{"id":448,"date":"2018-09-13T11:14:34","date_gmt":"2018-09-13T09:14:34","guid":{"rendered":"http:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=448"},"modified":"2018-09-13T11:26:16","modified_gmt":"2018-09-13T09:26:16","slug":"quelques-considerations-pour-envisager-un-projet-de-lutte-contre-les-frontieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=448","title":{"rendered":"Quelques consid\u00e9rations pour envisager un projet de lutte contre les fronti\u00e8res"},"content":{"rendered":"<div class=\"chapo surlignable\">\n<p style=\"text-align: justify\">Nous assistons chaque jour \u00e0 une intensification du massacre perp\u00e9tu\u00e9 par les fronti\u00e8res \u00e9tatiques. Des milliers d\u2019hommes et de femmes qui fuient les guerres, la mis\u00e8re et des catastrophes \u00e9cologiques, cons\u00e9quences directes de l\u2019exploitation des mati\u00e8res premi\u00e8res, et des hommes r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat de mati\u00e8res premi\u00e8res. Nous assistons quotidiennement \u00e0 ce qui s\u2019apparente de plus en plus \u00e0 une h\u00e9catombe, aux portes des lieux o\u00f9 nous habitons, et nous nous habituons \u00e0 \u00eatre des spectateurs de l\u2019horreur de cette normalit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"texte surlignable clearfix\" style=\"text-align: justify\">\n<p>Face \u00e0 cette masse d\u2019\u00eatres humains, qui en risquant leur vie d\u00e9fient les fronti\u00e8res, et se mettent en jeu dans des moments d\u2019affrontements avec les chiens de garde de l\u2019Europe, les hommes \u00e0 la t\u00eate des \u00c9tats se gargarisent de valeurs d\u00e9mocratiques et proclament la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9gulariser une partie d\u2019entre eux en \u00e9tablissant les crit\u00e8res n\u00e9cessaires pour les trier, s\u00e9lectionner la bonne marchandise et refouler celle avari\u00e9e. Ils \u00e9tablissent des politiques communes, construisent de grands centres de tris, renforcent les appareils bureaucratiques et militaires et la surveillance des fronti\u00e8res. Des fronti\u00e8res qui ne sont pas seulement des limites territoriales entre les Etats, mais se mat\u00e9rialisent aussi dor\u00e9navant dans les contr\u00f4les et les rafles, dans les transports en commun et les gares, sur les lieux de travail et dans les rapports d\u2019exploitation, aux guichets des banques et des administrations, dans les centres de r\u00e9tention administrative et dans le travail des gestionnaires humanitaires.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Dans les rues de Paris ces derniers mois des centaines d\u2019hommes et de femmes ont v\u00e9cu dans leur \u00eatre et dans leur chair l\u2019accueil de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais. Vir\u00e9s de chaque square, de chaque rue, de chaque parc, de chaque dessous de pont o\u00f9 ils essayaient de trouver refuge, frapp\u00e9s et gaz\u00e9s par les flics parce qu\u2019ils continuaient \u00e0 rester ensemble. Des groupes de soutien de diff\u00e9rentes ob\u00e9diences se sont rapidement cr\u00e9\u00e9s. Parmi eux, certains individus sinc\u00e8res, pour qui l\u2019aide qu\u2019ils apportent est une fin en soi, motiv\u00e9s par leur col\u00e8re ou leur indignation. D\u2019autres, repr\u00e9sentants de partis, ou d\u2019organisations humanitaires pour qui les migrants sont un moyen d\u2019avoir plus de visibilit\u00e9 dans la rue et dans les m\u00e9dias, plus de pouvoirs politiques et plus de financement publics et priv\u00e9s. Globalement, ils ont essay\u00e9 de leur fournir du soutien mat\u00e9riel et ont appuy\u00e9 politiquement les revendications port\u00e9es par la majorit\u00e9 de ces hommes et femmes\u00a0: leurs demandes d\u2019asiles et de logements. Revendications qui invoquent les droits de l\u2019homme, qui consid\u00e8rent comme un interlocuteur l\u2019\u00c9tat. Cet \u00c9tat qui, plus moins directement, est partie prenante des sanguinaires affaires dans leurs lieux d\u2019origines, qui les massacre aux fronti\u00e8res, qui les traque parce qu\u2019ils dorment dans la rue, et qui les accueille avec gaz et matraques, soucieux de d\u00e9barrasser la vitrine touristique qu\u2019est Paris de cette vermine.