{"id":10980,"date":"2019-10-02T14:57:20","date_gmt":"2019-10-02T12:57:20","guid":{"rendered":"http:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=10980"},"modified":"2019-10-02T14:58:32","modified_gmt":"2019-10-02T12:58:32","slug":"la-valeur-de-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=10980","title":{"rendered":"La valeur de la vie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/i.skyrock.net\/6100\/71836100\/pics\/2843297238_small_1.jpg\" alt=\"R\u00c3\u00a9sultat de recherche d'images pour &quot;fleur qui perd p\u00c3\u00a9tales&quot;\" width=\"177\" height=\"149\" \/>Le c\u00e9l\u00e8bre peintre espagnol Salvador Dal\u00ed avait \u00e9crit que rien ne l&rsquo;excitait plus que le spectacle d&rsquo;un wagon de troisi\u00e8me classe rempli d&rsquo;ouvriers morts, broy\u00e9s dans un accident. Il n&rsquo;\u00e9tait pas indiff\u00e9rent \u00e0 la mort, si bien que lorsqu&rsquo;un de ses amis, le prince Mdinavi, mourut dans un accident, il fut profond\u00e9ment choqu\u00e9. Pour Dali, la seule mort \u00e0 regretter \u00e9tait celle d&rsquo;un prince. Rien \u00e0 voir avec une cargaison de cadavres d&rsquo;ouvriers.<br \/>\nCela ne doit pas passer pour la bizarrerie d&rsquo;un personnage connu pour son excentricit\u00e9. En fait, la mort d&rsquo;un \u00eatre humain n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement pour les autres \u00eatres humains. Les circonstances de son d\u00e9part et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il suscite ne sont \u00e9valu\u00e9s que par ceux qui lui survivent. L&rsquo;importance accord\u00e9e \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement &#8211; en soi absolument commun &#8211; ne d\u00e9pend donc pas de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement lui-m\u00eame, mais de l&rsquo;id\u00e9e que le commentateur a de la mort et de l&rsquo;opinion que l&rsquo;on a de ceux qui meurent.<br \/>\nMaintenant, nous sommes tous habitu\u00e9s \u00e0 faire une distinction entre la mort naturelle et la mort violente. Sans s&rsquo;attarder sur les aspects comiques de ces deux noms, examinons seulement ce qu&rsquo;ils signifient : il y a une mort consid\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une certaine fa\u00e7on comme l\u00e9gitime, la mort \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb ; et une mort consid\u00e9r\u00e9e artificielle, la mort \u00ab\u00a0violente\u00a0\u00bb. La mort \u00a0\u00bb naturelle \u00a0\u00bb serait l&rsquo;\u0153uvre du hasard, de la destin\u00e9e. Quand on meurt, on meurt. Que nous quittions cette terre \u00e0 la fin de notre course, de vieillesse, ou que ce moment soit anticip\u00e9 par une maladie incurable, cela ne semble pas faire grande diff\u00e9rence. Tout cela est ramen\u00e9 dans le cours normal des choses. La mort \u00ab\u00a0violente\u00a0\u00bb est divis\u00e9e en deux parties : celle qui se produit par accident et celle engendr\u00e9e par la d\u00e9cision d&rsquo;une conscience, que ce soit celle du mourant (suicide) ou celle d&rsquo;une autre personne (meurtre). Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette derni\u00e8re forme de mort, consciente, qui provoque la plus grande consternation et perturbe l&rsquo;\u00e2me humaine.<br \/>\nExprimant en substance une sorte de hi\u00e9rarchie des diff\u00e9rentes mani\u00e8res de mourir dict\u00e9es par la morale, les fronti\u00e8res entre ces diff\u00e9rentes qualifications de la mort varient selon les circonstances. Par exemple, si les morts accidentelles &#8211; les \u00ab\u00a0violentes\u00a0\u00bb &#8211; surprennent parfois par leur nombre \u00e9lev\u00e9, ne suscitent gu\u00e8re de d\u00e9bat ou une horreur particuli\u00e8re. Le concept m\u00eame \u00ab\u00a0d&rsquo;homicides blancs(1)\u00a0\u00bb, utilis\u00e9 dans le pass\u00e9 pour d\u00e9signer les accidents du travail quotidiens qui provoquent un d\u00e9ferlement de morts, ne trouve plus beaucoup de place dans un monde de plus en plus convaincu que son organisation sociale est un fait naturel. Si le capitalisme n&rsquo;est pas l&rsquo;une des nombreuses formes que la structure sociale peut prendre, \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e comme la seule et unique possibilit\u00e9 dont nous disposons, il est clair que toutes les morts qui en