqui\u00e9ter tous les pouvoirs, voil\u00e0 justement ce qu&rsquo;on veut nous enlever jusqu&rsquo;au souvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jusqu&rsquo;\u00e0 quel point continuerons-nous d&rsquo;y rester indiff\u00e9rents ? Jusqu&rsquo;\u00e0 quel degr\u00e9 consentirons-nous \u00e0 y contribuer, f\u00fbt-ce par inattention ? Jusqu&rsquo;\u00e0 quand accepterons-nous d&rsquo;ignorer qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la mise en place d&rsquo;un genre in\u00e9dit d&rsquo;asservissement sinon de <em>corruption ?<\/em><\/p>\n<p>Publi\u00e9 initialement en Italien ici :\u00a0<a href=\"https:\/\/finimondo.org\/node\/2203\">https:\/\/finimondo.org\/node\/2203<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 quel point continuerons-nous d&rsquo;y rester indiff\u00e9rents ? Jusqu&rsquo;\u00e0 quel degr\u00e9 consentirons-nous \u00e0 y contribuer, f\u00fbt-ce par inattention ? Jusqu&rsquo;\u00e0 quand accepterons-nous d&rsquo;ignorer qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la mise en place d&rsquo;un genre in\u00e9dit d&rsquo;asservissement sinon de corruption ? Ce qui n\u2019a pas de prix. 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