<\/p>\n<p>Probablement beaucoup d\u2019entre eux r\u00e9ussiront \u00e0 obtenir les papiers et \u00e0 se faire tanner dans les biais l\u00e9gaux de l\u2019exploitation du syst\u00e8me \u00e9conomique fran\u00e7ais, gr\u00e2ce aux mobilisations plus ou moins citoyennes. Beaucoup d\u2019autres continueront \u00e0 mourir aux fronti\u00e8res, ou resteront dans la masse des ind\u00e9sirables aux yeux du march\u00e9 ou de l\u2019\u00c9tat, condamn\u00e9s \u00e0 la mis\u00e8re et \u00e0 la r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Tant qu\u2019existeront les \u00c9tats et leurs fronti\u00e8res, il y aura des sans-papiers ind\u00e9sirables, tant qu\u2019il y aura des guerres et que continuera le saccage capitaliste, des millions de personnes n\u2019auront pas d\u2019autres choix que de s\u2019exiler pour survivre. Tant qu\u2019existeront les papiers, qui ont pour seule raison d\u2019exister le contr\u00f4le du b\u00e9tail humain, la gestion des inclus et des exclus, certains auront les \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb, d\u2019autres les \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb, d\u2019autres pas du tout, les \u00c9tats hi\u00e9rarchisant les vies humaines selon leurs propres crit\u00e8res. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019au slogan \u00ab\u00a0Des papiers pour tous\u00a0\u00bb nous pr\u00e9f\u00e9rons ce slogan irraisonnable, \u00ab\u00a0Ni papiers ni fronti\u00e8res\u00a0\u00bb, qui n\u2019a rien \u00e0 demander \u00e0 l\u2019\u00c9tat mais qui souhaite sa destruction, car nous ne serons jamais libres tant que chacun et chacune ne pourra vivre comme il l\u2019entend, ne pourra aller partout o\u00f9 ses choix le m\u00e8nent.<\/p>\n<p>Par ailleurs, personne n\u2019\u00e9chappe aux griffes du capitalisme, les exploit\u00e9s sont partout confront\u00e9s \u00e0 la violence de l\u2019\u00e9conomie et de l\u2019\u00c9tat, et c\u2019est la m\u00eame logique de survie et son atomisation qui tuent nos corps et nos esprits \u00e0 petit feu. C\u2019est la raison pour laquelle nous voulons faire sauter les barri\u00e8res (et le langage m\u00eame forme la partie la plus visible de ce redoutable iceberg) \u00e9rig\u00e9es entre un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb imaginaire et des \u00ab\u00a0migrants\u00a0\u00bb. Sortir d\u00e9finitivement de la logique du soutien qui apporte une assistance envers un sujet cr\u00e9\u00e9 sur la base d\u2019une discrimination \u00ab\u00a0positive\u00a0\u00bb car \u00e9tant le sujet opprim\u00e9 par excellence. C\u2019est justement en faisant d\u2019une multiplicit\u00e9 d\u2019hommes et de femmes un tout homog\u00e8ne, que l\u2019on oublie qu\u2019ils ont des trajectoires et des id\u00e9es diff\u00e9rentes. Ce n\u2019est que sur la base de ces diff\u00e9rences que nous pouvons partager des moments de complicit\u00e9s et de luttes, car comme tout opprim\u00e9, un \u00ab\u00a0migrant\u00a0\u00bb peut tout aussi bien se r\u00e9volter contre sa condition, que servir fid\u00e8lement ses oppresseurs pour obtenir des avantages.