r\u00e9sultent semblent in\u00e9vitables, le r\u00e9sultat d&rsquo;un destin peut-\u00eatre tra\u00eetre mais in\u00e9vitable. Ainsi, l&rsquo;ouvrier qui perd la vie sous une presse, ou qui tombe d&rsquo;un \u00e9chafaudage, meurt d&rsquo;une mort \u00ab\u00a0violente\u00a0\u00bb, mais sa mort est toujours consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb, pas comme un meurtre. De m\u00eame, ceux qui meurent du cancer sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme les victimes d&rsquo;un sort in\u00e9vitable. On ne sait jamais qui frappera la malchance. Mais qu&rsquo;en est-il de la question de savoir si c&rsquo;est une industrie particuli\u00e8rement polluante qui a caus\u00e9 ce cancer ? Les nombreuses poursuites judiciaires qui sont r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 intent\u00e9es contre des multinationales pour des dommages caus\u00e9s par leurs activit\u00e9s industrielles ne d\u00e9montrent-elles pas la responsabilit\u00e9 de leurs administrateurs dans cet \u00e9v\u00e9nement tragique ? Ces d\u00e9c\u00e8s peuvent-ils \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0violents\u00a0\u00bb ou non ?<!--more--><br \/>\nComme nous pouvons le constater, d\u00e8s que le probl\u00e8me commence \u00e0 \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 en profondeur, toutes les distinctions entre les diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de mourir commencent \u00e0 s&rsquo;estomper. Et elles s&rsquo;effondrent compl\u00e8tement si l&rsquo;on ose consid\u00e9rer ouvertement la mort consciente en dehors des clich\u00e9s d&rsquo;une moralit\u00e9 dict\u00e9e par la Raison d&rsquo;\u00c9tat, c&rsquo;est-\u00e0-dire si l&rsquo;on se pose la question de savoir s&rsquo;il est l\u00e9gitime ou non de donner volontairement la mort \u00e0 un autre \u00eatre humain. Il va sans dire que, pos\u00e9e en termes tout \u00e0 fait abstraits, cette question ne peut susciter aucun int\u00e9r\u00eat, au mieux aucune indignation, et la r\u00e9ponse ne peut \u00eatre qu&rsquo;un non sec. Apr\u00e8s tout, qui peut justifier un meurtre ? Et au lieu de cela, chacun de nous le fait au cours de sa propre existence. Quelques faits divers r\u00e9cents nous aideront \u00e0 mieux comprendre le sens de cette d\u00e9claration. <em>[ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en novembre 2000, ndt]<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Quand c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat qui tue<\/strong><br \/>\nAux \u00c9tats-Unis, la machine \u00e0 tuer de l&rsquo;\u00c9tat continue \u00e0 fonctionner sans heurts. D\u00e9but ao\u00fbt, deux condamnations \u00e0 mort ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es en une demi-heure au Texas, une petite cha\u00eene de montage. L&rsquo;un des condamn\u00e9s avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme handicap\u00e9 mental \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des \u00e9v\u00e9nements dont il \u00e9tait le protagoniste, mais cela ne lui a pas \u00e9pargn\u00e9 la vie. Comme d&rsquo;habitude, ces ex\u00e9cutions ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et suivies de nombreuses pol\u00e9miques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La question de la peine de mort se r\u00e9sume en quelques mots : d\u00e9cider si l&rsquo;\u00c9tat a le droit de tuer. On sait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 l&rsquo;exception de la \u00a0\u00bb l\u00e9gitime d\u00e9fense \u00ab\u00a0, que l&rsquo;\u00c9tat accorde ce droit \u00e0 l&rsquo;individu qui est attaqu\u00e9. Et c&rsquo;est en invoquant la m\u00eame exception que l&rsquo;\u00c9tat justifie les guerres qu&rsquo;il entreprend, men\u00e9es si n\u00e9cessaire par des r\u00e9gimes d&rsquo;exception. Paradoxalement, le raisonnement qui autorise de telles entreprises annule en fait l&rsquo;exception au moment m\u00eame o\u00f9 elle pr\u00e9tend la confirmer : l&rsquo;art militaire enseigne en effet que l&rsquo;attaque est la meilleure d\u00e9fense. Pour que la guerre d\u00e9clar\u00e9e n&rsquo;apparaisse pas comme un abus de pouvoir indescriptible, l&rsquo;\u00c9tat doit montrer qu&rsquo;il d\u00e9fend quelqu&rsquo;un ou quelque chose ; quand l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine bombarde l&rsquo;Irak ou la Serbie, elle le fait pour d\u00e9fendre un principe. Cet exemple montre comment chaque offensive peut \u00eatre d\u00e9finie comme une d\u00e9fense, puisqu&rsquo;une offensive d\u00e9fend toujours un int\u00e9r\u00eat ou un principe \u00ab\u00a0sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb. Mais la n\u00e9cessit\u00e9 de justifier la d\u00e9fense en acte, de prouver que c&rsquo;est l&rsquo;autre l&rsquo;agresseur, le magouilleur, n&rsquo;est que le sujet du hasard, c&rsquo;est seulement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;accepter les actes avec les r\u00e8gles du jeu qui, dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mo-lib\u00e9rale, est aux mains de l&rsquo;Information.<br \/>\nOn pourrait en dire autant des prisonniers qui se retrouvent sur la chaise \u00e9lectrique. En tant que <em>citoyens<\/em>, ils appartiennent \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat. En tant que condamn\u00e9s, ils ont manqu\u00e9 \u00e0 leurs obligations envers l&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;\u00c9tat, qui avait d\u00e9j\u00e0 leur vie \u00e0 sa disposition, peut donc aussi disposer de leur mort. Le verdict de culpabilit\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;un hommage aux r\u00e8gles du jeu : responsable ou \u00e9tranger aux faits, quelle diff\u00e9rence cela fait-il ?<br \/>\nPour ma part, je n&rsquo;ai pas choisi de confier la responsabilit\u00e9 de ma vie \u00e0 l&rsquo;organisation de la communaut\u00e9 appel\u00e9e Etat, mais cette responsabilit\u00e9 m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e, sans que personne ne me demande quoi que ce soit, pas m\u00eame, ou peut-\u00eatre plus important, si j&rsquo;avais \u00e0 ce sujet une meilleure id\u00e9e. L&rsquo;\u00c9tat est donc une confiscation, d&rsquo;abord de ma vie, puis de celle des autres, c&rsquo;est la somme de ces confiscations. Cet ensemble de confiscations produit des r\u00e8gles du jeu, que l&rsquo;on appelle des lois, auxquelles je suis soumis et dont je m&rsquo;\u00e9chappe le plus loin possible. Et je n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 telle ou telle loi quand j&rsquo;en ai l&rsquo;occasion, ou parce que je ne suis pas d&rsquo;accord sur l&rsquo;un de leurs d\u00e9tails, mais sur l&rsquo;ensemble et par principe. Aucune loi \u00e9tatique ne me convient, car toutes sont bas\u00e9es sur l&rsquo;usurpation de ma complicit\u00e9.<br \/>\nSi je participe au d\u00e9bat sur la peine de mort, c&rsquo;est pour souligner l&rsquo;hypocrisie moralisatrice des deux parties. Les partisans de la peine de mort partagent le <em>contrat social<\/em> de Rousseau : si la peine de mort emp\u00eache un \u00eatre humain de tuer les autres, vous avez un avantage arithm\u00e9tique en \u00ab\u00a0vies humaines\u00a0\u00bb. De plus, les opposants \u00e0 la peine de mort auraient aim\u00e9 signer, selon le m\u00eame calcul, l&rsquo;assassinat d&rsquo;Hitler (n&rsquo;\u00e9tait-il pas aussi un \u00eatre humain ?). D&rsquo;autres partisans de la peine de mort la jugent dissuasive, mais il s&rsquo;agit toujours du m\u00eame calcul math\u00e9matique, mais il n&rsquo;est pas v\u00e9rifiable.<br \/>\nEnsuite, il y a ceux, encore plus rares, qui approuvent la peine de mort pour les m\u00eames raisons qui ont conduit Lacenaire, le c\u00e9l\u00e8bre hors-la-loi du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 l&rsquo;invoquer pour lui-m\u00eame : ils trouvent la mort pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la prison \u00e0 vie. Face \u00e0 la certitude de l&#8217;emprisonnement \u00e0 vie &#8211; la peine ne fini jamais &#8211; je suis d&rsquo;accord. Mais ceux qui poussent \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution des autres devraient au moins avoir le bon go\u00fbt de ne pas parler de \u00ab\u00a0la valeur sacr\u00e9e de la vie\u00a0\u00bb.