<br class=\"autobr\" \/>Nous appr\u00e9cions et valorisons l\u2019entraide spontan\u00e9e que nous comprenons comme un \u00e9lan du c\u0153ur, mais, dans une perspective lib\u00e9ratrice, cette forme de solidarit\u00e9 ne peut se substituer \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019affrontement contre des hommes et des structures \u00e9tatiques, la police et le contr\u00f4le, ne peut s\u2019accommoder des rouages d\u00e9mocratiques, en somme ne peut mettre de c\u00f4t\u00e9, sous couvert d\u2019urgence, l\u2019ensemble multiple et vari\u00e9 des actes de rupture -ou du moins qui cherchent \u00e0 en cr\u00e9er une- avec l\u2019ordre existant. Sinon cela revient \u00e0 aider l\u2019\u00c9tat dans sa tache de gestion, \u00e0 assurer du service en son absence, \u00e0 emp\u00eacher que la situation ne devienne r\u00e9ellement incontr\u00f4lable, car c\u2019est cela que craint v\u00e9ritablement \u2013 et \u00e0 juste titre- l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>****<\/p>\n<p>Ce qui nous meut, c\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde sans \u00c9tat ni domination, donc concr\u00e8tement leur destruction, l\u2019id\u00e9e d\u2019un monde d\u00e9barrass\u00e9 du capitalisme, donc concr\u00e8tement la subversion de l\u2019ensemble des rapports existants. Ces id\u00e9es, a priori minoritaires, ne sont pas un balluchon que l\u2019on ouvrirait de temps \u00e0 autre pour se rassurer ou se donner de l\u2019espoir au milieu du marasme quotidien, elles sont notre boussole. Quant \u00e0 la r\u00e9volte, la rage, la r\u00e9bellion, l\u2019insoumission, r\u00e9actions conscientes qui s\u2019ins\u00e8rent dans les nombreux antagonismes qui traversent la soci\u00e9t\u00e9, sous quelques mani\u00e8res qu\u2019elles s\u2019expriment, nous les savons nombreuses et diffuses. Ces deux parts de nous-m\u00eames sont ins\u00e9parables\u00a0: nous ne sommes pas pr\u00eats \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 des id\u00e9es qui sont les n\u00f4tres pour nous agr\u00e9ger, par exemple, \u00e0 un moment de lutte collective\u00a0; et de la m\u00eame mani\u00e8re nous ne rechignons pas toujours \u00e0 prendre notre part \u00e0 une lutte dont nous ne partageons pas forc\u00e9ment l\u2019ensemble des contenus ou des moyens. \u00ab\u00a0Je cherche une force, car l\u2019id\u00e9e ne fait que sa t\u00e2che. Et si l\u2019id\u00e9e propose, la force dispose\u00a0\u00bb, disait un r\u00e9volutionnaire jadis. Selon nous cette -mal nomm\u00e9e- force c\u2019est la conflictualit\u00e9 sociale elle-m\u00eame, se pose alors la question de notre intervention \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de cette conflictualit\u00e9 qui est notre lot quotidien.<\/p>\n<p>Nous ne recherchons aucune l\u00e9gitimit\u00e9, puisque m\u00eame par des biais d\u00e9tourn\u00e9s c\u2019est le pouvoir qui diff\u00e9rencie ce qui est l\u00e9gitime de ce qui ne l\u2019est pas. La l\u00e9gitimit\u00e9 est donc le reflet d\u2019une soumission \u00e0 l\u2019autorit\u00e9, celle de la majorit\u00e9 (la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0opinion publique\u00a0\u00bb) n\u2019\u00e9tant pas la moins redoutable. Car la l\u00e9gitimit\u00e9 est \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019opinion publique\u00a0\u00bb ce que la l\u00e9galit\u00e9 est \u00e0 l\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire la n\u00e9gation de l\u2019auto-d\u00e9termination de nos vies. Une r\u00e9volte l\u00e9gitime est incapable de saboter les fondations du monde, elle propose seulement une red\u00e9finition du monde fond\u00e9e sur le mythe d\u2019un \u00c9tat et de lois plus \u00ab\u00a0humains\u00a0\u00bb, d\u2019une justice plus \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb, d\u2019une \u00e9conomie plus \u00ab\u00a0\u00e9galitaire\u00a0\u00bb, et attend une reconnaissance de \u00ab\u00a0l\u2019opinion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Loin de tout opportunisme politique, notre intervention dans une lutte sociale doit se faire sur nos propres bases\u00a0: nous ne luttons pas pour \u00ab\u00a0aider les migrants \u00e0 obtenir des papiers\u00a0\u00bb, mais contre la domination des \u00c9tats sur tous et toutes. Avoir une pr\u00e9sence dans la rue non pas pour en prendre la t\u00eate, pas non plus pour rendre un service \u00e0 quiconque, qui plus est sans \u00eatre clairs sur nos id\u00e9es en les diluant ou les \u00e9pi\u00e7ant au gr\u00e9 des convenances, mais pour diffuser des id\u00e9es et des pratiques insurrectionnelles, pour avancer dans la perspective de la r\u00e9volution sociale.