<br \/>\nQuant aux opposants \u00e0 la peine de mort, ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;arguments concrets. Ils n&rsquo;ont que le pr\u00e9cepte moral impr\u00e9gn\u00e9 du caract\u00e8re sacr\u00e9 de ce qu&rsquo;ils appellent la vie, et ils m\u00ealent ce commandement religieux \u00e0 l&rsquo;hypocrisie d&rsquo;une douceur la\u00efque. Ils sont contre la peine de mort jusqu&rsquo;\u00e0 ce que quelqu&rsquo;un viole leur fille, maltraite leur chien, vole leur portefeuille. Ils sont contre la peine de mort, mais ils acclament ensuite l&rsquo;arm\u00e9e et la police. Ils sont contre la peine de mort, mais ils travaillent ensuite pour une industrie de guerre. Ils sont contre la peine de mort, mais ils ne bougent pas le petit doigt en faveur de ceux qui, priv\u00e9s de tout, courent le risque de mourir de faim.<br \/>\nEn temps de guerre, dans toute guerre (donc aussi dans ce qu&rsquo;on appelle la vie quotidienne), tuer et \u00eatre tu\u00e9 sont des \u00e9v\u00e9nements tout \u00e0 fait logiques. Que l&rsquo;\u00c9tat puisse tuer par inadvertance, par exc\u00e8s ou par sa propre Raison est consid\u00e9r\u00e9 comme juste, non seulement selon les r\u00e8gles qu&rsquo;il proclame, mais selon la guerre sociale en cours. Il est clair que la diffusion de la notion de \u00a0\u00bb respect de la vie \u00a0\u00bb sert \u00e0 appliquer une mesure pr\u00e9ventive de l&rsquo;Etat pour limiter le nombre de pertes subies dans cette guerre. Elle vise \u00e0 substituer la mort par la prison (lorsqu&rsquo;un criminel risque la mort, il risque sa vie, quand il risque la prison, il risque d&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 la survie) et va jusqu&rsquo;\u00e0 nier aux individus seuls la possibilit\u00e9 morale de tuer, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse de le prot\u00e9ger de l&rsquo;offensive de ses ennemis. Non pas que l&rsquo;Etat soit contre le meurtre &#8211; pour mettre fin \u00e0 une vie humaine &#8211; : il veut simplement son monopole, l\u00e9gal et moral. Le consentement \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, c&rsquo;est aussi le consentement au monopole qu&rsquo;il d\u00e9tient sur le meurtre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Tuer ou conserver ?<\/strong><br \/>\nL&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, en Toscane, un gar\u00e7on atteint d&rsquo;une maladie incurable est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un ami vers lequel il s&rsquo;\u00e9tait tourn\u00e9. Il n&rsquo;avait pas envie de mettre fin \u00e0 ses jours fin seul. Les parents du gar\u00e7on mort, conscients du d\u00e9sespoir qui le hantait, ont imm\u00e9diatement fait savoir qu&rsquo;ils ne ressentaient aucun ressentiment envers l&rsquo;ami qui avait tu\u00e9 leur fils. Cette histoire montre que les relations authentiques entre les individus ne peuvent jamais \u00eatre enferm\u00e9es dans une norme sociale, et que tout code r\u00e9glementaire ne fait que garantir et prot\u00e9ger la libert\u00e9&#8230; de l&rsquo;\u00c9tat.<br \/>\nL&rsquo;interdiction de l&rsquo;euthanasie est le t\u00e9moignage le plus flagrant de la sanctification de la vie par sa simple pr\u00e9servation biologique. Entre la douleur et la mort, arbitrairement, il est d\u00e9cid\u00e9 a priori que la douleur est pr\u00e9f\u00e9rable. Lorsqu&rsquo;une personne est confront\u00e9e au dilemme de savoir si elle doit \u00eatre handicap\u00e9e, au point de ne plus pouvoir atteindre les objectifs qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9s, ou si elle doit mettre fin \u00e0 ses tourments inutiles, toutes les parties lui demandent instamment de se souvenir de l&rsquo;interdiction de la mort : par la loi, la superstition, l&rsquo;arrogance d&rsquo;un corps m\u00e9dical tout puissant. Il y a des individus qui sont dans un coma irr\u00e9versible depuis des ann\u00e9es, maintenus dans cet \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif au nom de la pr\u00e9\u00e9minence religieuse de la survie, bien qu&rsquo;ils soient devenus d\u00e9finitivement incapables d&rsquo;avoir une vie.<br \/>\nCependant, malgr\u00e9 l&rsquo;id\u00e9ologie humanitaire qui l&rsquo;entrave, si l&rsquo;euthanasie compte ses ennemis, elle peut aussi compter ses amis, qui sont de plus en plus nombreux. Je pense que l&rsquo;euthanasie devrait \u00eatre pratiqu\u00e9e non seulement \u00e0 la demande expresse de la personne concern\u00e9e, mais &#8211; si cette personne ne peut en avoir connaissance &#8211; \u00e9galement par d\u00e9cision de ses proches, parents ou amis (parfois plus que les membres de sa famille, jusqu&rsquo;\u00e0 ce\u00a0 qu&rsquo;ils aient des droits et des int\u00e9r\u00eats juridiques qui renforcent leur tyrannie sur des proches malades). Les erreurs et les exc\u00e8s possibles qui pourraient survenir ne seraient certainement pas plus tragiques ou plus nombreux que la fureur th\u00e9rapeutique, qui confond vie et survie au profit exclusif de cette derni\u00e8re, et qui est maintenant appliqu\u00e9e avec toute la violenced&rsquo;un cadre m\u00e9dical qui fonde ses pouvoirs sur une connaissance sommaire.<br \/>\nL&rsquo;euthanasie, l&rsquo;acte de donner la mort, est \u00e0 la fronti\u00e8re entre le meurtre et le suicide parce que l&rsquo;objet de l&rsquo;euthanasie peut bien \u00eatre quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. R\u00e9cemment, le suicide a \u00e9t\u00e9 commis par un Anglais apr\u00e8s qu&rsquo;un journal eut publi\u00e9 une photo de lui, avec son nom et son adresse, sur une liste d&rsquo;agresseurs pr\u00e9sum\u00e9s d&rsquo;enfants. Face au scandale et aux \u00e9ventuelles cons\u00e9quences d\u00e9sagr\u00e9ables d&rsquo;une telle publicit\u00e9, l&rsquo;homme pr\u00e9f\u00e9ra finalement supprimer le trouble. Je doute que les adeptes de la religion humanitaire aient \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par la perte de cette vie humaine, dont la valeur, \u00e9videmment, avait expir\u00e9 avec ses go\u00fbts sexuels.<br \/>\nM\u00eame contre le suicide, l&rsquo;id\u00e9e sous-jacente est la pr\u00e9servation de la vie d\u00e9grad\u00e9e \u00e0 la survie. Les diff\u00e9rentes formes de suicide, de la pendaison \u00e0 la prise de m\u00e9dicaments, en passant par les nombreuses formes de nihilisme bon march\u00e9, contiennent toutes les impossibilit\u00e9s reconnues de la vie, tandis qu&rsquo;il y a peu de personnes affam\u00e9es qui se suicident pour l&rsquo;impossibilit\u00e9 de survivre : c&rsquo;est bien la raison principale du tabou du suicide. Car l&rsquo;incapacit\u00e9 de r\u00e9aliser sa propre vie, si elle \u00e9tait discut\u00e9e en priorit\u00e9 sur la place publique, menacerait de renverser ceux qui g\u00e8rent celle des autres, en \u00e9vitant d&rsquo;explorer les rem\u00e8des possibles. Comme le disait un suicidaire du si\u00e8cle dernier : \u00ab\u00a0Et vous, pr\u00eatres grassouillets, ros\u00e2tres, acad\u00e9miciens, j\u00e9suites de poils, de tous les poisons et de toutes les esp\u00e8ces, me rappelleriez-vous si vite cette mission si vous ne l&rsquo;exploitiez pas sans modestie ? Si ma vie ne t&rsquo;int\u00e9ressait pas autant, qu&rsquo;est-ce que \u00e7a te ferait de ma mort ?\u00a0\u00bb.<br \/>\nSi l&rsquo;on consid\u00e8re aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;aucune existence n&rsquo;arrive au bou de ses possibilit\u00e9s, le suicide devrait \u00eatre le geste qui honore la clart\u00e9 de la conscience de cette r\u00e9signation. Si le suicide marque d&rsquo;abord une absence &#8211; celle de la possession de la vie &#8211; il marque aussi une pr\u00e9sence &#8211; celle de la conscience que l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re la fin de la vie \u00e0 devenir autre que soi-m\u00eame, \u00e0 son ali\u00e9nation, \u00e0 sa continuation sans aucune possession. Le suicide continuera \u00e0 massacrer les hommes jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils aient trouv\u00e9 le chemin du bonheur.<br \/>\nEt il faut supposer que si un tel renversement de perspective &#8211; au moins une r\u00e9volution &#8211; devait redonner \u00e0 la survie le r\u00f4le le plus appropri\u00e9 de l&rsquo;appendice de la vie, cela transformerait le don de la mort aux autres et \u00e0 soi-m\u00eame en actes d&rsquo;\u00e9gale importance, car un nouveau concept de \u00ab\u00a0respect de la vie\u00a0\u00bb impliquerait pour chacun une responsabilit\u00e9 radicalement diff\u00e9rente. Mais qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un espoir pitoyable ou d&rsquo;une exigence minimale, cette conception va au-del\u00e0 de la contrition confuse de l&rsquo;esprit dans laquelle le suicide est conditionn\u00e9 de nos jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Nous sommes tous des assassins.