<br class=\"autobr\" \/>Pour pouvoir gouverner tout pouvoir a besoin de cr\u00e9er des cat\u00e9gories et de produire des divisions qui l\u2019arrangent et d\u2019assigner chacun \u00e0 des r\u00f4les qui sont autant de cha\u00eenes destin\u00e9es \u00e0 favoriser la servitude et l\u2019assujettissement. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, nous voulons faire sauter les barri\u00e8res instaur\u00e9es par le pouvoir, c\u2019est pourquoi ce n\u2019est pas l\u2019appartenance par d\u00e9faut de tel individu \u00e0 telles suppos\u00e9es communaut\u00e9s qu\u2019elles soient nationales, culturelles ou ethniques, ou telles cat\u00e9gories (immigr\u00e9s, clandestins, avec papiers, migrants, d\u00e9viants, hors-la-loi, travailleurs, ch\u00f4meurs, dipl\u00f4m\u00e9s\u2026) qui conditionnent nos rapports avec eux, mais la mani\u00e8re dont ils se rapportent \u00e0 cette appartenance. Ce qui compte pour nous c\u2019est l\u2019engagement, les positions, les choix et les refus qu\u2019adoptent des individus r\u00e9els dans des situations particuli\u00e8res, ainsi que les raisons qui les animent.<\/p>\n<p>****<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es la \u00ab\u00a0lutte contre la machine \u00e0 expulser\u00a0\u00bb avait un avantage que la lucidit\u00e9 nous am\u00e8ne \u00e0 reconna\u00eetre avec amertume comme obsol\u00e8te\u00a0: celui de la clart\u00e9. Les incendies volontaires de centres de r\u00e9ten-tions (celui de Vincennes, du Mesnil-Amelot, de Nantes, de Plaisir, de Bordeaux, de Toulouse), les \u00e9vasions, les manifestations, le soutien aux inculp\u00e9s de l\u2019incendie de Vincennes, les tracts, les affiches et les attaques multiples, tous cela lit-on dans un bulletin de l\u2019\u00e9poque \u00e9tait sans \u00e9quivoque\u00a0: \u00ab\u00a0soit on lutte contre les centres de r\u00e9tention, et pas moins que pour leur suppression comme une partie des sans-papiers l\u2019ont exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 partir de leur situation concr\u00e8te, soit on souhaite les maintenir\u00a0\u00bb.La destruction volontaire du centre de Vincennes a \u00ab\u00a0emport\u00e9 son vernis humanitaire avec elle\u00a0: les reclus ont lutt\u00e9 pratiquement pour une remise \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb pure et simple, et pas pour une am\u00e9lioration de cette cage situ\u00e9e entre une \u00e9cole de police et un hippodrome\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La question de la solidarit\u00e9 pouvait non seulement d\u00e9passer la simple affirmation mais aussi proposer un autre parcours que celui du soutien. En visant l\u2019ensemble de la machine \u00e0 expulser et non pas les seuls centres et en exprimant un contenu clair qui ne se posait pas en ext\u00e9riorit\u00e9, les actions ins\u00e9r\u00e9es dans l\u2019antagonisme diffus pouvaient ouvrir un chemin \u00e0 une solidarit\u00e9 r\u00e9solument offensive.<br class=\"autobr\" \/>Actuellement en France du moins sur les derniers mois, nos id\u00e9es n\u2019ont pas eu assez d\u2019\u00e9cho et nous n\u2019avons pas suffisamment contribu\u00e9 par des actes \u00e0 subvertir une situation qui \u00e9tait potentiellement riche de possibilit\u00e9s. Nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi \u00e0 influer pour que la r\u00e9volte prenne le dessus sur la logique du soutien. D\u2019autre part -contrairement aux ann\u00e9es r\u00e9sum\u00e9es plus haut- les actes de r\u00e9voltes avec lesquels nous voulons exprimer une solidarit\u00e9 offensive concr\u00e8te ne courent pas les rues.