<\/strong><br \/>\nLa mort a toujours \u00e9t\u00e9 un tabou. Les tabous sont des interdictions destin\u00e9es \u00e0 maintenir l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du monde organis\u00e9 et en m\u00eame temps la bonne sant\u00e9 physique et morale de ceux qui les respectent : ceux qui brisent un tabou remettent en question l&rsquo;ordre du monde, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce pourquoi il doit \u00eatre puni. Mais les tabous ne sont des interdictions qu&rsquo;au sein de la communaut\u00e9 qui les adopte, n&rsquo;ayant de validit\u00e9 que vis-\u00e0-vis de ses membres. Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s humaines du pass\u00e9, il \u00e9tait interdit de tuer un membre de sa propre communaut\u00e9, alors qu&rsquo;il \u00e9tait permis de tuer un \u00e9tranger. Seul le fait de tuer le sien \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9pr\u00e9hensible. A tel point que de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s humaines ne punissaient m\u00eame pas le transgresseur, qui n&rsquo;\u00e9tait parfois m\u00eame pas inqui\u00e9t\u00e9 (dans de nombreuses tribus Inuits, tout meurtre \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme accidentel). S&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de le punir, il aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 sans moyens de survie, mais sans le tuer. On peut ainsi comprendre le sens donn\u00e9 par certains chercheurs \u00e0 la d\u00e9finition arabe du <em>clan<\/em> : \u00a0\u00bb groupe o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de vengeance du sang \u00ab\u00a0. La vengeance \u00e9tait, avec le mariage, un instrument avec lequel les relations entre les diff\u00e9rents groupes sociaux se manifestaient : la vengeance correspondait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de guerre, le mariage \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de paix. Parmi ceux qui appartiennent au m\u00eame groupe, le m\u00eame clan, la m\u00eame famille, ni la vengeance ni le mariage (d&rsquo;o\u00f9 le tabou du meurtre et de la sexualit\u00e9) ne sont autoris\u00e9s. La vengeance et le mariage ne devaient unir et supprimer que ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas d\u00e9j\u00e0 unis par l&rsquo;identit\u00e9 du nom et de la nature.<br \/>\nMais maintenant, il n&rsquo;existe plus qu&rsquo;une seule communaut\u00e9 qui donne \u00e0 chacun un nom et une identit\u00e9 : la communaut\u00e9 du capital. Avant d&rsquo;\u00eatre des hommes ou des femmes, occidentaux ou orientaux, riches ou pauvres, nous sommes des consommateurs. Si nous sommes autoris\u00e9s \u00e0 avoir des relations sexuelles, m\u00eame ici avec les limites li\u00e9s au hasard, nous ne pouvons cependant pas nous exterminer mutuellement. Au nom de la paix de ce que nous avons en commun &#8211; la paix des march\u00e9s &#8211; la guerre a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sur ce qui nous divise &#8211; la guerre contre l&rsquo;individu. Il est plus facile de comprendre pourquoi les morales dominantes ont fait du \u00ab\u00a0respect de la vie\u00a0\u00bb l&rsquo;une de leurs refrains pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s : \u00ab\u00a0respecter la vie, la consid\u00e9rer sacr\u00e9e, ne jamais recourir \u00e0 la violence\u00a0\u00bb.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui, la <em>tol\u00e9rance<\/em>, sous la forme du mart\u00e8lement quotidien que nous offre l&rsquo;Information, est devenue une contrainte obligatoire et restrictive au service direct de l&rsquo;Etat. Si la tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Inquisition \u00e9tait un appel \u00e0 tol\u00e9rer le b\u00fbcher et \u00e0 \u00eatre intol\u00e9rant envers les h\u00e9r\u00e9sies, de la m\u00eame mani\u00e8re la tol\u00e9rance de l&rsquo;humanitarisme d\u00e9mocratique moderne consiste en un appel \u00e0 tol\u00e9rer l&rsquo;existant et \u00e0 \u00eatre intol\u00e9rant envers ceux qui y sont oppos\u00e9s. Et oui, parce que sous le b\u00e9ton des supermarch\u00e9s, la singularit\u00e9 de nos d\u00e9sirs, de nos int\u00e9r\u00eats, de nos attitudes, de nos r\u00eaves, qui nous s\u00e9parent les uns des autres, n&rsquo;est jamais assouvie. Si les riches doivent tol\u00e9rer les pauvres et les pauvres doivent tol\u00e9rer les riches, toute cette tol\u00e9rance me semble \u00eatre au b\u00e9n\u00e9fice exclusif des premiers. Quand on y pense, ceux qui parlent de tol\u00e9rance ont un cadavre pourri dans la bouche. Le secret que l&rsquo;on n&rsquo;a pas le courage de r\u00e9v\u00e9ler est vite dit : personne ne tol\u00e8re tout, tout comme personne ne tol\u00e8re rien. Chacun d&rsquo;entre nous tol\u00e8re certaines choses, certaines personnes et certaines id\u00e9es, et n&rsquo;en tol\u00e8re pas d&rsquo;autres. Sans exception. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;id\u00e9ologie humanitaire du \u00ab\u00a0respect de la vie\u00a0\u00bb n&rsquo;est qu&rsquo;une sale hypocrisie.<br \/>\nLes hypocrites sont tous ceux qui parlent de la sacr\u00e9e \u00ab\u00a0valeur de la vie humaine\u00a0\u00bb. Il en est de m\u00eame pour l&rsquo;homme politique d\u00e9mocratique qui, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas un d\u00e9fenseur de la peine de mort, vote pour lancer des \u00ab\u00a0bombardements humanitaires\u00a0\u00bb. Il en va de m\u00eame pour ses \u00e9lecteurs qui, devant la t\u00e9l\u00e9vision, portent un toast \u00e0 la nouvelle de la mort d&rsquo;un gangster. Les gendarmes, les meurtriers l\u00e9galis\u00e9s et leurs amis le sont aussi. Comme tous ceux qui tueraient un tyran, mais au nom d&rsquo;un noble id\u00e9al. Il en va de m\u00eame pour les personnes suicidaires, tous ceux qui pratiquent l&rsquo;euthanasie et tous leurs amis. Il en va de m\u00eame pour les femmes viol\u00e9es qui tueraient leur violeur. Tous les partisans de la R\u00e9sistance le sont. N&rsquo;importe qui peut continuer la liste de ces exemples.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, nous sommes tous des meurtriers ou des meurtriers potentiels. Si nos mains ne sont pas d\u00e9j\u00e0 tach\u00e9es de sang, elles peuvent le devenir \u00e0 tout moment, c&rsquo;est juste une question de circonstances. D&rsquo;une part, nous proclamons que la vie est sacr\u00e9e, et d&rsquo;autre part, nous pensons que tout le monde ne m\u00e9rite pas de vivre. Mais alors, qu&rsquo;est-ce qui donne de la valeur \u00e0 la vie humaine ? La vie \u00ab\u00a0qui doit \u00eatre respect\u00e9e\u00a0\u00bb diff\u00e8re de la vie \u00ab\u00a0qui ne m\u00e9rite pas le respect\u00a0\u00bb pour son existence dans la premi\u00e8re de nos perspectives communes. Seule cette perspective d\u00e9termine \u00e0 nos yeux la valeur d&rsquo;un individu, et non <span style=\"font-size: 1rem\">l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: 1rem\">appartenance <\/span><span style=\"font-size: 1rem\">abstraite<\/span><span style=\"font-size: 1rem\">\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 1rem\">\u00e0 la race humaine. Cela ne peut prendre de la valeur qu&rsquo;en l&rsquo;absence absolue d&rsquo;informations plus pr\u00e9cises. La vie d&rsquo;un parfait \u00e9tranger peut aussi nous sembler inviolable, mais d\u00e8s que nous d\u00e9couvrons que c&rsquo;est un meurtrier d&rsquo;enfants notre main voudrait un pistolet. J&rsquo;utilise un exemple simple, qui fait l&rsquo;unanimit\u00e9 : le meurtre d&rsquo;enfants. Cependant, chacun d&rsquo;entre nous a d&rsquo;autres vies \u00e0 l&rsquo;esprit que nous aimerions voir bris\u00e9es, des vies pour lesquelles nous n&rsquo;avons aucune valeur \u00e0 d\u00e9fendre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Et inversement, une perspective de vie, quand la n\u00f4tre, la mienne, n&rsquo;est jamais superflue. Ce que je pense, ce que je fais, ce que j&rsquo;aime, ce en quoi je crois, tout ce qui est mon monde. Si je ne le poss\u00e9dais pas, mon existence sur cette terre me semblerait superflue. Pour d\u00e9fendre, d\u00e9velopper et r\u00e9aliser ce monde qui est le mien, je serais capable de tout faire. Aussi pour tuer. Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? La mort de ceux qui mettent en danger mon monde m&rsquo;est indiff\u00e9rente. Cela ne veut pas dire que j&rsquo;ai l&rsquo;intention de tuer tous ceux qui ne sont pas comme moi, mais seulement que leur disparition ne changerait rien dans ma vie imm\u00e9diate. Au milieu de mon indiff\u00e9rence au massacre quotidien, je ne pleure que ceux qui se sont montr\u00e9s semblables \u00e0 moi, ceux dont les actions correspondent m\u00eame partiellement \u00e0 mes d\u00e9sirs. C&rsquo;est seulement leur mort qui me frappe, la mort des autres ne me frappe pas.<br \/>\nSi je pense que pour r\u00e9aliser mes d\u00e9sirs une partie de l&rsquo;humanit\u00e9 doit \u00eatre supprim\u00e9e, que dois-je faire ? Devrais-je poursuivre mon but ou c\u00e9der \u00e0 un principe consid\u00e9r\u00e9 comme sup\u00e9rieur, mais sans aucune justification pour cette sup\u00e9riorit\u00e9 ? Je ne pose pas cette question parce que j&rsquo;ai l&rsquo;intention de supprimer une partie de l&rsquo;humanit\u00e9 (bien que le groupe de personnes qui gouvernent notre existence m\u00e9riterait plus qu&rsquo;un effort pour atteindre cet objectif) mais pour profaner le tabou de la mort, qui est un obstacle \u00e0 la r\u00e9alisation de tout d\u00e9sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Une partie de la vie<\/strong><br \/>\nLa mort boulverse. Mais ce qui d\u00e9range nos \u00e2mes, ce n&rsquo;est pas le pr\u00e9tendu instinct de conservation, mais l&rsquo;insatisfaction de ne pas avoir atteint tout ce \u00e0 quoi chacun de nous tend. On meurt toujours trop t\u00f4t. Cette totalit\u00e9, impossible \u00e0 atteindre aujourd&rsquo;hui, est ce qui rend toute mort insatisfaisante. Bien s\u00fbr, l&rsquo;approche de la mort n&rsquo;est pas la m\u00eame partout. En Somalie, o\u00f9 des gens meurent de la faim et des armes, il serait impossible de faire croire aux pauvres, comme c&rsquo;est le cas en Europe, qu&rsquo;ils peuvent mourir satisfaits apr\u00e8s avoir v\u00e9cu de mani\u00e8re si insatisfaisante ; ou que la mort est une calamit\u00e9, ind\u00e9pendamment de qui en est victime.<br \/>\nL&rsquo;abus des interdits que notre soci\u00e9t\u00e9 fait peser sur la mort a pour r\u00e9sultat l&rsquo;opinion commune que la vie et la mort sont oppos\u00e9es. Rien n&rsquo;est plus nuisible \u00e0 la vie que de consid\u00e9rer la mort en dehors de soi : la mort fait partie de la vie comme son terme, sa limite, sa fronti\u00e8re. La mort est une fin, une fin trop importante pour une vie pour qu&rsquo;elle soit laiss\u00e9e au hasard. Mais l&rsquo;importance de la fa\u00e7on dont on meurt n&rsquo;a de sens que pour ceux qui se soucient de l&rsquo;importance de la fa\u00e7on dont on vit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0&#8230;fuyant sagement les \u00e9l\u00e9ments de la mort, nous ne visons qu&rsquo;\u00e0<em> pr\u00e9server la vie<\/em>, alors que nous entrons sur le territoire que la sagesse nous sugg\u00e8re de fuir, nous la <em>vivons<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Adonis<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Extrait de la revue <em>Diavolo in corpo<\/em>, n\u00b0 3, novembre 2000<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">(1) En Italie, on appelle\u00a0 \u00ab <em>homicides blancs<\/em> \u00bb les morts sur le lieu de travail.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le c\u00e9l\u00e8bre peintre espagnol Salvador Dal\u00ed avait \u00e9crit que rien ne l&rsquo;excitait plus que le spectacle d&rsquo;un wagon de troisi\u00e8me classe rempli d&rsquo;ouvriers morts, broy\u00e9s dans un accident. Il n&rsquo;\u00e9tait pas indiff\u00e9rent \u00e0 la mort, si bien que lorsqu&rsquo;un de ses amis, le prince Mdinavi, mourut dans un accident, il fut profond\u00e9ment choqu\u00e9. Pour Dali, &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/?p=10980\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La valeur de la vie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":13009,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,8],"tags":[],"class_list":["post-10980","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general","category-reflexions-critiques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10980","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/13009"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10980"}],"version-history":[{"count":80,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10980\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11069,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10980\/revisions\/11069"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10980"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10980"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cracherdanslasoupe.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10980"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}