<\/p>\n<p>Mais elle couve la r\u00e9volte, parfois elle \u00e9clate, et ne conna\u00eet pas de fronti\u00e8re\u00a0: le samedi 22 ao\u00fbt des heurts \u00e9clatent entre policiers mac\u00e9doniens et migrants venus de Gr\u00e8ce \u00e0 la fronti\u00e8re entre les deux pays. Alors que deux jours avant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence \u00e9tait proclam\u00e9, l\u2019arm\u00e9e et les forces sp\u00e9ciales de police d\u00e9p\u00each\u00e9es sur place ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bord\u00e9es. Ceux qui sont pass\u00e9s ont pris d\u2019assaut la gare de Gevgelija pour se rendre en train en Serbie. A Calais la nuit du 31 ao\u00fbt apr\u00e8s la venue du premier ministre 200 personnes ont couru sur l\u2019autoroute d\u2019acc\u00e8s au site de l\u2019Eurotunnel et ont commenc\u00e9 un blocage. Le 3 septembre des personnes bloquent l\u2019entr\u00e9e du centre Jules-Ferry (g\u00e9r\u00e9 par l\u2019association La Vie Active ) o\u00f9 a lieu la distribution des repas, protestant contre l\u2019aide humanitaire et les conditions de vie dans lesquelles elles sont maintenues. Quelques jours plus tard au centre de r\u00e9tention Saint-Exup\u00e9ry pr\u00e8s de l\u2019a\u00e9roport de Lyon, des retenus entassent des matelas et des draps auxquels ils boutent le feu. Ils repoussent la police pendant que du mobilier et des vitres sont cass\u00e9s et que deux personnes montent sur le toit pour s\u2019\u00e9vader. Quelques jours plus tard \u00e0 Roszke en Hongrie un millier de migrants a forc\u00e9 un cordon policier pour ne pas \u00eatre conduits \u00e0 un centre d\u2019accueil et d\u2019enregistrement \u00e0 proximit\u00e9. Une partie d\u2019entre eux a escalad\u00e9 une barri\u00e8re pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019autoroute qui m\u00e8ne \u00e0 Budapest et continuer leur route \u00e0 pied. A Bicske des migrants mont\u00e9s dans des trains qu\u2019ils pensaient \u00e0 destination de l\u2019Allemagne ont refus\u00e9 leur d\u00e9portation quand ils ont compris que ces trains avaient pour destination des centres d\u2019identifications et de tri. Le 5 septembre sur l\u2019\u00eele de Lesbos en Gr\u00e8ce, pour le deuxi\u00e8me jour cons\u00e9cutif des migrants se sont affront\u00e9s \u00e0 la police. Quelques heures plus t\u00f4t un millier d\u2019entre eux \u00e9taient sortis d\u2019un centre d\u2019accueil temporaire et avaient bloqu\u00e9s une route de l\u2019\u00eele. Toujours \u00e0 Lesbos, un millier de migrant se sont regroup\u00e9s et ont tent\u00e9 de monter de force sur un bateau en direction d\u2019Ath\u00e8nes. Le 6 septembre \u00e0 Valence (en Espagne) une quarantaine de prisonniers du centre de r\u00e9tention se sont rebell\u00e9s contre les flics et leurs ont subtilis\u00e9 leurs clefs. Un groupe a tent\u00e9 de s\u2019\u00e9vader pendant ce temps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des matelas furent enflamm\u00e9s, du mat\u00e9riel d\u00e9grad\u00e9 et cinq flics bless\u00e9s. Le 7 \u00e0 Bedford en Angleterre, des femmes d\u00e9tenues au centre de r\u00e9tention de Yarl\u2019s Wood ont occup\u00e9 la cour et ont d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes dans la cour, nous protestions. [..] Nous exigeons notre libert\u00e9. Nous chantons pour notre libert\u00e9. Nous crions.[\u2026] Nous ne voulons pas de leurs nourriture. Nous ne voulons pas de leurs activit\u00e9s. Nous voulons simplement notre libert\u00e9.\u00a0\u00bb<br class=\"autobr\" \/>Chaque semaine porte avec elle son lot de morts qui nous prend aux tripes et nous plombe le coeur, et face \u00e0 cette horreur dans laquelle des centaines de milliers de personnes sont plong\u00e9es, face \u00e0 cette guerre de tous les jours que constitue le capitalisme, c\u2019est notre rage contre ce monde inique dans sa globalit\u00e9 et la vie au rabais qu\u2019il nous promet qui s\u2019aiguise de jour en jour. Mais comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9 par le pass\u00e9, nous ne sommes pas solidaires de la mis\u00e8re, mais de la vigueur avec laquelle les hommes et les femmes ne la supportent plus\u00a0: \u00e0 la solidarit\u00e9 dans l\u2019oppression nous voulons opposer la complicit\u00e9 dans la r\u00e9volte. Alors, si nous peinons \u00e0 envisager des perspectives offensives concr\u00e8tes avec lesquelles exprimer une solidarit\u00e9 particuli\u00e8re, nous voulons croire qu\u2019il est possible d\u2019en envisager pour exprimer une rage -qui d\u2019ailleurs n\u2019a pas besoin d\u2019attendre de telles \u00ab\u00a0perspectives\u00a0\u00bb pour s\u2019exprimer- que nous savons diffuse, et qui pour cette raison pourrait ouvrir la voie \u00e0 des moments d\u2019affrontement et de rupture avec l\u2019ordre existant. Et qu\u2019au long de ce parcours, d\u00e9barrass\u00e9 du racket politique, du vernis humanitaire, de cette putride indignation du citoyen \u00ab\u00a0qui se plaint mais qui veut le maintien du syst\u00e8me\u00a0\u00bb \u2013 v\u00e9ritable cl\u00e9 de vo\u00fbte de la servitude d\u00e9mocratique- il y aura des occasions o\u00f9 la solidarit\u00e9 pourra prendre plus d\u2019ampleur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dire que rien ne peut changer, que l\u2019on ne peut d\u00e9vier la marche du destin, c\u2019est la prime accord\u00e9e \u00e0 toutes nos l\u00e2chet\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019existe pas de choses faites, de voies pr\u00e9par\u00e9es, il n\u2019existe pas de mode ou de travail fini, gr\u00e2ce auquel tu puisses parvenir \u00e0 la vie. Il n\u2019existe pas de mots qui puissent te donner la libert\u00e9\u00a0: car la vie consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cr\u00e9er tout par soi-m\u00eame, \u00e0 ne s\u2019adapter \u00e0 aucune voie\u00a0: la langue n\u2019existe pas mais tu dois la cr\u00e9er, tu dois cr\u00e9er son mode, tu dois cr\u00e9er chaque chose\u00a0: pour que ta vie soit tienne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019y a aucune bonne raison d\u2019attendre pour accomplir ce que notre c\u0153ur et notre raison nous sugg\u00e8rent, ni mouvement social, ni rendez-vous avec l\u2019histoire. Si nous avons refus\u00e9 d\u2019ajourner la diffusion de nos id\u00e9es et des pratiques qui en d\u00e9coulent \u00e0 d\u2019hypoth\u00e9tiques lendemains plus propices, nous n\u2019en ressentons pas moins la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er les conditions qui rendent possible un renversement de l\u2019ordre social, un fait social encore inconnu, impr\u00e9visible mais ravageur.<\/p>\n<\/div>\n<p>Anonyme<\/p>\n<div class=\"texte surlignable clearfix\" style=\"text-align: justify\">\n<p>Paris, 13 septembre 2015<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><a href=\"https:\/\/fr.theanarchistlibrary.org\/library\/anonyme-quelques-considerations-pour-envisager-un-projet-de-lutte-contre-les-frontieres.pdf\">https:\/\/fr.theanarchistlibrary.org\/library\/anonyme-quelques-considerations-pour-envisager-un-projet-de-lutte-contre-les-frontieres.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous assistons chaque jour \u00e0 une intensification du massacre perp\u00e9tu\u00e9 par les fronti\u00e8res \u00e9tatiques. 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